Le syncrétisme religieux chinois - J P L -
  • INTRODUCTION :

Pourquoi j’ai fait ce travail : le besoin de spiritualité me poursuit. Dieu, le grand architecte, le ciel, la transcendance, l’ immanence…toutes ces notions se tamponnent dans mon esprit sans que j’aie réussi à trouver la réponse à ma quête.

Dans ce brouillard métaphysique ce sont les religions chinoises qui se sont invitées dans ma démarche  lorsque notre guide à Kunming au Yunnan nous a fait visiter un temple dans lequel il nous signala que les trois noms de Lao Tze, Bouddha et Confucius figuraient au fronton de celui-ci.

J’ai, alors, pris conscience d’un syncrétisme religieux qui s’ajoutait à une pratique religieuse chinoise empreinte de pragmatisme, ce pragmatisme n’avait, d’ailleurs, cessé de me questionner par ailleurs lors d’autres voyages en Chine et dans d’autres diasporas chinoises.
Comme François Jullien, qui avait fait la démarche d’excentration par rapport à sa culture d’origine, je me suis dit que ce serait bien de revisiter mes conceptions religieuses à travers le prisme chinois. La seule différence notoire entre François Jullien et moi étant qu’il est un grand philosophe helléniste et que je suis un modeste queteur.

Toujours en introduction il me paraît intéressant de signaler que les termes religion et philosophie sont apparues en chinois seulement à la fin du 19ème siècle à travers la traduction japonaise d’ouvrages occidentaux : religion a été traduit par tsung-chiao/zongjiao et philosophie par chehsüeh/zhexue.
Tsung se réfère à la vénération des lignages, ce qui est normal compte tenu que les chinois ont toujours respecté l'antiquité et l'historicité.
 
  • UN HISTORIQUE ET UN RAPPEL SUR LES QUATRE PRINCIPALES RELIGIONS CHINOISES.
 
Beaucoup d’éléments figurant dans cette partie ont déjà été donnés (ou vécu pour le culte des ancêtres) par les nombreux travaux de nos F et S dans cet atelier.
 
  • La religion populaire :
 
Les chinois ont, depuis des millénaires, des superstitions et des pratiques ancestrales qu’ils n’ont jamais vraiment perdues, un peu comme les indiens (d’Inde)  d’ailleurs.
La religion populaire chinoise a amalgamé toutes sortes de doctrines et de philosophies.

Depuis l’origine la religion populaire est constituée d’un vaste panthéon au dessus duquel est placé Tchang Ti (ou Tien,  le ciel), le souverain d’en haut, à côté de Tchang Ti est la terre. Tien, le ciel,  a créé la terre puisqu’il est à l’origine de toutes choses.
Ce panthéon comporte les dieux du sol (she), du foyer, des portes, des murs et des fossés (chengshen) devenu dieu de la ville mais aussi des figures du bouddhisme : Omitovo, Maitreya (laughing Bouddha), Kuan Yin et du Taoïsme tout ou partie des 8 immortels.

Beaucoup de ces dieux sont aussi des personnages historiques reconnus pour leurs vies vertueuses et/ou leurs pouvoirs miraculeux (le dieu de Shanghai est le fondateur de la dynastie Ming). 

Par ailleurs une croyance remonte à la nuit des temps c’est le principe du yin et du yang d’une part et du Tao d’autre part.
Tao veut dire  chemin, voie ou tracer le chemin, conduire, mettre en communication.
Il comporte une idée d’ordre, l’ordre cosmique, le Principe d’Ordre, il y a le Tao du ciel, de la terre, de l’homme.
Au dessus il y a le Tchang Tao ou Tao tout court qui représente l’Ordre Royal, dont Lao Tzeu dira que l’on ne peut parler.
Le Yin et le Yang : le  yin est le principe féminin sombre, froid qui régit la vie animale le yang est le principe masculin,lumineux, chaud. C’est le yang qui confère l’individualité et l’esprit, l’ordre des choses est appelé T’ien Tao et résulte de l’action réciproque des deux éléments. La voie des hommes (ren Tao) doit suivre cette voie du ciel pour s’épanouir.
Tout être humain possède une âme Yin (P’o) qui constitue l’élément animal et une autre Yang (Houen) qui constitue l’élément spirituel.
Les 5 vertus traditionnelles chinoises doivent être cultivées :
Ren : humanité
: honnêteté
Li : sens de ce qui convient
Hsin : vérité
Tchi : sagesse
Le  :
Le est la vertu, la force intérieure


Le culte des ancêtres :

Le culte des ancêtres existe au moins depuis les Shang (-1500) et les Zhou(-1000). Ce culte sous-tend la cohésion d’un groupe ou d’un clan familial possesseur de la terre, les ancêtres représentant la famille divinisée. Les ancêtres assument le rôle d’intercesseurs privilégiés entre les hommes et leurs dieux.

Après la mort l’homme devient un Tchen, cad un esprit individuel d’ancêtre. Si il a un fort il peut demeurer Tchen très longtemps, si son n’est pas fort le temps qu’il reste Tchen est très court. En tout cas il rejoint le Kouei collectif.
Le Tchen peut être honoré par sa famille. C’est le culte des ancêtres.
On attend des ancêtres la bénédiction et on en craint la punition.Indépendamment des esprits des ancêtres il existe un grand nombre d’esprits dont les esprits affamés qui n’ont pas de famille de rattachement, ils sont errants et peuvent être nuisibles. Il faut donc les ménager.
On a dit, d’ailleurs, que la Chine était le pays des esprits.
Le confucianisme a eu un impact sur le culte des ancêtres en prônant la piété filiale.
On peut également rattacher les pratiques divinatoires et la géomancie (fengshui) à la religion populaire.
Il est à noter que la religion populaire a été combattue par les confucianistes et taoïstes mais sans succès.
La pratique de la RP consiste à brûler de l’encens et des monnaies en espérant obtenir des réponses divines à ses problèmes par divination et consultation de médiums. Les prêtres taoïstes ont  été également beaucoup sollicités dans ces pratiques car les fidèles considéraient qu’ils avaient plus de qualifications que les chamans/médiums courants.
 
Le taoïsme et le confucianisme sont souchées et ont organisé les croyances anciennes. Deux des religions importées (bouddhisme et catholicisme) ont emprunté les habits du taoïsme pour la première et du confucianisme pour la seconde.
 
  • Le taoïsme :
Contrairement à Confucius Lao Tzeu (Vieux Sage) n’est probablement pas un personnage historique.
Ce mouvement trouverait son origine dans les pratiques et les cultes d’immortalité qui fleurissent au milieu du premier millénaire dans une Chine antique à la fois pleine de chaos politique et d’effervescence marchande et intellectuelle.
Il y a deux conceptions du Taoïsme, même si certains spécialistes le contestent : l’une philosophique(Tao kia), l’autre religieuse (Tao kiao).
 
Le Tao kia
La doctrine de Lao Tzeu est connue à travers les commentaires, en particulier ceux de Tchouang –Tseu.
« Le Tao est un être indifférencié et parfait, né avant le Ciel et la Terre…Nous pouvons le considérer comme la Mère de ce monde mais j'ignore
son nom: je l'appelerai Tao et s'il faut lui donner un nom ce sera: l'immense » ( Lao Tseu).

Le Tao a deux formes d’être : le wou qui est le vide recelant toutes les virtualités, le Tao du Ciel et donc un des modes exprimables du Tao suprême, le yeou qui est le visible, la présence ou l’absence de qualités visibles dans l’être.

Il existe deux origines du monde dans le Tao Te King. La première pose le Tchang Tao, le Tao suprême, innomable, inmanifestable qui, sous sa forme manifestable est le wou et le Yeou.
C’est du wou et du Yeou que proviennent les dix mille êtres, la totalité des êtres, de toutes choses et l’ensemble des phénomènes de l’univers.
La deuxième le Tao innomable donne naissance à l’Un. De l’un surgit le deux, c’est à dire le yin et le yang et c’est de cette union que naissent les dix mille êtres.
En fait il faut comprendre qu’à la source est le Tao et que si tout être est constitué d’un mélange de contraires yin et yang, il est en fait, dans le Tao, un. Il est donc impossible de connaître une chose sans connaître son contraire avec laquelle elle ne fait qu’un.
Le Tao est vacuité (wou) et féminité.
Il n’y a rien dans le Tao, et, pourtant, il est tout. Il est l’origine de tout sans pourtant être rien lui-même (pour moi cela ressemble à un catalyseur). Il est comme le centre du moyeu d’une roue, vide et, pourtant au centre de tout.
Bien que passif il est actif puisque source de tout, c’est une passivité qui engendre toute l’activité de l’univers.
Le Taoïste pratique le wou wei, laisser faire, qui n’est pas l’inaction mais une adéquation de celui qui agit à ce sur quoi il agit.
Tao Te King : « Le meilleur gouverneur est ignoré du peuple, ensuite vient celui que le peuple aime et loue, puis celui qu’il redoute, enfin celui qu’il brave ».

Il convient d’effectuer une purification intellectuelle. Le Taoïste veillera à la discipline des organes, des sens par un usage modéré de ceux-ci : purification des passions.
En s’écartant du Tao on se dirige vers l’anarchie morale et politique puisque l’on retrouve la multiplicité au détriment de l’unité.
Le ciel est assimilé à la nature. Les êtres sont considérés en eux-mêmes. La pensée est immanente (ce qui anime les êtres est en eux). 
La vie et la mort ne sont que des transformations, les défunts se retrouvent au grand reposoir.
 
Le Tao Kiao
Apparu au 2ème siècle de notre ère.
Il y aurait la révélation de 3 divinités : Yuan che t’ien tsouen : Vénérable céleste du commencement originel, T’ai chang Tao kium : Le très haut seigneur du Tao, T’ai chang Lao kiun : le très haut seigneur Lao.
Lao Tzeu sera divinisé plus tard sous le nom de P’an kou, homme cosmique et premier humain, Bouddha serait un de ses avatars, Lao étant parti vers l’ouest.
Les convertis prendront le nom de Secte des 5 boisseaux (ou du Maîtres Céleste).
Leurs chefs se présentaient comme des guérisseurs et faisaient usage de talismans, d’eau lustrale. Les malades pratiquaient la confession et la pénitence et devaient réfléchir à leurs fautes.
Des exercices étaient pratiqués visant à nourrir les énergies de vie et à expulser les principes de mort.
Il fallait pratiquer une hygiène de vie : pratique respiratoire, exercices de gymnastique, hygiène sexuelle, diététique.
L’alchimie était présente, elle a donné naissance au cinabre intérieur (Nei Tan). Le Nei Tan étant une âme immortelle qui permet d’atteindre le Tao.
En résumé l’objectif du taoïsme religieux est l’atteinte de l’immortalité, ensuite on s’en va sur  les îles Fang hou, yin tcheou ou P’ong lai.
Je vous signale que l’on a dit que le taoïsme religieux était le pont entre la religion populaire et le taoïsme.
 
  • Le confucianisme (rujiao, doctrine des lettrés)
 
Lorsque naît Confucius (-551-479) au Pays de Lou la Chine va mal. Elle est divisée en plusieurs petits états à régime féodal, c’est la période des Royaumes des Printemps et Automnes.

Confucius, qui a élaboré une compilation des d’archives de divination, de chants liturgiques et courtois, de règles administratives et rituelles, d’actes officiels et d’annales, est fasciné par les débuts légendaires de la Chine où Yao et Choun sont des souverains exemplaires mais les fondateurs de la dynastie Zhou Wen et son fils Wu (-1100) sont aussi des souverains exemplaires.
La doctrine de Confucius est marquée par un profond anti-individualisme et se développe sur plusieurs plans :

Sur le plan politique : le roi doit gouverner de façon paternelle et bénévole. Il doit faire preuve de bonté envers ses sujets comme un père avec ses enfants.
Trois nécessités s’imposent: une souveraineté sauvegardée par une force militaire suffisante, le bien-être du peuple doit être assurée par une nourriture suffisante et, enfin, le gouvernement doit avoir la confiance du peuple.

Sur le plan éthique :
Confucius transforma le code féodal des rites et de l’étiquette, le Li, par une morale universelle.
Le Tao est la règle de vie, la règle de la vérité. Tout homme doit le rechercher, c’est la voie des anciens, les rois Wen et Wou.
Pour Anne Cheng : l’idéal de Confucius est le Tchun-tsou, c'est-à-dire l’homme de bien qui, par son éducation, ses bonnes manières et sa formation morale est essentiellement tourné vers le ren (l’humanité, l’homme ?).
Les composantes du ren sont :
Le Hsiao : piété filiale
Tchoung : loyauté envers soi-même et les autres
Hsin : fidélité à la parole donnée
Tchi : discernement
Young : courage
Tcheng : art de gouverner justifiant l’autorité et le pouvoir
Li : le rituel
: le sens de ce qui est juste.

Toute la vie politique doit être centrée sur le respect des rites, l’observation des rites garantissant la stabilité, l’harmonie et la paix de l’empire. En effet, la pratique des rites entraîne un dégoût spontané de la mauvaise conduite.

Ceci implique, bien entendu, que l’empereur lui-même observe les rites.
En résumé, pour Confucius, le salut de l’homme peut lui venir au cours de la vie présente : c’est au cœur de celle-ci que l’homme peut et doit aspirer à la plus grande perfection.
 
La religion :
Confucius ne se prononce pas car, aussi longtemps que l’on ne sait pas agir entre nous il est inutile et impossible qu’on sache agir avec les esprits et les dieux.
 
Succession :
On a parlé de cent écoles pendant la période des royaumes combattants : les princes sont riches ce qui permet une intense activité culturelle.
On peut retenir, parmi les successeurs favorables à Confucius Mencius (-300) et Xunzi(-250) le premier affirmant les vertus de la morale en politique et sa foi en l’homme et le second insistant sur les bienfaits de l’éducation et des contraintes.
 
  • Le bouddhisme
 
Ce fut la première religion importée, avant le nestorianisme, l’islam et le christianisme.
Le bouddhisme a été importé d’Inde, il reflète bien la pensée indienne : idée du Karma impacté par nos actes, le Bouddha introduira la notion de l’intention bonne, le Samsara, cycle des existences, le Maya : ce que nous voyons ne correspond pas à la réalité, compassion, Nirvana.
On distingue 3 étapes : l’infiltration -2ème à + 3ème siècle, le développement (3ème à 5ème siècle et imprégnation après 7/8ème siècle.
Pendant la première période le bouddhisme n’est pas distingué du Taoïsme car les traducteurs (scytes et chinois) sont imprégnés de Taoïsme et il faut convertir les textes sacrés du sanscrit (alphabet) en idéogrammes. Nirvana est, ainsi,  traduit par Wou Wei.
Les notions bouddhistes de don, maîtrise de l’esprit, de nocivité des passions et de ne pas tuer les animaux sont proches des notions Taoïstes.
Les chinois sont convaincus que Lao Tzeu, qui est parti sur son buffle a converti les barbares de l’ouest…..
Bouddha est devenu l’un des immortels.
Comme le taoïsme, le bouddhisme est combattu par les confucianistes : le moine quittant la famille va à l’encontre de la pitié filiale, néglige sa famille et ne peut plus pratiquer le culte des ancêtres, enfin la mendicité n’était pas courante en Chine.
La deuxième période correspond à des facteurs concomitants : il y a un vide dans la pensée chinoise, les indiens commencent à écrire ce qui était oral jusqu’à présent.
Il existe deux situations : au nord où l’aspect respiration/méditation va être cultivé car il s’apparente au taoïsme, au sud où l’aspect prajna (sagesse) sera cultivé, il y aura des interactions fortes entre les lettrés et les religieux. Les textes seront traduits avec des commentaires confucéens.
Le végétarisme s’installera ce sera un compromis entre le jeûne taoïste et la compassion vis-à-vis des animaux.
La troisième période va provenir d’une remise en cause de la religion venant de l’extérieur : sino centrisme, le complexe de la périphérie…...
L’idée viendra donc de transformer la Chine en un territoire sacré du bouddhisme.
Deux écoles sont actuellement les plus pratiquées actuellement. Celle s’inspirant du sutra du lotus (tientai) très populaire avec Avalokitesvara qui est réputé disposer d’un nectar appaisant les souffrances et celle de la terre pure (jung tu jiao) avec le bouddha Amitabha prisée par les laïcs à qui une réincarnation dans le paradis de l’Ouest est promise contre les actes rituels.
On aura compris que le bouddhisme est une religion de la mort et du salut par excellence, d’ailleurs le rituel bouddhiste est souvent demandé, même par des non bouddhistes.
 
  • Le christianisme :
 
En fait je ne parlerai que de la pénétration, ou plutôt de l’échec de la pénétration, du catholicisme  car elle me paraît illustrer la grande différence des conceptions philosophico/religieuses entre l’occident et la Chine.
 
C’est Ricci,un jésuite collaborateur de la première heure de Ignace de Loyola, fondateur  de la Compagnie de Jésus qui, le premier, a véritablement essayé d’introduire le catholicisme en Chine.
Il a eu une tribune auprès des lettrés et de la Cour car il apportait les techniques très prisées de l’occident. D’ailleurs Ricci atteignit une célébrité posthume sur un terrain inattendu : il sera le patron des horlogers et sera vénéré comme bodhisatva Ricci à Shanghai jusqu’au 19ème siècle.
Très vite il a réalisé que l’idée de Dieu était incompréhensible pour les chinois pour les raisons suivantes :
  • la pratique divinatoire dans l’ancienne Chine donnait la réponse des dieux et des esprits en termes de « faste » on « néfaste »
  • depuis les rois Zhou, par le culte, les sacrifices et prières rendus au Ciel et à la terre autant que par le gouvernement exercé réellement, l’empereur devenait le maître de l’espace-temps et le garant de la bonne marche du monde, tant sur le plan temporel que spirituel (conception qui a perduré juqu’à l’aube du 20ème siècle)
  • le fait que pour les confucianistes il y a unité entre le ciel et l’homme
  • enfin et surtout le concept aristotélicien de causalité n’existe pas en Chine.
Les subterfuges de Ricci qui consistaient à raccorder le concept de Dieu sur celui du Seigneur d’en haut (Tchang Di)  et à expliquer que le christianisme complétait le confucianisme et le culte des ancêtres a échoué à cause des chinois eux-mêmes.
En effet l’empereur Qing Kangxi lui disait : « Alors que vous ne connaissez pas la vie, comment pouvez-vous connaître la mort. Est-il possible que vous soyez toujours préoccupé par un monde que vous n’avez pas rejoint et que ne comptiez pour rien le monde dans lequel vous vivez ? ».
Les religieux français qui se sont rendus en Chine après, et en particulier les franciscains et les dominicains furent horrifiés par la dissimulation de Ricci et voulurent revenir à une présentation plus normale du catholicisme et c’est là que les ennuis ont commencés.
 
  • LA PRATIQUE RELIGIEUSE ACTUELLE EN CHINE
 
A la lumière de mon observation et de ce que j’ai pu lire sur ce sujet je trouve que ce qu’écrivait M. Granet au début du 20ème siècle n’a pas pris une ride. Je résume ce qu’il écrivait.
« Les Chinois ont un respect des pratiques traditionnelles, peu ou pas de disposition au mysticisme et une tendance au positivisme qui exclut la foi sinon les supersti
tions. Ils font appel concurremment à des bonzes bouddhistes ou des tao che taoïstes, voire même à des lettrés ou à des fonctionnaires.
Ils considèrent les bonzes et tao che comme voleurs, menteurs, gourmands et paillards.
Il n'existe en Chine à peu près définies que les croyances relatives aux
ancêtres et si quelqu'un mérite le titre de prêtre c'est un laïc: le père de famille.
Ni dogme ni clergé ne président à la vie religieuse des chinois. Elle consiste en une foule de menues pratiques qui arrivent à éliminer des préoccupations
journalières tout souci métaphysique.
Les chinois sont dits le peuple le plus positif de la terre ou le plus supertitieux du monde.On dira rarement qu'ils sont un peuple religieux.
Presque tous, par esprit de tradition et goût du conformisme observent dans leur ensemble les pratiques coutumières; c'est dans cette fidélité d'ensemble
que consiste la religion nationale».
Une croyance domine c'est celle aux esprits qui serait profonde et commune à toutes les classes de la société.
La croyance aux Kouei ne correspond à rien d'autre qu'à une expression littéraire et souvent malicieuse d'une idée vague et puissante à savoir: que le
monde est constitué par l'interaction de forces magico-religieuses indéterminées et omniprésentes.
Il y avait 500000 bonzes et 100000 prêtres taoïstes et un million de temples au début du 20ème siècle. La majorité des temples ont été détruits par les différents régimes qui se sont succédés après 1911. En particulier les nationalistes dès 1920 ont détruit beaucoup de monastères bouddhistes et taoïstes dont les moines furent chassés.

Plus tard les communautés religieuses de toutes confessions furent emportées dans le chaos meurtrier de la révolution culturelle. Pendant cette période les cultes furent interdits et les sanctuaires, temples ou églises détruits, les religieux furent exterminés, déportés ou réduits au silence.

Il fallut attendre la mort de Mao  et le retour de Dengxiao Ping pour que la pratique des religions soit permise.

En 1979 les fonctionnaires ont eu l’ordre de ne plus entraver la pratique des cultes.
En 1982 un article du Drapeau Rouge précise que l’Etat suit une voie médiane entre un laisser faire de droite et les violences destructrices de gauche.

Cette relative tolérance des religions s’explique par la confiance renouvelée des membres du Parti dans la disparition progressive de celles-ci et le fait que les persécutions précédentes ont produit des résultats inverses de ceux escomptés.

Par contre les Associations religieuses sont sous le contrôle du gouvernement.

Depuis 1993 les statistiques officielles comptent cent millions de croyants dont 72,4% de bouddhistes, 17% de musulmans, 5,5% protestants, 3,6% catholiques et 3% Taoïstes. Toujours d’après ces statistiques il y aurait  85000 lieux de cultes, 300000 prêtres et 3000 organisations religieuses. Les sources officieuses parlent plutôt de 200 millions de croyants et 100000 lieux de culte avec pour les Missions étrangères :  150 millions de bouddhistes, 35 musulmans, 5 à 10 protestants, 5 à 10 catho et 30 millions Taoïstes.
La grande majorité des bâtiments monastiques et conventuels a été restaurée et tous les observateurs s’accordent pour dire que l’ intérêt  des chinois pour les religions a fortement augmenté depuis le début des années 1980, la politique de relative libéralisation du régime communisme faisant suite au fanatisme de la révolution culturelle.
Les moines (heshang) et moniales (nigu) bouddhistes forment la majorité du clergé en Chine, ils jouent un rôle majeur dans les rituels funéraires.
En fait les Taoïstes sont « au foyer » huoju taoshi et vivent avec femme, enfants et famille.
Les temples se reconstruisent ou se créent de neuf à un rythme soutenu, ce qui ne surprend pas les observateurs qui avaient travaillé à Taiwan et dans la diaspora auparavant.

Les explications couramment citées sont que le bouddhisme apporte un idéal de vie et une morale en rupture avec le modèle social prégnant (argent et signes extérieurs de richesse) mais on peut aussi s’interroger sur la déviance touristico/commerciale avec, par exemple le grand nombre d’hotels proches de Shaolin, l’accès payant à la plupart des grands monastères et la pratique des « fidèles » chinois plus qu’expéditive consistant à brûler 3 bâtonnets d’encens avec lesquels ils s’inclinent vers les quatre points cardinaux et repartent aussitôt.

Pour le taoïsme : seule l’école de la Perfection totale (quanzhen) est autorisée car praticable dans les lieux de culte contrairement à l’école du Maître céleste (tianshi),  dont les prêtres vivaient au sein du peuple, est interdite.

Par contre on observe une vigueur du Qi Cong qui est directement issu du taoïsme.

Quant au confucianisme il faut signaler qu’en 1989 la reconstruction du temple et de la résidence des descendants de Confucius a été accompagnée d’une cérémonie qui célébrait le maître et d’un renouveau des études confucéennes.
Hu Jintao parle, par exemple, d'harmonie parmi la population, les ressources et l'environnement
Enfin, on peut noter que le Falung Gong qui est un syncrétisme de taoïsme, Bouddhisme et pratique de Qi Cong a peut-être atteint 2.1 M avant la dissolution de 1999.
 
La religion populaire (dieux locaux, heros, ancêtres) est pratiquée par plusieurs centaines de millions, elle est tolérée même si elle est considérée comme oblique et perverse par le gouvernement chinois.

J’ai personnellement, vu des BD dans les écoles disant qu’il fallait faire confiance à la science plutôt qu’aux superstitions.
Les autels au dieu du foyer et aux ancêtres sont dans la plupart des maisons et appartements. L’autel des ancêtres est, en général dans le coin le plus sombre. C’est le fils aîné qui rend le culte aidé par son épouse. On offre des aliments dont les ancêtres sont censés avoir besoin.
Les temples au dieu du sol, aux divinités régionales, aux saints patrons des guildes, aux corporations de métier...sont également légion et sont fréquentés de façon épisodique.
 
Les familles chinoises le 5 avril se rendent sur les tombes de leurs ancêtres pour les balayer et les nettoyer, y brûler du papier monnaie de substitution et de l’encens avant d’y pique niquer avec des offrandes de nourriture, c’est le quinming.
 
En 2004 Ines Kämpfer de l’université de Fribourg en Suisse a mené une enquête auprès de 424 étudiants de l’université Fudan de Shanghai. Parmi les données recueillies (49% de femmes, 51% d’hommes) la moitié environ déclare avoir occasionnellement une activité pouvant être qualifiée de religieuse (brûler un bâtonnet d’encens ou consulter un diseur de bonne aventure) et il est rare qu’il s’agisse d’une activité régulière.
En ce qui concerne le degré de sympathie par rapport aux religions le résultat est : 42% bouddhisme, 25% protestantisme, 14% confucianisme, 11% toïsme et 8% catholicisme.

D’après Ines Kämpfer le taux élevé du protestantisme signifie simplement la popularité du christianisme sur le plan intellectuel et culturel.
La spécialiste constate aussi que plus les étudiants sont issus de milieux aisés et vivent en contexte urbain  et plus ils tendent à être religieux ; les explications qu’elle donne sont que l’offre religieuse en ville est plus importante et cet intérêt pour les questions spirituelles fait partie d’un nouveau style de vie d’élites urbaines.
 
  • CONCLUSION :
 
Tout d’abord une première conclusion est qu’il ne faut pas faire toujours confiance aux guides, en effet le Temple d’or de Kunming, dans lequel auraient cohabité Lao Tseu, Bouddha et Confucius, était un « pur » temple taoïste dans lequel tout est taoïste et le syncrétisme quasiment absent.

Plus sérieusement ce voyage à travers les philosophies et religions chinoises m’a sensibilisé sur l’importance des esprits en Chine comme d’ailleurs dans beaucoup de régions du monde.

Par ailleurs le syncrétisme annoncé s’applique essentiellement, comme on l’a vu, à la religion populaire, le Falung Gong est un autre exemple, il y a d’autres exemples tels que la religion des trois en un (sanyi Jiao) née au Fujian au 16ème siècle à l’origine d’une secte, les autres religions ont des adeptes séparés même si, par exemple, des familles de doctrines confucéenne font appel à des prêtres bouddhistes pour les rites funéraires.
 
Enfin, en ce qui concerne ma quête personnelle, elle continue….
 
Bibliographie :
  • le livre de Christine Barbier Kontler "Sagesses et religions en Chine"
  • le livre de Vincent Goossaert "Dans les temples de la Chine"
  • le livre de Marcel Granet "La religion des Chinois"
  • "Chine, peuples et civilisation", sous la direction de P. Gentelle La Découverte
  • "Chinese religions" de Julia Ching chez Orbis Books
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