"La Maât " : Survivance d'un concept pharaonique dans la Franc-Maçonnerie   -  J. Mar. -   




Le concept de Maât apparaît dans les textes des Pyramides sous l'Ancien Empire. Fille du dieu Rêh, Mâat est représentée par une femme assise dont la forme stylisée évoque une équerre, en Franc-maçonnerie, l'équerre n'est-elle pas le symbole de la rectitude ?
Les anciens égyptiens n'ont pas donné une définition à proprement parler de la Mâat, aussi dans un premier temps, je vais vous exposer celles d'éminents spécialistes en égyptologie
 
1)    Une définition extraite du dictionnaire de la civilisation égyptienne de Guy RACHET : "Maât, incarnation de la justice et de la vérité, elle est aussi l'ordre universel, la loi par laquelle le monde subsiste dans l'harmonie, la force par laquelle la création de Rêh son père, ne retombe pas dans le chaos primordial.

2)   Pour Dominique Valbelle, professeur à l'université de Lille III :"Maât exprime la notion d'harmonie universelle au cœur du concept monarchique" (Histoire de l'Etat Pharaonique, p.86).

3)  Erik Hornung, professeur d'égyptologie à l'université de Bâle (L'esprit du temps des pharaons) précise que les égyptiens n'ont pas donné une définition de la Mâat mais qu'ils savaient tout naturellement ce qu'était Maât. Ils avaient la ferme conviction que l'on peut enseigner Maât non pas par la transmission de définitions mais par l'exemple instructif de la bonne conduite. Au passage, constatons que l'approche esquissée par l'universitaire Suisse se rapproche de la démarche maçonnique : le secret en Franc-maçonnerie ne se transmet pas par une quelconque formule ésotérique mais relève d'une démarche initiatique individuelle menant vers le perfectionnement de soi.

4)  Georges Hart, professeur à l'école du British Museum et à l'université de Londres : " Maât, déesse de la vérité et de la bonne conduite, symbole de la structure cosmique"
 
Dès l'Ancien Empire, le Livre des Morts (le titre exact est le Livre pour sortir le jour)  et les Textes des Pyramides font référence à Maât, notamment le passage du défunt devant le Tribunal d'Osiris. Des spécialistes comme Bernadette Menu, formation de juriste oblige, y voit la transposition de « procédés judiciaires » présidant à la "justification" et au triomphe du défunt. Parmi les dieux présents, nous retrouvons Geb (symbole de la Terre), Tefnout, maîtresse du ciel primordial et de l'humidité, Isis et Neftys à côté du trône d'Osiris pour insuffler l’énergie qui favorise la renaissance dans l'au-delà, d'Horus le dieu de la Montagne de Lumière. A l'exception du feu, symbole sethien et ennemi d'Osiris et d'Horus par excellence, nous retrouvons les éléments principaux de l'initiation maçonnique où le cabinet de réflexion figure la terre dans laquelle le profane descend pour mourir symboliquement avant de renaître, l'eau et le souffle pour la purification du futur Maçon. Nous sommes certainement en présence des Geb, Tefnout, Isis et Nephtys dans un univers désacralisé mais néanmoins initiatique. Osiris, Isis et Nepthys qui président ce tribunal divin, les deux représentations de la Maât se tenant à l’entrée du tribunal divin peuvent-ils être assimilés aux "3 lumières " qui dirigent la loge et aux cinq lumières qui l’éclairent ?

Poursuivons notre analyse comparative du tribunal d'Osiris et de la réception d'un profane dans un temple maçonnique. Le défunt doit traverser 21 porches reliant la terre au ciel, or du chiffre 21 en numérologie, nous additionnons 2+1 pour obtenir 3, le trois correspond au chiffre de l'Apprenti en franc-maçonnerie, premier grade qui attend le profane devenu initié. Durant sa vie terrestre, les actes du profane doivent avoir été conformes à l'éthique de Maât (équité, honnêteté, humilité) et devant Osiris et les dieux, il récite une prière dont voici un très court extrait :" je n'ai pas fait l'isfet contre les hommes, je n'ai pas matraité les gens", cette prière est un mélange de préceptes juridiques et religieux (je n'ai pas forniqué dans le temple par exemple). Cette prière est dite avant la pesée du cœur. Sur un plateau d'une balance est posé le cœur du défunt, siège de la mémoire de tous ses actes durant sa vie terrestre, et sur l'autre une plume symbolisant Maât. Si les deux plateaux s'équilibraient, le défunt était appelé "juste de voix" et son AKH (l'être de lumière) accédait à la vie éternelle où il était accueilli par les autres "justifiés" qui l'avaient précédé sur terre.  Si le cœur était trop lourd, le défunt était voué à l'errance éternelle. Ce qui différencie le profane du franc-maçon, pardon pour la lapalissade, c'est l'initiation. Celui qui est blackboulé continue d'errer dans le monde profane, prisonnier de ses préjugés et des prénotions.

A l'issue de sa comparution devant Osiris, le défunt devient un Akh (être de lumière), or du nouveau franc-maçon, il est dit qu’il reçoit la lumière. J'émets l'hypothèse suivante, le tribunal d'Osiris dans le "palais de la Maât" n'est pas une étape ordinaire vers une quelconque résurrection comme l'entendent les religions révélées. Le défunt franchit une étape initiatique pour intégrer un "plan supérieur", ses actes doivent avoir été conformes à la Maât (rectitude, comportement moral exemplaire, désintérêt matériel). En Franc-Maçonnerie, il est exigé du profane qu'il "soit libre et de bonnes mœurs". D'ailleurs quand le profane frappe à la porte du temple, il est précisé que ses intentions doivent être pures. Outre le respect du secret maçonnique, au moment de son initiation il est demandé au nouvel initié de « combattre les passions qui déshonorent l’homme et le rendent si infirme ». Il en était de même pour l’ancien égyptien qui devait combattre ISFET, symbole du mensonge, du chaos et des iniquités. Je livre à votre connaissance le conseil du vizir Isei à son fils :

"Pratique la justice et tu dureras sur terre. Apaise celui qui pleure, n'opprime pas la veuve, ne chasse point un homme de la propriété de son père, ne porte point atteinte aux grands dans leur possession. Garde-toi de punir injustement."

Celui qui respecte la Maât dans les actes de sa vie terrestre, du scribe au pharaon, débouchera sur "l'homme parfait" comme l'initiation maçonnique doit mener le frère de la "pierre brute" riche en potentialité à la "pierre cubique". Toujours selon le texte des sarcophages, seul un homme intégral qui ne dépend plus des offrandes peut aller et venir dans les deux mondes. L'initié qui sait laisser ses métaux à l'entrée du temple peut lui aussi aller dans les deux mondes, celui de ceux qui ont reçu la lumière et celui des profanes.

L'idée que la Mâat n'est jamais acquise remonte à la Première Période Intermédiaire qui suit la chute de l'Ancien Empire et de son pouvoir central, sans doute pour cause de révolution spirituelle et sociale qui remet en cause la nature divine du Pharaon et son exclusivité à rejoindre la lumière après sa mort. Outre les bonnes pratiques en matière sociale et de justice pour maintenir l’harmonie, et rendre l’égyptien meilleur, la pratique du rituel de l’offrande de la Maât, qui est symboliquement la nourriture des dieux, permettait dans l’absolu le maintien de cette clé de voûte qui supporte tout l’édifice politique, juridique et morale de l’Ancienne Egypte. Dans notre société initiatique, à des degrés divers en fonction de l’obédience, le rituel est indispensable au bon fonctionnement du Temple. A ce sujet Oswald WIRTH affirme : « Aucun rite n’est sans valeur, même accompli machinalement, l’acte rituèlique a son efficacité.

Sans rituel et sans bonne pratique, la double mort est assurée. C’est pour cette raison que les francs-maçons associent à la pratique des rituels, la poursuite des travaux pour répandre les vérités acquises hors du Temple.
La franc-maçonnerie réunit ceux qui sont épars, rassemble les hautes valeurs morales qui auraient continué de s'ignorer. le temple où les frères travaillent est une représentation symbolique de l'univers comme jadis le Temple Egyptien. Tous ces hommes et ses femmes sont unis par une force que nous appelons la "fraternité", qu'est-ce que la fraternité sinon un ciment, une force gravitationnelle qui attire dans un même mouvement des individus différents mais néanmoins unis par le même idéal. Il en est de même pour la Maât qui est la garante de l’ordre cosmique comme de l’ordre social : l’offrande de Maât est censée assurer la continuité de la création et la conservation de l’univers. La justice terrestre est rendue en son nom comme en atteste les expressions suivantes : djed maât (dire le droit), ir maât (faire le droit). Ainsi, toutes les institutions de l’ancienne Égypte, politique, religieuse et judiciaire gravitent autour de la Maât.

Selon la conception des anciens, Maât va au-delà d’une divinité classique car elle est l’énergie primordiale qui harmonise aussi bien l’univers terrestre que le cosmos. Chez les francs-maçons déistes, le Grand Architecte de l’Univers (dont on trouve en FM la première référence dans les Constitutions d'Anderson) est le dieu révélé des religions du Livre mais également une force créatrice consciente au service de l’harmonie de l’univers. Pour d’autres frères qui refusent le caractère absolu des monothéismes. :Maât ne survivrait-elle pas à travers le GADLU ?
Je terminerai cette partie en rappelant que la Franc-Maçonnerie spéculative serait issue des corporations de bâtisseurs. Une nouvelle fois, un détail troublant. Sous le Nouvel Empire, une communauté d'artisans bâtisseurs était réputée par la qualité de ses travaux dans la Vallée des Rois. Les principaux métiers manuels étaient représentés (sculpteur, peintre, menuisier, etc…). Si le nom arabisé de son lieu d'implantation était Deir El Medineh, son appellation hiéroglyphique était "Set-Maât". Ce qui signifiait Place de l'Harmonie. Ils vénéraient Ptah, le dieu des artisans et des sculpteurs, surtout il était le démiurge qui a existé avant toute chose. Il a créé au moyen de l'esprit et de la parole,  les dieux et l'univers. Existe-t-il une filiation directe ou indirecte entre ses bâtisseurs et la franc-maçonnerie spéculative ?

Je vais commencer ma seconde partie par une interrogation ?

Comment la Maât serait-elle devenue un concept maçonnique ? Nous nous heurtons une triple contradiction apparente d'ordre chronologique.

1.Le dernier hiéroglyphe a été ciselé dans le temple de Philae le 24 août 394 Après J.C sous le règne de l'Empereur Romain Théodose 1er , qui ordonne la fermeture des derniers temples dédiés aux anciens dieux égyptiens. Au 7ème siècle, l'invasion des arabo-musulmans sonne définitivement le glas de toute survivance spirituelle pharaonique, encore présente dans l'Eglise Chrétienne Copte (croix ansée, poisson symbolisant ancien bien le prophète Jésus qu'Osiris le pharaon devenu dieu).
2.  Les premiers textes mentionnant des loges maçonniques en Ecosse datent du 16ème siècle (les statuts SHAW, 1598-1599). En 1717, la Grande de Loge de Londres est fondée par la réunion de loges londoniennes. En 1723, les Constitutions d'Anderson sont rédigées et s'il y une référence à l'Egypte Ancienne, celle-ci doit être replacée dans le cadre d'emprunts à la Bible.
3.1822, Jean-François CHAMPOLLION retrouve la signification des hiéroglyphes en déchiffrant la Pierre de Rosette. Il sera l'auteur d'une grammaire, d'un dictionnaire et d'une étude consacrée aux divinités égyptiennes.
 
Entre 394 et 1822 : La langue des Temples égyptiens est demeurée un mystère. En effet, l'Egypte Ancienne n'a pas bénéficié de la de chance du christianisme, qui a pu survivre à la Chute politique de l'Empire Romain D'occident. Survie qui a été rendue possible grâce aux monastères, et aussi à l'attitude des Barbares imprégnés de culture Romaine et qui n'auront de cesse de vouloir ressusciter l'antique grandeur impériale et ses honneurs (Clovis, Charlemagne). Sans parler de l'empire Byzantin et de son souverain Justinien, qui dés le 6ème siècle réussit à imposer son influence sur une partie de l'Italie et de Rome en particulier.

Rien de tel pour l'Egypte Pharaonique détruite politiquement par les assyriens, les perses, les macédoniens et les Romains, puis anéanti spirituellement par le Christianisme et son frère jumeau en croyance absolutiste, l'ISLAM.

Une longue nuit semble s'être abattue sur les conceptions spirituelles de l'Egypte Antique, pour renaître tel un phénix spirituel ces deux derniers siècles. Face à ce hiatus, le franc-maçon ne doit pas être comme les prisonniers dans l'allégorie de la caverne (Platon-La République), ne voyant que l'apparence des choses.

Pour commencer, la culture pharaonique a survécu plusieurs siècles après la chute politique et spirituelle de la métropole égyptienne. Ainsi, le royaume de Méroë (dans le Nord de l'actuel Soudan) a pérennisé la civilisation egyptienne (pyramides, hiéroglyphes qui se transforment au fur et à mesure en écriture propre à la civilisation méroïtique, cultes de divinités égyptiennes associé à des dieux locaux (Apédemak).
Après des affrontements avec elle, Méroë a noué des contacts commerciaux avec la puissance Romaine. Ce royaume africain a été le carrefour entre le monde méditerranéen, l'Afrique Noire et l'Orient. Les raisons de la chute de Méroë sont inconnues (attribuées soit au royaume d'Axoum ou aux guerriers Noubas). Toutefois, dés le 4ème  siècle après Jésus-Christ, ce royaume disparaît. Pendant près de mille ans, ce royaume "egyptiannisé" a exercé une influence sur une partie du continent Noir. A titre d'exemple, la société initiatique Congolaise du KINGUNZA créée au 18ème siècle fait remonter sa fondation à l'émigration forcée d'anciens égyptiens (peut-être des soudanais méroïtiques) vers l'Afrique Centrale. Méroé peut constituer un intermédiaire dans la diffusion de la Maât pour l'Afrique Noire. Mais notre interrogation de ce soir concerne la diffusion de la Maât en Occident.
Comment la Maât aurait-telle pu se diffuser dans l'univers intellectuel occidental sans support matériel connu (écriture, livre) et surtout sans penseur ?

Les vecteurs de diffusion de la Maât en Occident.
 
Sur le bloc du temple d’Aménophis III (18ème dynastie-15ème siècle avant JC), est gravée une liste de noms géographiques correspondant à des villes de Crète et de la Grèce Archaïque (Revue d’egyptologie-société française d’egyptologie-Paris 1997) qui semblent démontrer que les égyptiens ont établi très tôt des contacts avec les civilisations préhellènes. En 1989, sur le site d’Avaris, la capitale des envahisseurs Hyksos installée dans le delta du Nil lors de la chute du Moyen Empire, une équipe archéologique découvre un palais Minoen (civilisation crétoise). Mais le renforcement des contacts avec les Grecs se fera au crépuscule de l'empire pharaonique (appelée à tort Basse-Epoque).

Des comptoirs Grecs sont installés dans le delta du Nil à partir du 8ème siècle avant Jésus-Christ, à Naucratis en particulier. Cette installation est consécutive à l'ouverture de l'Egypte vers le monde méditerranéen Occidental  et du soutien de mercenaires grecs au service des rois égyptiens de la XVIème dynastie comme Psamétique ou Amasis.

Des échanges intellectuels ont lieu entre les prêtres égyptiens et ceux qui vont créer la philosophie Grecque, comme l'atteste Bernadette Menu, Egyptologue, Juriste et directeur de recherches honoraires au CNRS : " C'est aussi dans les temples de la vallée du Nil que les voyageurs grecs épris d'antique sagesse ont recueilli de la bouche des prêtres les grandes lignes d'une philosophie" (p.12), plus loin elle ajoute : "Par l'intermédiaire de Platon, qui on le sait, a séjourné longuement en Egypte, la Maât idéologique, cosmique, dans ses expressions politiques et la Maât sociale humaine, aurait inspiré Aristote et son éthique à Nicomaque". Ce séjour de grecs illustres concerne Pythagore (né vers 500 av JC) qui a été initié à la géométrie et à l’idée de perfection morale de l’homme, par un prêtre d'Héliopolis, Platon selon le géographe Strabon serait resté à Héliopolis pendant treize ans, Aristote (384-322 avant JC), Solon le législateur (voyage à Saïs).  Le séjour de ces penseurs Hellénistiques  entre le 4ème et le 5ème Siècle avant Jésus-Christ correspond à la Basse-Epoque et en particulier à l'avènement des rois de Saïs, qui s'appuient sur des mercenaires grecs pour chasser les Assyriens et se battre contre l'invasion Perse. A l'époque Ptolémaïque et ensuite de la Rome Païenne, Alexandrie est un lieu de bouillonnement intellectuel où se mêlent la philosophie néo-platonicienne, les antiques croyances de l'Egypte (Sérapeum où est adoré le taureau Apis), les juifs avec la Kabale et les premiers chrétiens. De cette intense activité intellectuelle, réduite aussi à néant par les assauts du Christianisme et de l'Islam, va jaillir les premiers écrits Hermétiques et la figure légendaire d'Hermès Trismégiste qui vont jeter les bases de l'Alchimie en Europe. Comme je l'ai souligné plus haut, l'Eglise Copte sera un conservatoire pharaonique.

Si les Grecs et l'Egypte Ptolémaïque devenue une éphémère puissance maritime en Méditerranée ont peut-être contribué à la progression de la Maât, dissimulée sous les écrits des penseurs, à mon avis le vecteur décisif a été l'Empire Romain qui, à son apogée, s'étendait du Nord de l'actuel Grande-Bretagne (Muraille d'Hadrien séparant la Pictie de la Bretagne Romaine), à l'Europe Méridionale, à la Gaulle, une partie de la Germanie, la Thrace (actuelle Roumanie), l'Illyrie ( territoires de l'ex-yougoslavie), Byzance (Bulgarie et actuelle Turquie), Asie Mineure et Afrique du Nord.

Cet empire bâti par le feu, le fer et le sang, voyait converger à Rome, son centre politique et intellectuel, non seulement les richesses matérielles des nations asservies mais aussi les arts, les lettres, la philosophie et les religions orientales. Comment dans ces conditions, s'étonner de la diffusion de la Maât ?

Sous le règne d'Auguste, un obélisque égyptien est ramené à Rome pour la pratique du culte solaire, Caligula inscrit les fêtes Isiaques dans le calendrier Romain et fait construire un temple d'Isis à Rome. Pendant toute la période impériale, le culte d'Isis se répand sur tous les territoires occidentaux sous contrôle romain. A côté des liens religieux, se nouent des liens intellectuels diffus, ainsi le philosophe Stoïcien et prêtre égyptien CHAEREMON, de Naucratis, a été le premier précepteur de Néron. Il a écrit des mémoires sur l'Egypte et un ouvrage sur les textes sacrés (ouvrages perdus). Un mot sur les stoïciens, je me contenterai de reprendre la définition de BESSE et de BOISSIERE (Précis de philosophie-Repères pratiques Nathan, p.10) : « Ceux-ci (les stoïciens) représentent l’univers comme un ensemble ordonné et cohérent comme un tissu dynamique dans lequel tous les éléments sont en correspondance ou en interdépendance. »

Ces philosophes considèrent qu’il faut accepter l’ordre des choses, comme les anciens égyptiens acceptaient la stabilité imposée par la Maât et au sujet de l’homme, les stoïciens pensent que par « la droiture et la constance de sa vie intérieure, l’homme doit réaliser l’unité et la cohérence qu’exige la nature. » Le fondateur de ce courant philosophique (4ème  siècle avant JC, correspondant aussi à la Basse-Epoque Egyptienne) Zénon définit le choix de vivre Stoïcien : « Vivre d’une manière cohérente, c'est-à-dire selon une règle de vie harmonieuse, car ceux qui vivent dans l’incohérence sont malheureux. » Il convient de souligner que Zénon est un Phénicien d’origine installé à Athènes vers 314 avant JC, ce détail est important car les villes phéniciennes de Tyr, de Sidos et de Biblos ont été pendant des siècles sous influence ou sous protectorat égyptien. N'oublions que l'acte fondateur de la franc-maçonnerie est le meurtre d'Hiram, architecte du Temple de Salomon. Or Hiram est aussi originaire de la ville de Tyr en Phénicie, protectorat égyptien à l'apogée de la 19ème dynastie. Par ailleurs, dans une des versions du meurtre d'Osiris par Seth, sa veuve Isis retrouve son corps à Biblos en Phénicie. Ne dit-on pas que les franc-maçons sont les enfants de la veuve comme Horus l'enfant conçu par Isis de manière post-mortem.

Grâce aux fouilles archéologiques, nous savons que l’influence égyptienne n’était pas uniquement politique mais aussi religieuse (au niveau funéraire). Donc, il n’aurait rien d’étonnant que la Maât ait imprégné même inconsciemment la pensée de Zénon et se soit également infiltrée par le biais de la légende d'Hiram dans la Franc-maçonnerie dès ses origines.

Le terme DROITURE des Stoïciens se rapproche de l’exigence de RECTITUDE imposée par la Maât, la rectitude qui est aussi une des bases essentielles de la Franc-maçonnerie. Comme le franc-maçon, le stoïcien agit « avec réserve » mais il n’hésite pas à prendre part à la vie sociale et politique. En théorie, Il agit de manière désintéressée au service des hommes, Sénèque n’affirme-t-il pas au sujet du Stoïcisme :  « Aucune école n’a plus de bonté et de douceur, aucune n’a plus d’amour pour les hommes plus d’attention au bien commun. La fin qu’elle nous assigne, c’est d’être utile, d’aider les autres et d’avoir le souci, non pas seulement de soi-même mais de tous en général et de chacun en particulier. »

Perfectionnement de soi et amélioration de l’humanité, constituent la version désacralisée de la Maât mais surtout le but de l’initié en Franc-maçonnerie. A la fois égyptien et stoïcien, CHAEREMON, le premier précepteur de Néron qui a fini sa vie comme directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, me paraît un des traits d’union, avec d’autres sans doute, entre la culture Gréco-Latine et l’univers pharaonique.
Quand Rome est devenue Chrétienne, les écoles philosophiques ont été progressivement fermées, ses adeptes persécutés, notamment à Alexandrie. Pendant de longs siècles, la culture classique gréco-latine disparaît d’Occident. Elle reviendra par l’ intermédiaire des arabes en Europe puis les auteurs classiques deviendront de nouveau des références intellectuelles et artistiques à la Renaissance (16ème siècle). A peine deux siècles plus tard, la Franc-maçonnerie spéculative naissait et prenait son essor dans toute l'Europe et le "Nouveau-monde" façonné par le colonialisme européen.
 
J’ai effectué un travail de franc-maçon, imparfait comme tout morceau d'architecture, en tentant de rassembler et en interprétant des données historiques éparses. Nous avons fait un voyage dans le temps et dans l’espace, de la vallée du Nil au brouillard londonien en passant par la Grèce Héllenistique et la Rome Martiale, en quête de la Maât qui s’est infiltrée tel un concept volatile et insaisissable. Nous avons même réussi l'exploit de ne pas céder à la facilité en parlant des Templiers comme intermédiaires possibles dans la transmission de la Mâat, ni du Rite Egyptien qui à l'origine est créé par Cagliostro un personnage plus que trouble.

Les anciens de Kemet n’en connaissaient pas la définition de la Maât, pourtant ils s’efforçaient de la construire tout au long de leur vie. Pendant des siècles, la langue pharaonique est demeurée une énigme, pourtant la Maât est demeurée une préoccupation inconsciente des franc-maçons, n’est-elle pas la parole perdue des anciens pharaons et prêtres égyptiens qui de nouveau s'exprime dans le cosmos bien ordonné des temples maçonniques ? Certes Maât n'est pas vénérée en tant que telle dans nos ateliers mais elle survit en qualité de principe désacralisé, qui a perdu son caractère de déité pour entrer dans le champ de la réflexion initiatique et philosophique..