EN QUOI LES LUMIÈRES DE LA FRANC MAÇONNERIE PEUVENT ELLES ENCORE AIDER L’INITIÉ DU XXI° SIÈCLE ?
ETUDE DE CAS DU SUD TOGO, EN AFRIQUE DE L’OUEST.

- Nadim Michel Kalife -

  Il y a 2 ans, Alain Bauer, ancien G.°.M.°. du G.°.O.°.D.°.F.°., publiait « Le Crépuscule des frères, la fin de la franc-maçonnerie ? » où il évoque une "crise existentielle" de la Franc maçonnerie, illustrée par son absence de la vie politique française actuelle, alors que dans les 3 siècles passés elle avait beaucoup contribué à la conquête des acquis sociaux, notamment entre la 1ère République Française née dans la foulée la Révolution de 1789 et les premiers « congés payés » du gouvernement socialiste de Léon Blum en 1936.

C’était son âge d’or. Par contre, depuis la Loi Weill de 1976,  les loges ne semblent plus avoir contribué à l'adoption de lois sociales, quoiqu’elles continuent à étudier des "questions sociales", au sein du G.O.D.F. notamment. Alain Bauer en conclut que les travaux en loge n’ont plus d’impact sur le devenir de la société, ce qui place les loges bleues en porte à faux avec l’ensemble des constitutions de  leur obédience, qui stipulent bien que le but de la Franc maçonnerie est de contribuer à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité.

Et, dans ce même ordre d’idées, Bruno Etienne regrette que la plupart des loges ne peuvent même plus être considérées comme des chambres de réflexion du devenir humain, du fait qu’elles se limitent à pratiquer leur rituel séculaire autour de planches symboliques.

Or, à côté de cela, nombre de journaux décrient, chaque année, les Francs maçons comme une nébuleuse à caractère maffieux, reliant des intérêts obscurs au sein de groupes de « frangins » qui profitent de la loi du secret pour agir de manière non conforme aux valeurs maçonniques… alors que cette dérive ne concerne que très peu de maçons (1% à 2% du total des effectifs, ce qui est infime en comparaison des fidèles des diverses religions ou associations…), et que les fautifs sont presque toujours issus de la branche dite « régulière ».

Par ailleurs, en raison de leur manque d’ « action au dehors » au service du bien-être de l’humanité, les Francs maçons d’aujourd’hui s’orientent, de plus en plus, vers les « Hauts grades » où l’on se soucie de se rattacher à une origine mythique ancienne générant une certaine spiritualité réconfortante.

La Franc maçonnerie d’aujourd’hui se retrouve donc bien loin de ses soucis à sa création en 1717. En effet, générée durant la guerre civile anglaise de 1640- 1659, à partir de la réflexion de philosophes humanistes ayant reçu « le mot de maçon » (lire les 2 premiers chapitres du Tome II des « Réflexions d’un maçon sur son chemin initiatique africain », Ed. DETRAD 2006), lesquels avaient réussi à entourer le Roi Charles II au sein de la « Royal Society », à sa restauration en 1660, en l’inspirant dans la gestion du royaume, notamment en faisant adopter en 1679 la loi « Habeas Corpus » qui protégera tout individu contre les arrestations arbitraires.

Or, bien loin de ce souci humaniste de bonne gouvernance et d’amélioration matérielle et morale de l’humanité, Bruno Etienne constate au sein de la Franc maçonnerie d’aujourd’hui, le phénomène de plus en plus fréquent des "Frères clubistes", qu’il définit comme de vulgaires "consommateurs de maçonnerie", recherchant dans les loges un lieu de rencontres ou un réseau d'influences. Ces Frères-là, en effet, ignorent la démarche initiatique impliquant, d’une part, l’exigence de soi et la rigueur de travail sur soi qu’ils ne pratiquent point par manque de motivation, et d’autre part, une certaine générosité du cœur envers l’humanité qu’ils négligent par pur égoïsme. Et ce sont ces FF-là qui créent les scandales et salissent l’image de la Franc maçonnerie.

  • A quoi peut donc servir la Franc maçonnerie aujourd’hui ?

Pour ce qui concerne le contexte français, comme pour les autres pays à économie libérale avancée, où les partis politiques traditionnels se révèlent impuissants à maîtriser les enjeux invisibles de la mondialisation devenue « financiariste », où les Eglises dogmatiques et archaïques refusent de s’adapter aux mœurs et aux avancées scientifiques de notre temps, où les sectes religieuses attirent de plus en plus de braves gens en quête d’une bouée de sauvetage spirituel les rassurant sur des lendemains enchanteurs, et, face au désarroi spirituel de toutes les populations inquiètes de leur avenir, la Franc maçonnerie pourrait jouer le rôle de catalyseur et de rassembleur des énergies créatrices d’hommes et de femmes de raison, ayant le souci de servir l’humanité. Elle pourrait servir de centre d’union à toutes ces forces individuelles éparses, disposant de leur liberté de conscience et voulant se rendre utile à la société. Pour cela, devrait elle faire en sorte de les attirer et les rassembler dans le but d’améliorer l’ordre social, en partant du niveau individuel où l’on cultiverait une philosophie de vivre consciente des enjeux humains, pour aboutir au niveau collectif où l’on chercherait à influer sur les choix de société vers plus de dignité humaine et de sauvegarde de l’environnement, sans plus nous laisser noyer dans le brouillard d’un monde globalisé, soumis aux seuls intérêts financiers.

Aussi, pour que la Franc maçonnerie retrouve sa force invisible d’antan, aidant les gens d’action à remédier aux dérapages avilissants  pour le devenir humain, faudrait-il qu’elle reconquière sa stature d’origine, celle d’une école de pensée et d’action, offrant à chaque Initié le pouvoir d’accéder à une véritable liberté de pensée avec une volonté d’agir au dehors en conformité avec sa conscience. Cela pourrait aider à nous émanciper des pesanteurs déshumanisantes de la globalisation « financiariste » d’aujourd’hui, qui sacrifie tant de milliards d’hommes et de femmes en les faisant vivre en dessous du seuil de pauvreté, alors qu’une infime minorité de cadres et dirigeants des grandes entreprises, notamment celles cotées en bourse, soumet le sort de ces milliards de pauvres humains aux seuls impératifs des dividendes toujours plus élevés, à distribuer à des fonds de pension et des « hedge funds ».

Quant au vécu maçonnique en Afrique Noire, il faut rappeler qu’en Europe, la maçonnerie avait pris forme au « Siècle des Lumières », dans une société où l’affirmation de l’individu et de sa liberté s’était développée pas à pas, depuis l’émergence conjointe de la bourgeoisie et de l’humanisme au cours des XIV°- XV°-XVI° siècles, jusqu’à devenir une réalité sociale, reconnue et collectivement protégée, d’abord par l’ « Habeas Corpus » de 1679 en Angleterre, puis par la « Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen » de 1789 en France, et enfin par les luttes politiques des républicains Francs maçons tout au long du XIX° siècle. L’Afrique Noire, quant à elle, ne connut point cette évolution historique de l’émancipation de l’individu par rapport à son groupe d’origine, ethnique notamment, à tel point que, durant toute la période coloniale, le Code Civil français coexistait avec le droit coutumier pour l’exercice de la justice dans les villages. Cette dichotomie du droit des personnes illustre bien le déchirement psychosociologique auquel est confronté tout Franc maçon africain d’aujourd’hui, qui n’a pas encore coupé son cordon ombilical avec les us et coutumes de ses ancêtres ni surtout avec les interdits et tabous de son éducation traditionnelle. Cela explique, en partie, les dérives de la pratique maçonnique dans les pays côtiers du Golfe de Guinée dont le Togo fait partie.

Enfin, compte tenu du vécu de nos FF&SS, tant en Europe qu’en Afrique, je propose, en dernière partie, un projet de réforme de la formation des jeunes Initiés durant leurs 5 premières années d’études et d’instruction du 1er et du 2nd degrés, de sorte que la Franc maçonnerie puisse redevenir cette grande école de pensée, dont l’enseignement encyclopédique et la pratique initiatique aideraient l’Initié à s’émanciper du formatage de son éducation d’origine pour mieux comprendre les rouages de la société moderne, dont il cherchera à comprendre les enjeux réels afin de pouvoir en humaniser les rapports sociaux par son « action au dehors », désormais mieux éclairée et plus motivée. Le prestige d’une telle école de pensée et d’action humaniste pourrait alors servir de phare à tous les hommes et femmes de bonne volonté, tout en ayant notamment pour effet en cascade de contribuer à éclairer les choix des divers décideurs à tous les échelons de la société, tant au niveau matériel que moral, dans le but final de réhabiliter et sauvegarder la dignité de l’homme face à la « globalisation financiariste » effrayante de ce début XXI° siècle. 

De la sorte, la Franc maçonnerie pourrait reconquérir, grâce à son éthique humaniste, la place qu’elle avait occupée dans l’inspiration politique des mouvements politiques français des Ière, IIème et IIIème Républiques, de même qu’elle pourrait, à l’avenir, mieux inspirer les équipes administratives et gouvernantes des pays africains . En effet, le futur entourage des gouvernements africains pourrait être composé de cette nouvelle génération d’hommes et de femmes de lumières, formés à cette nouvelle école de pensée humaniste actualisée, sachant alors inspirer des conseils de bonne gouvernance pour l’instauration d’un vrai régime républicain, à la fois respectant les droits de l’homme et améliorant les conditions de vie des populations défavorisées. Ce grand changement social nous rappellerait alors le grand apport de la Franc maçonnerie à l’Angleterre du XVII° siècle, à la France et à l’Europe des XVIII° et XIX° siècles ainsi qu’à l’ensemble de la civilisation moderne qui en a bénéficié (sans le savoir) dans tous les pays démocratiques d’aujourd’hui.

  • BREF RAPPEL DU CONTEXTE DE NAISSANCE DE LA FRANC MAÇONNERIE EN ANGLETERRE
La Franc-maçonnerie est l’aboutissement d’une longue gestation des idées humanistes recherchant des solutions rationnelles de bonne gouvernance en vue de surmonter les contradictions religieuses, civiles et politiques, dont étaient victimes les innocentes populations civiles qui  subissaient les affres de la guerre civile en Angleterre du XVII° siècle. La volonté commune de ces grands humanistes était de créer un espace d’acceptation de l’autre avec sa liberté de conscience, hors du préjugé de condamner celui qui est différent de soi, de façon à réaliser un savoir-vivre ensemble qui concilie les contraires pour le bien commun de tous. C’était déjà une sorte d’engagement citoyen en vue d’une harmonie sociale, transcendant les préjugés individuels par l’acceptation de la différence de l’autre, annonçant ainsi l’avènement d’un nouvel esprit d’humanisme que l’on appela « Tolérance ».

Et c’est bien cet esprit-là que l’on retrouve dans l’Article 1er des « Constitutions d’Anderson » où la Franc-maçonnerie est définie comme « le centre de l’union » d’« hommes libres et de bonnes mœurs » qui ne se seraient pas rencontrés si la Franc-maçonnerie n’avait été là pour les rassembler dans leur diversité et les réunir malgré leurs différences.
En outre, la méthode de travail el loge procède de la vertu du silence qui permet d’accéder à la connaissance de soi par la vertu d’humilité qui anime les échanges fraternels au cours de travaux de réflexion en commun aidant chacun à découvrir en l’autre un autre soi-même qui enrichit les autres de sa différence. Cette fraternité-là pousse chacun à dépasser son ego pour agir au service du bien commun.

Et c’est bien grâce à cette dynamique nouvelle de l’esprit humaniste, fondé sur la tolérance et les échanges fraternels que la Franc maçonnerie inspira la civilisation des « Temps modernes » où le principe de tolérance fut institutionnalisé et sauvegardé sous la forme républicaine de séparation des 3 pouvoirs d’Etat, législatif, judiciaire et exécutif, de façon à éviter les abus de pouvoir et à respecter les droits de l’homme. Quant au second volet de cet humanisme maçonnique des temps modernes, consistant à veiller sur l’amélioration constante du bien-être matériel et moral de la société par une meilleure gouvernance, cette tâche fut confiée aux partis politiques qui ont succédé à « l’action au dehors » de la Franc maçonnerie, demeurée le « Parti de l’Homme ». 

A présent que la Franc maçonnerie ne semble plus avoir d’impact politique pour transformer la société, que peut-elle encore nous apporter ?

  • LES BIENFAITS INDIVIDUELS DE L’INITIATION MAÇONNIQUE : S’AMÉLIORER PAR SES RAPPORTS AVEC LES AUTRES
La maçonnerie est aujourd’hui devenue une démarche personnelle qui aide à sortir de soi pour aller à la rencontre des autres. Cela a lieu dans son contexte spécifique d’apprentissage d’une certaine humilité en loge en présence des autres Frères que nous côtoyons, sans aucune distinction sociale. Elle permet de découvrir la vertu d’humilité qui se révèle en Franc maçonnerie comme la mère de toutes les vertus qui aident à cultiver la foi en l’homme, l’espérance en un avenir meilleur pour l’humanité et cet amour laïc de l’humanité qui s’exprime par la générosité du cœur envers tout ce qui sert le bien public.
La Franc maçonnerie permet aujourd’hui de découvrir l’altérité, càd la qualité d’être autre en nous rapprochant de l’autre, en commençant par les autres Frères de la loge, que l’on est amené à découvrir individuellement, dans la fraternité qui nous lie, comme un autre nous-même. Alors, sa différence nous enrichit au lieu de nous opposer à lui. C’est, là, une conquête nouvelle de l’homme, obtenue grâce à la Franc maçonnerie.
Ainsi, la Franc maçonnerie se révèle à nous comme un vecteur de progrès individuel au sein de notre appartenance sociale, aidant à mieux nous comprendre les uns les autres, donc à mieux nous aimer, et par conséquent à mieux vivre en société. C’est un tremplin pour élever nos idées vers le vivre ensemble, sans plus nous contenter de regarder notre nombril dans le mépris ou l’ignorance des autres.

De la sorte, la Franc maçonnerie est devenue aujourd’hui un lieu d’évolution personnelle à travers la collectivité des échanges fraternels d’idées sur l’homme et la société, dans un contexte de liberté d’expression qui enrichit notre liberté de conscience. Et celle-ci s’épanouit grâce à la capacité d’écoute que nous avons acquise à travers le silence de la période d’apprentissage et la discipline de circulation de la parole en loge sous la direction du V.°.M.°. durant les travaux.
Et, au fil du temps que nous vivons ensemble, la confiance nous reliant à nos FF en loge, la fraternité des uns avec les autres, les échanges de nos recherches individuelles au cours des travaux de loge, tout cela fait que nous ne nous sentons pas seul sur notre chemin initiatique. Et, si ce dernier est semé d’embûches, nous savons pouvoir compter sur les regards solidaires de même que sur le soutien logistique et l’aide morale et matérielle des uns et des autres de nos FF&SS.
Par ailleurs, en cas de besoin, nous savons pouvoir faire appel aux uns et aux autres pour entreprendre ensemble une action sociale, en citoyens désintéressés.

Cependant, il arrive encore aujourd’hui que les Francs Maçons dérangent les gouvernants, notamment ceux usant d’un pouvoir despotique, en raison de leur volonté permanente d’agir pour la recherche de la vérité en toutes choses, au service de la justice sociale et pour l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est ainsi que Nikita Khroutchev répondait à un journaliste qui lui demandait pourquoi la Franc maçonnerie était interdite en URSS : « Pourquoi voulez vous que je conserve une puce sous ma chemise ? ».  C’est que le Franc maçon, militant de la liberté de conscience et chercheur de vérité, gêne le dogmatisme des pouvoirs despotiques. Il est considéré comme un opposant politique en puissance, amené à dénoncer toutes les formes d’oppression et de violations des droits de l’homme.
D’ailleurs, même dans les milieux civils des bien-pensants et des BCBG, du seul fait qu’il combat le dogmatisme des idées et le « politiquement correct », le Franc maçon dérange ces gens-là, autant que l’Eglise et l’ensemble des sectes religieuses qui prêchent la soumission à leurs doctrines et le respect de l’ordre établi. La capacité du Franc maçon à fédérer les bonnes volontés qu’il peut rencontrer autour de lui, au service d’une cause humaniste, fait de lui un homme d’action, animé par sa formidable foi humaniste en la perfectibilité de l’homme et sa libération, ce qui lui donne ce potentiel de rassemblement pouvant gêner tout pouvoir autoritaire, qu’il soit politique ou religieux.
Aussi, les Francs maçons sont-ils diabolisés partout, d’autant plus que leur loi du silence les dessert gravement, parce que les bien-pensants estiment que ce silence-là doit cacher des fautes répréhensibles. De la sorte, étant mal vus partout, les Francs maçons préfèrent ne pas se dévoiler pour ne pas gêner leur vie en société.
Pour en revenir au vécu personnel et intime du Franc maçon en ce début du XXI° siècle, il doit pouvoir constater, au cours de son vécu maçonnique, un véritable changement qui s’opère en lui au fil du temps. Pour s’en rendre compte, il lui suffirait de faire un bilan quinquennal de son parcours initiatique. Rien qu’en relisant ses anciennes planches, il voudrait aussitôt y apporter des enrichissements majeurs, reflétant son élévation spirituelle, morale et intellectuelle. Il verrait comment, tant au niveau du symbolisme que dans sa façon de voir le monde, il a réalisé des avancées sensibles. Ce phénomène humain d’évolution individuelle dans l’esprit fait justement partie de la spiritualité maçonnique, celle qui offre le moyen de se dépasser rien que par les fréquentations des loges, les échanges avec les autres FF&SS, les longs efforts de composer des planches symboliques et sociales, l’ensemble de ce travail amenant progressivement l’Initié à réfléchir sur lui-même et à mieux comprendre son engagement maçonnique.
Dans cette mutation intérieure dont bénéficie le Franc maçon du XXI° siècle, le rôle des FF&SS est essentiel. En effet, son habitude de  côtoyer ses FF&SS dans un esprit de fraternité et de reconnaissance mutuelle « comme tel », l’amène progressivement à rechercher une certaine harmonie avec les autres, dans le respect des vertus maçonniques. Il découvre alors les aspérités de sa pierre brute au contact des autres FF&SS, et il s’efforce, petit à petit, de la ciseler pour la rendre cubique. Cela l’amène, en fait, à se recréer, en remodelant sa personnalité selon son propre discernement de ses défauts. C’est là que se manifeste sa façon d’illustrer son « métier de bâtisseur », en se l’appliquant à lui-même en relation avec les autres. Et c’est justement la tâche première de l’Initié qui doit apprendre à s’initier par lui-même sur son chemin initiatique.
Cette pratique régulière de nous côtoyer en loge et au dehors, nous fait dire que les FF agissent sur nous à la façon d’un miroir qui nous renvoie l’image de nous-même, en nous offrant le moyen de mieux nous connaître et de nous améliorer en éliminant nos défauts… à condition, bien sûr, que l’orgueil ne soit pas assez aveuglant pour empêcher l’initié de voir le reflet de son miroir, laissant alors sa pierre en son état brut et donc impropre à être insérée dans l’édifice social, privant du même coup l’Initié de poursuivre son parcours initiatique. C’est alors que cet initié-là devient un « initié errant », s’il ne démissionne pas entre-temps de la Franc maçonnerie dont il n’éprouvera point les bienfaits ni l’utilité. Il ne connaîtra point l’art de vivre du Franc maçon.

  • L’ART DE VIVRE DU FRANC MAÇON AU XXI° SIECLE : LA METHODE INITIATIQUE

A partir de l’éveil de sa conscience à la connaissance de soi, de l’autre et donc de l’homme, le Franc-maçon devient un homme d’action qui va apporter sa pierre à la reconstruction du monde imparfait et injuste dans lequel il vit. Il mobilise volontiers son énergie au service de l’amélioration de son milieu social, à tous les niveaux, moral, intellectuel, matériel et spirituel. Mais il faut savoir que cette « action au dehors », entreprise volontairement, suppose une certaine rigueur dans ses comportements, une « exigence de soi », qui comporte beaucoup de courage et d’abnégation, deux qualités morales fondamentales de l’homme vertueux qu’il est sensé devenir. Son combat se dirige alors sur la défense de l’éthique moderne, fondée sur le respect de la dignité humaine et la sauvegarde de l’environnement.
Cet engagement est renouvelé en loge à chaque acclamation de la devise « Liberté ! Egalité ! Fraternité ! », qu’il proclame avec force et vigueur à l’ouverture et à la fermeture des travaux. Cette acclamation constitue sa profession de foi en l’amélioration de la société au service du bonheur de l’homme, ce qui l’engage à agir au dehors dans le sens de l’idéal maçonnique d’un progrès social sans fin.
La pratique de son engagement social suppose une exigence de soi. Cette exigence de soi est une forme d’ascèse qui suppose un travail constant sur soi menant à un certain perfectionnement moral, qui fasse du Franc-maçon une référence sociale dans le monde profane où il vit. Son comportement social doit faire rayonner autour de lui notre devise  « Liberté ! Egalité ! Fraternité ! », à travers ses faits et gestes. Cela suppose une bonne pratique de l’introspection et de l’examen de conscience quotidien, servant à maîtriser ses passions et ses réflexes, en s’émancipant des mauvaises habitudes acquises dans son milieu d’origine ou dans les milieux professionnels et politiques qu’il a pu fréquenter.
La « méthode maçonnique » englobe toute cette démarche de connaissance de soi et de rééducation de la personnalité de l’Initié qui se doit d’entreprendre son propre parcours initiatique de refondation personnelle. Sur ce chemin, il démarre avec l’ignorance de soi pour découvrir la conscience subjective de soi et la conscience objective des autres, avant d’aboutir à une refonte éclairée de sa conscience sociale. C’est une voie de « cherchant » qui lui permettra d’acquérir une force intérieure nouvelle, qu’il trouvera en lui-même et par lui-même, ce qui lui donnera alors le courage d’ « oser » changer les choses, en conformité avec son idéal maçonnique, càd de lutter contre toutes les formes d’injustice et de contribuer constamment à l’amélioration de la condition humaine.

L’ensemble de cette démarche explique pourquoi cette méthode est qualifiée d’ « initiatique ». En effet, elle permet de se forger, par soi-même et avec discernement, une nouvelle personnalité sociale, avec une nouvelle conscience du vivre ensemble, en ayant dépassé les préjugés acquis dans l’éducation antérieure. Cette méthode initiatique permet au mental de se débarrasser des vérités toutes faites qui nous étaient inculquées, soit par en haut (le pouvoir religieux ainsi que les traditions du milieu social d’origine), soit par en bas (le pouvoir politique, l’idéologie dominante, les habitudes).

Quant à la transposition de cette méthode initiatique dans le milieu africain à dominante spirituelle traditionnelle, elle pourrait aider l’Initié responsable à s’émanciper de certaines traditions obscurantistes qui ont pu asservir ses facultés mentales en les soumettant à des tabous et interdits. En effet, par la méthode initiatique, une grande force de sagesse devrait émerger des profondeurs de son V.I.T.R.I.O.L. pour l’amener à ne plus avoir peur de chercher la vérité dans tout ce qui l’entoure. De la sorte, il osera enfreindre la coutume en agissant différemment de ses parents et donc en ne laissant plus faire les choses, càd qu’il n’abandonnera plus les populations démunies à leur sort. Il s’agit bien là d’une nouvelle logique de comportement exigeant un grand courage et une grande force morale de chercher la vérité et de lutter contre l’injustice, face à un environnement socioculturel très conservateur.

Si les Lumières de la méthode initiatique avaient pu animer nos FF&SS de l’Afrique Noire au cours de ses 47 années d’Indépendance, cela aurait permis de constater une amélioration des conditions de vie de ses populations. Or, nous constatons que la qualité de vie des populations africaines s’est gravement détériorée depuis les Indépendances, surtout au cours des 25 dernières années, alors que le formidable boom des prix des matières premières de la période 1973-1981 aurait dû favoriser le décollage économique de l’ensemble des Etats africains, au lieu de les voir s’engouffrer dans un cycle infernal de remboursement sans fin de leurs dettes extérieures, en raison de leurs origines fallacieuses ou improductives. La mauvaise gouvernance eut pour conséquence directe de paupériser des populations déjà pauvres et démunies, en les privant de ressources publiques nécessaires aux investissements sociaux en leur direction, dans les domaines éducatifs et sanitaires.

Ce désintérêt de l’élite africaine (parmi laquelle beaucoup de FF&SS) pour « le malheur des autres » résulte à point nommé de l’absence de cette méthode initiatique qui favorise la reconstruction de soi et le sens du devoir social à partir de l’exigence de soi. En effet, l’exigence de soi et le souci du devoir social sont indispensables pour bannir toute compromission avec les corrupteurs de tous bords ainsi que toute complaisance avec les représentants douteux de certaines autorités publiques à caractère maffieux. Et c’est encore cette exigence de soi qui permet de discerner entre, d’une part, l’art du compromis, vertu de communication qui sert à concilier les contraires sans avoir à trahir ses idéaux, et d’autre part, la compromission, vice de cupidité qui glisse directement dans le tourbillon de la corruption.
Certes, faut-il reconnaître que dans nos pays africains où la richesse matérielle est concentrée entre les mains du clan au pouvoir, il est très difficile de résister à la multitude des tentations et à la diversité des appâts tendus par les cercles concentriques de la corruption, d’autant plus que les rouages de la corruption sont savamment orchestrés et disposent des moyens considérables de l’Etat tout puissant, dont les finances publiques ne sont guère contrôlées par une institution qui soit indépendante et incorruptible. Face à tout cela, l’exigence de soi et la rigueur morale deviennent une prouesse surhumaine que peu de gens peuvent assumer, si ce n’est au péril de leur vie. Et cela est d’autant plus difficile que l’élite intellectuelle n’est pas riche et que les gens vertueux manquent des moyens d’assurer leur existence matérielle au quotidien, surtout avec une famille nombreuse à charge et avec des dépenses de soins de maladie sans couverture sociale, etc…Autant dire qu’il est très difficile de prétendre pouvoir défendre nos valeurs maçonniques en pays africain vivant sous un régime politique despotique et corrompu.

Devant ce constat effrayant, notre récompense d’avoir accompli notre devoir envers notre idéal et contre tout l’establishment, demeurera longtemps encore un simple vœu, en attendant un jour de pouvoir contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations africaines démunies qui seront donc, encore longtemps, soumises à l’obscurantisme et à l’injustice. Cela s’explique en partie par le fait que l’Afrique Noire a négocié ses indépendances nationales avec ses anciens colonisateurs sans avoir réalisé sa propre révolution républicaine, à la différence de ce que les Etats-Unis d’Amérique et la France l’avaient fait au XVIII° siècle. Il lui a donc toujours manqué cette volonté d’action démocratique qui devrait animer et mobiliser son élite en vue d’offrir à ses populations une éducation appropriée à une forme de développement durable pour le bien commun de tous.  Mais cela s’explique aussi, en partie, par l’héritage socioculturel africain qui n’a pas su servir au développement intégré de la société africaine moderne.

  • DU CONFLIT PHILOSOPHIQUE ENTRE CERTAINES TRADITIONS AFRICAINES ET LA FRANC- MAÇONNERIE
Une grande partie de mes FF Togolais estiment que rien ne sert d’agir sur le monde injuste où ils vivent parce qu’on ne peut guère le changer directement par notre propre « action au dehors », laissant croire qu’il faut « donner du temps au temps » et que le changement arrivera de lui-même, en temps opportun. Cette attitude reflète le comportement profane de la société traditionnelle. Cela signifie que ces FF-là ne feront rien pour changer leurs habitudes ni leurs préjugés par une action sur soi en vue de se transformer et d’agir au dehors pour le bien commun.
Il s’agit là d’une démission face à l’engagement maçonnique de se reconstruire en homme nouveau, libéré des tabous et préjugés du vieil homme que l’on est sensé enterrer avec le testament philosophique rédigé dans le « cabinet de réflexion ». Dans leur esprit, il y a un mur entre les valeurs traditionnelles acquises et les valeurs maçonniques à cultiver.
Parmi les idées acquises traditionnelles, il y a d’abord les croyances en la métaphysique de l’ethnie, dans la crainte de ses divinités qui coexistent avec la foi en Christ ; ensuite, conformément aux habitudes ancestrales, on laisse agir le destin sans chercher à troubler l’ordre des choses ; puis, pour se protéger contre le mauvais sort, sensé être jeté par certains ennemis ou jaloux, il faut invoquer les esprits en passant par le féticheur ou le sorcier selon le cas ; enfin, il faut respecter la coutume sous peine de subir le pire, notamment la réprobation unanime des aînés et l’ostracisme de la communauté, en plus des reproches des membres de sa famille au cas où il leur arriverait malheur, tout nouveau malheur étant alors considéré comme représailles d’une divinité ou d’un vaudou.

Un tel Franc-maçon, ancré dans ses coutumes d’origine, se retrouve ainsi confronté à son univers « enchanté », càd soumis à la mythologie de son groupe ethnique, dont il ignore généralement la philosophie tout en étant soumis à ses tabous et préjugés. De ce fait, il n’ose pas enfreindre les interdits de peur de subir des châtiments surnaturels. Dès lors, il n’est plus en mesure d’assumer les valeurs maçonniques qu’il devrait faire siennes pour reconstruire l’homme nouveau à naître en lui. Le conservatisme de ses traditions ne l’autorise donc pas à acquérir sa liberté de conscience par rapport à son groupe d’origine. Et, par voie de conséquence, cela limite son action au dehors, compte tenu de son obligation constante de respecter d’abord sa tradition ethnique à laquelle il demeure soumis dans la crainte des malheurs qui s’abattraient sur lui et sa famille. Il y a là un conflit existentiel qui place ce Franc maçon-là dans la situation du dilemme psychosociologique suivant :

   - ou bien, il aura la force de réaliser son V.I.T.R.I.O.L. en extirpant les tabous et en dépassant les interdits spirituels de sa tradition, où l’ordre surnaturel est sensé subjuguer l’ordre terrestre; et, dans ce cas-là, il se retrouve dans une situation de révolte par rapport à l’ordre traditionnel établi dans son groupe social, ce qui l’expose aux représailles pouvant aussi bien le frapper que ses proches qui lui en voudront alors pour tous leurs malheurs à venir.

 - ou bien, n’ayant pas la force d’assumer cette responsabilité d’émancipation psychosociologique, il ne rompt pas avec son groupe traditionnel en préférant rester conforme à la façon d’agir du groupe, càd à « faire comme les aînés » en évitant la peur des représailles sociales et mythiques de son village d’origine. Il restera alors soumis à sa tradition métaphysique et ne sera donc pas un « homme libre ». Néanmoins, par manque de rigueur envers soi-même, il se contentera de vivre la Franc maçonnerie à sa façon, en réduisant son parcours initiatique à la pratique routinière du rituel maçonnique et à la fréquentation régulière des tenues; n’ayant plus de parcours initiatique à entreprendre du fait de cette absence de méthode initiatique, il n’aura pas à se recréer en un homme nouveau car l’homme ancien est toujours présent en lui. Il se mentira à lui-même et ne cherchera pas à se regarder dans le miroir, pour lui permettre d’occulter ses contradictions intimes. De la sorte, il faussera sa conscience pour ne pas avoir de remords. Son cheminement maçonnique se réduira à une convivialité amicale avec ses FF&SS.

Cette forme de parcours maçonnique, sans véritable découverte de l’initiation par soi-même, est ainsi vécue par un grand nombre de FF&SS au Togo comme dans les autres pays de la Côte du Golfe de Guinée. Elle finit par dénaturer et dévaloriser l’image de  la Franc maçonnerie en Afrique, où l’Eglise et de nombreuses associations sectaires ne cessent de la diaboliser, puisque rien de positif au niveau social ne peut être brandi comme œuvre des Francs maçons en Afrique, bien au contraire. Il est alors aisé à nos détracteurs de pérorer sur certaines ondes radiophoniques que nous nous réunissons pour pactiser avec le diable et boire du sang humain dans des crânes humains, comme cela a été récemment diffusé à plusieurs reprises sur les ondes de « Radio Maria » à Lomé, succursale de « Radio Vatican ».

Le laxisme qui prédomine dans la pratique des valeurs maçonniques par l’establishment maçonnique africain d’aujourd’hui, se reflète aussi dans le manque de rigueur des critères de sélection de ceux qui frappent à la porte du Temple. Aussi, pour éviter le dilemme psychosociologique décrit ci-dessus, les 3 enquêteurs devraient les informer de ce blocage culturel au cours de leur enquête, de même que leur passage sous bandeau devrait leur faire comprendre l’impérieuse nécessité de  renoncer au cours de leurs futurs efforts d’initiation aux tabous et interdits. Toutes ces négligences ou incompréhensions du sens de l’initiation maçonnique font que l’on assiste à un recrutement incontrôlé et inadéquat. Il en résulte des dérapages de toutes sortes, jusqu’à dévoyer la Franc maçonnerie de son but en Afrique, comme par exemple : 

·    Une pratique de symbolisme de niveau primaire, limitée à son aspect scolaire sinon religieux, sans rechercher son impact sur le mode de penser du jeune initié, en vue de l’aider à dépasser le mode de raisonnement dogmatique ou scolastique qui a pu formater son esprit avant d’entrer en Franc maçonnerie.

·    Des tentatives de syncrétisme, en cherchant à rapprocher l’initiation maçonnique des diverses initiations traditionnelles, alors qu’elles sont fondamentalement différentes: d’abord, l’initiation traditionnelle a pour but d’intégrer l’initié à sa coutume, alors que l’initiation maçonnique libère des habitudes et des idées acquises en aidant à critiquer les injustices de la société; ensuite, l’initiation maçonnique a un but universel qui consiste à amener l’initié à se recréer en homme libre au service de l’humanité entière, en le transformant en citoyen du monde, alors que l’initiation traditionnelle a pour but de soumettre l’individu à son groupe d’origine, notamment à des tabous.

·    Une spiritualisation religieuse de la Franc maçonnerie en identifiant la Fraternité aux messages des Evangiles et surtout des Epîtres de St Paul de Tarse, à tel point qu’en écoutant certaines Planches l’on se demande si le Temple maçonnique n’est pas devenu un lieu de culte chrétien. Aussi, les travaux en loge ne servent-ils guère à promouvoir la recherche de la vérité ni la lutte pour la justice au service du bien-être des populations démunies. L’on se contente plutôt de participer convivialement aux tenues, avec sa conscience de « petit bourgeois » qui se contente de son état.
·    Une désertion fréquente des colonnes lorsqu’il n’y a pas de chambre humide prévue ou d’agape offerte gracieusement à tous les présents aux frais des nouveaux ou des promus, ce qui montre combien cette Franc maçonnerie est devenue alimentaire au sens trivial du terme. Aussi, certains V.°.M.°. habiles et aisés, ayant âprement lutté pour obtenir la chaire de Salomon, exploitent ce filon « alimentariste » pour financer de leurs propres deniers des chambres humides à la sortie de la tenue, ou des agapes non payantes à leur domicile où se rendent tous les FF ayant assisté à la tenue, ce qui leur attire foule de présents venus honorer ces généreux V.°.M.°. de leur présence à « leur » loge.
·    Une course aux « hauts grades » et à l’office de V.°.M.°., par besoin de reconnaissance sociale, dans une société où le mérite et la compétence ne sont pas récompensés dans la vie publique, la réussite matérielle étant généralement liée à des compromissions avec les autorités en place. 
·    Une certaine instrumentalisation de la Franc-maçonnerie dans certaines loges ou obédiences, où elle sert de « public relations » comme si c’était une fraternelle d’intérêts, utilisée à des fins affairistes, parfois peu louables. C’est ainsi que l’on peut constater que certaines loges ont été créées de toutes pièces à partir de la volonté de 2 ou 3 FF liés par des intérêts personnels, et qui recrutent les autres fondateurs en payant parfois pour eux, dans le but de réunir un microcosme social composé de 1 ou 2 hommes d’affaires, d’un magistrat, d’un commissaire de police, d’un douanier, d’un inspecteur fiscal, d’un homme politique bien placé au niveau du pouvoir, d’un agent de voyages, …etc.
Aussi, faudrait-il résoudre ces dérapages par une grande réforme appropriée de la formation et de l’instruction des jeunes initiés, selon un nouveau schéma d’éducation et d’accompagnement, tout au long de l’apprentissage et du compagnonnage et jusqu’à la maîtrise, où l’Initié devrait tracer un bilan annuel de son action au dehors pour évaluer la conformité de sa vie à son idéal maçonnique. Cette réforme est indispensable pour aider la Franc maçonnerie à retrouver sa mission de propager des Lumières et de libérer les peuples soumis à l’obscurantisme, au fanatisme et au despotisme.

  • UNE REFORME NECESSAIRE DE L’INSTRUCTION ET DE LA FORMATION MAÇONNIQUE AUX 1er et 2nd DEGRES
L’ensemble de ces comportements et dévoiements offre une piètre image de la Franc maçonnerie pratiquée dans nos Orients de la Côte africaine. Cela découle du constat que la majorité de nos FF&SS en Afrique n’ont pas reçu la formation ni l’accompagnement nécessaires à la réalisation de V.I.T.R.I.O.L. face à l’héritage culturel de leurs traditions omniprésentes par la peur des interdits.
Aussi, leur démarche initiatique n’aura été qu’apparente, sans le travail approfondi sur soi en vue de recréer l’homme nouveau qui devrait succéder à l’homme ancien, sensé être mort par le testament philosophique rédigé dans le cabinet de réflexion. De la sorte, aucun travail intérieur sur soi n’a été entrepris pour dépasser leur culture traditionnelle dont ils ignorent le vrai sens métaphysique en n’en retenant que les châtiments qu’ils en attendent en cas de violation des tabous. Dans ces conditions, ils ne savent vraiment pas d’où ils viennent ni qui ils sont, et, par conséquent, il leur serait très difficile de savoir où aller du fait qu’ils n’ont pas reçu les vraies « Lumières » intérieures qui éclairent tout chemin initiatique. Ce sont des Initiés errant dans l’obscurité et vivant encore sous la pression de l’obscurantisme de leur métaphysique traditionnelle.
De la sorte, leur appartenance à la Franc maçonnerie n’est que formelle. Elle se résume à la pratique bimensuelle d’un rituel maçonnique en tenue, sans avoir su tailler ni poli sa pierre brute, demeurée en l’état, ni, a fortiori, savoir où la placer dans le nouvel édifice social qui n’est toujours pas mis en chantier. Aussi, l’avènement d’une société plus juste et pleine de lumières est-elle un leurre. Tout le cérémonial d’habillement peut être assimilé à de la figuration, avec le port d’un tablier et de gants d’apparat ainsi qu’une participation conviviale aux agapes et aux fêtes solsticiales, sans lien quelconque avec un quelconque perfectionnement intellectuel et spirituel ni avec une quelconque action au dehors au service de l’amélioration matérielle et morale de la société.

Devant ce désarroi, et pour régénérer l’espérance dans nos coeurs, je propose une réforme approfondie de l’encadrement et de l’instruction aux 1er et 2nd degrés en Afrique, de la façon suivante :

1.    La période d’apprentissage comprendrait 3 années d’instruction et d’études du 1er degré. L’on y apprendrait d’abord le symbolisme d’une façon plus complète, notamment comme mode de raisonnement d’une logique libératrice qui aide à s’émanciper du dogmatisme de notre façon antérieure de penser ; ensuite, l’on étudierait l’origine de l’univers et de la vie sur Terre, la formation de la vie sociale des premiers humains, la naissance du chamanisme, des premières religions et des premières civilisations humaines, pour aboutir aux principales traditions africaines avec leur métaphysique, de façon à découvrir : « d’où venons-nous ? » et « qui sommes-nous ? ». Ce programme exotérique constituant la base de «la connaissance de soi » ;

2.    Le compagnonnage comporterait 2 années d’instruction et d’études du 2nd degré. Les Compagnons étudieront notamment la genèse des 3 grandes civilisations monothéistes, ainsi que l’histoire du bouddhisme, du confucianisme, du taoïsme et du shintoïsme, etc… ce programme de travail exotérique constituant la base de « la connaissance de l’autre » ;

3.    De la sorte, au degré de Maître, le jeune Initié saura mieux se diriger sur son chemin initiatique, notamment à travers le monde où il vit, du fait qu’il se connaît mieux et qu’il connaît mieux les autres. Il lui sera alors plus aisé de décider « où il va » à travers son « action au dehors ».

4.    Bien sûr, le plus dur sera de pouvoir mener à bien cette réforme éducative de l’instruction des App.°. et des CC.°., en recrutant des « Surveillants », à la fois compétents en ces matières historiques, et assez bien convaincus des vertus de la méthode initiatique pour éveiller l’esprit de l’Apprenti et celui du Compagnon. De la sorte, les apprentis et compagnons ne se contenteront plus d’apprendre par coeur leur catéchisme en vue seulement de réussir un examen de passage symbolique et d’obtenir un diplôme de grade maçonnique, comme si l’on se trouvait à l’école maternelle ;

5.    Quant aux travaux des Maîtres au 3ème degré, chaque M.°. devrait buriner sa planche sociale chaque année, dans laquelle il dressera le bilan de son action au dehors au cours de l’année écoulée, de façon à lui rappeler de façon constante son ardente obligation d’agir au dehors, ce que le V.°.M.°. ne cesse de rappeler à la fin des travaux en loge.
 
6.    Quant à l’option d’arpenter le chemin des « Hauts Grades » après 2 à 4 années de maîtrise, cela relève du choix personnel de chaque Maître, sachant bien que toute Grande Loge ne gère que les 3 premiers grades de la Franc maçonnerie, Apprenti, Compagnon et Maître. En effet, les « Hauts Grades » ne sont rattachés qu’au « Suprême Conseil » ou au « Collège des rites » de chaque obédience, organes indépendants de la Grande Loge elle-même et n’ayant pas le droit d’interférer dans la gestion de celle-ci.

  • CONCLUSION
Le mal profond de la grande majorité des Francs maçons français de ce XXI° siècle naissant, c’est qu’ils ne sont pas des cherchants. En dehors de ceux qui y viennent pour retrouver une certaine quiétude de l’esprit dans la pratique du rituel et la sérénité des échanges, il y a ceux qui s’y rendent pour se retrouver en « bonne compagnie » de distraction à la fois intellectuelle et spirituelle et à l’abri des regards indiscrets ; d’autres cherchent seulement à épater la galerie des Frères présents par étalage de leur savoir profane qu’ils pérorent sous forme d’une dissertation oratoire du type « science-po »…

Aussi, pour remédier à ces dérives, je propose de programmer, pour chaque année, des planches qui servent à expliquer les divers buts de notre association d’ « hommes libres et de bonnes mœurs », et notamment, pourquoi la Franc maçonnerie est elle qualifiée à la fois de « philanthropique, philosophique, progressive et initiatique ». Cette analyse critique, répétée chaque année, devrait rappeler à chaque Franc maçon européen la richesse constructive de notre mode de réflexion humaniste, invitant notamment chacun à s’initier par lui-même et à poursuivre cette action en lui-même tout au long de sa vie, en vue de toujours « recréer » en lui cet « homme nouveau » qui meurt lui aussi quand il n’est pas entretenu par un travail constant sur soi, cet homme nouveau qu’il faut réveiller et réanimer à chacun de ses sommeils, à l’image des Temples successifs de Jérusalem qu’il a fallu rebâtir à chaque fois et que l’on ne cesse de vouloir rebâtir dans la Jérusalem céleste, car rien n’est acquis en nous de façon définitive et tout est à reconstruire à chaque fois que notre vigilance s’atrophie…

En effet, il faut demeurer conscient de notre double dimension humaniste : la première consistant à se libérer des étreintes de ses préjugés qui renaissent chaque jour en nous, et la seconde impliquant l’engagement de chacun à aider les autres à mieux vivre ensemble, obligation que nos égoïsmes font vite d’oublier à chaque tournant de notre vie.
En ce qui concerne particulièrement mes FF&SS d’Afrique, j’insiste sur la nécessité d’entreprendre la connaissance de soi à travers l’étude critique de sa propre tradition culturelle, celle justement qui le ligote par ses tabous et interdits, en décortiquant ses réflexes et ses habitudes. Et son changement profond ne sera rendu possible que s’il transcende ses traditions en recherchant, clairement et posément, l’explication et l’origine de ses tabous traditionnels, en vue de les reconnaître d’un nouvel œil, cet oeil qui se trouve au centre du Delta lumineux et qui doit illuminer son esprit et animer son courage, de telle sorte qu’il maîtrise ses passions et ses peurs pour la « libération progressive » de son être intérieur. Je tiens à rassurer mes FF&SS africains de ce que le même problème se posait aux Européens des XVIII°, XIX siècles, lorsqu’ils étaient encore sous l’emprise de leurs propres tabous traditionnels, lesquels avaient peuplé la Renaissance et le Moyen Âge.

Et pour ne rien vous cacher, je rêve de la constitution dans les divers pays africains situés au sud du Sahara, d’équipes de chercheurs, composées de sociologues, psychanalystes et historiens, et qui se mettraient à déchiffrer l’ensemble des tabous traditionnels du continent africain, région après région, ethnie après ethnie, de façon à permettre à d’autres équipes de pédagogues scolaires et universitaires de mettre en place un enseignement « ethnocivique », adapté à chaque niveau scolaire, de façon à éclairer les élèves sur la genèse de leurs traditions et de leurs tabous, pour qu’ils puissent les comprendre et les dépasser rationnellement dans une logique de développement durable. De la sorte, le futur citoyen africain sera libéré de la nébuleuse métaphysique qui étouffe son inconscient collectif en conditionnant sa mécanique mentale. A partir de ce moment-là, il pourra avoir un comportement libre, celui d’un « bâtisseur » de la société nouvelle où il vivra en « homme libre » au service du bien commun, sans plus avoir peur de rechercher la vérité ni de lutter contre toutes les formes d’injustice, comme il est du devoir de chaque Franc maçon dans son action au dehors. Et son chemin initiatique ne sera plus encombré de falaises insurmontables.

NMK,
Paris, le 19 avril 6007