POURQUOI ET COMMENT LA FRANC MAÇONNERIE
EST NÉE EN ANGLETERRE AU  XVII° SIECLE ?
- N.M.KALIFE-

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Notre FM, dite spéculative, est une école de pensée humaniste, officialisée en 1723 par les « Constitutions » d’Anderson. Elle se définit comme « le centre de l'union d'hommes de bien et loyaux » ayant pour but de promouvoir la fraternité universelle au service du bien commun de l’humanité, par la recherche de la vérité et la lutte contre les injustices.

Pour comprendre pourquoi la FM était destinée à naître en Angleterre, il faut d’abord rappeler le contexte intellectuel du Moyen-âge européen, imprégné de la soumission de la raison à la foi, conformément au précepte du Père de l’Eglise du V° siècle, St Augustin, qui avait établi que tout art et toute méditation devaient être au service de la Foi chrétienne, en glorifiant le Christ rédempteur. Or, la pensée d’Averroès et d’Aristote, ayant franchi les Pyrénées à la fin du fin XII° siècle, beaucoup de moines savants furent séduits par la dialectique entre l’essence et l’existence. Parmi ces derniers, Thomas d’Aquin (1226-1274), dans sa « Somme théologique », récupéra cette méthode pour conclure que Dieu seul réunit en lui l’essence et l’existence, et qu’il serait intervenu dans l’essence de l’homme pour donner un sens à son existence par la Foi qui glorifie Dieu à travers l’Eglise du Christ.

<>C’est de la sorte que l’Eglise romaine, traversant une crise de conscience au XII° siècle, réussit à imposer sa pensée unique, avec l’appui de la Sainte Inquisition puis de l’Index à partir du XVI° s. Même Descartes, cherchant pourtant à démontrer l’existence de Dieu par sa méthode du doute systématique, dut se réfugier en Hollande en 1637, à cause du « doute systématique » propagé par son "Discours de la méthode", que l’Eglise jugea contraire à la Foi saine, qui doit être une soumission totale à Dieu, sans le doute qui mène à l’hérésie. 
  • L’EXCEPTION ANGLAISE AU MOYEN-AGE

Seuls en Europe, les religieux anglais osèrent se soustraire à la pensée unique de la curie romaine. Cela peut certes s’expliquer par leur isolement insulaire, mais il faudrait aussi et surtout l’attribuer à leur héritage de la civilisation viking, dont l’esprit entreprenant était épris d’indépendance, d’individualisme et de courage. En effet, les Vikings avaient plusieurs fois envahi l’Angleterre aux IX°, X° et XI° siècles. Puis, ces envahisseurs vikings furent remplacés par les Normands de Guillaume le Conquérant en 1066, eux-mêmes étant des descendants vikings établis en France.

De plus, ce nouveau Roi d’Angleterre, Guillaume le Conquérant, dans le but de faire prospérer son nouveau royaume, fit spécialement venir à sa cour, en 1071, une importante communauté juive, composée d’hommes d’affaires et de savants. Parmi ces derniers, se trouvait un grand astronome, Pedro Alfonso, échappé des persécutions antisémites au Portugal. Celui-ci diffusa à la Cour du Roi sa technique d’étudier l'astronomie à partir d’instruments de mesure et de calculs mathématiques, en faisant fi du dogme de Ptolémée, adopté par l’Eglise.

Cette double qualité d’esprit indépendant et adogmatique, favorisa les futurs chercheurs anglais, d’autant plus que l’astronomie était la reine des sciences. Et cette liberté de recherche offrit à l’Université d’Oxford de bénéficier d’un statut indépendant à sa création, la mettant à l’abri de toutes pressions extérieures, phénomène unique en Europe médiévale. Cette liberté de pensée permit, début XIII°, au théologien Robert Grosseteste (1175-1253), Chancelier de l'Université d'Oxford, d’inventer la méthode empirique, en appliquant les mathématiques à l’étude de la Nature où il testait les hypothèses avancées, pour les besoins de recherche de la vérité sans dogme préétabli. Par ailleurs, Grosseteste, devenu évêque, critiquera les abus des droits féodaux et des bénéfices ecclésiastiques, veillant à respecter les droits humains. Et c’est son élève, le franciscain Roger Bacon (1214-1294) qui va fonder la science expérimentale, en écrivant : «La preuve par le raisonnement ne suffit pas, il faut en plus l’expérimentation».

Cet esprit d’indépendance, de vérité et de respect de l’autre, se manifesta aussi dans la « Grande Charte » de 1215, privant le Roi de la souveraineté absolue de créer des impôts sans l’accord de l’assemblée des Nobles.

Et au XIII°, pendant que les Papes soumettaient les rois du Continent à leur autorité spirituelle, il s’est trouvé qu’à Oxford, le franciscain Duns Scot (1265-1308) professait de distinguer le domaine de la foi, métaphysique et mystérieux, du domaine profane, ce dernier exigeant des réponses claires, concrètes et sans mystères. A sa suite, le franciscain William of Occam (1285-1347) professa la séparation entre la foi et la raison, tout en reniant toute hiérarchie entre philosophie et théologie, et il poussa même à déclarer que le Pape n’a pas à s’ingérer dans les affaires temporelles, où le bon sens humain suffit. Cela annonçait en Angleterre, plusieurs siècles à l’avance, la laïcité républicaine et l’esprit des « Lumières » qui vont éclore au XVIII° s sur le continent.

C’est dans ce contexte de liberté de conscience que l’Université d’Oxford va accueillir tous les ouvrages de l’Antiquité et de la civilisation arabe (censurés par l'Eglise sur le Continent), et va pouvoir devenir le plus grand centre européen de recherches, où l’on venait de partout étudier à l’abri de la censure de l’Eglise.

Ainsi, les libertés individuelles naquirent en Angleterre dès le XIII° siècle.

  • L’EXCEPTION ANGLAISE DANS LA RENAISSANCE EUROPEENNE

A la Renaissance, les monarques européens avaient des ennuis avec leur noblesse, tandis que le roi d’Angleterre Henri VIII, en créant l’anglicanisme en 1534, nationalisa les biens du Clergé catholique pour les céder à bas prix à l’aristocratie et à la bourgeoisie naissante, en en faisant ses alliés contre l’Eglise romaine toute puissante grâce à ses appuis espagnols, les maîtres du monde d’alors. L’Etat anglais en sortira renforcé pour devenir la 1ère puissance navale du monde à la fin du 16°s.

Durant ce 16°s, les penseurs européens, cherchant à sortir de l’obscurantisme religieux et des superstitions, eurent recours aux doctrines ésotériques de l’Ecole d’Alexandrie datant des 1er - 3ème siècles, dont la doctrine visait à découvrir la « vérité primordiale » par illumination de l'esprit : cette procédure exigeait la purification préalable de la personne à travers une discipline de contemplation menant à l'extase, seul moyen d’unir l’homme à Dieu dans « l’unité primordiale ».

Cependant, seule une élite (les« Mages ») était censée pouvoir y accéder, ce qui en protégeait l’accès contre les esprits impurs et malveillants, capables d’en faire mauvais usage pour nuire à l’Humanité. C’est pourquoi, selon Hermès Trismégiste, censé avoir transmis à l’humanité survivant au Déluge, les 7 arts libéraux et la « Connaissance », Dieu aurait usé de symboles pour les transmettre à l’homme, comme les hiéroglyphes égyptiens, dont la compréhension était supposée exiger un cheminement initiatique et mystique.

Cet ésotérisme intéressait Jacques VI d’Ecosse, roi d’Ecosse, qui chargea William Schaw, son intendant des travaux, de créer 30 loges opératives en Ecosse à partir de 1598. Il devint ensuite roi d’Angleterre sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre, de 1603 à 1625 : c’est ce qui lui permit de faire recruter des enseignants-chercheurs d’Oxford pour venir enseigner certaines sciences ésotériques dans ces loges opératives écossaises.

  • DEUX HOMMES D’ETAT EXCEPTIONNELS DU XVI° et XVII° SIECLES VONT MARQUER PROFONDEMENT LA MENTALITE ANGLAISE

A la différence de toute l’Europe, où les hommes d’Etat œuvraient pour renforcer l’absolutisme du pouvoir royal en invoquant la raison d’Etat (cf. Machiavel dans « Le prince », 1529), Thomas More (1478-1535), Chancelier du roi Henri VIII, souhaite, dans « Utopia », publié en 1516, soumettre la raison d’Etat au bien-être du peuple. Il y expose un Etat de droit dirigeant une société égalitaire, sans injustice ni calamité. Cet ouvrage fut bien accueilli à Oxford, d’où l’on y enseigna que les malheurs de la société ne sont point des fatalités, mais le résultat d’une mauvaise gouvernance de ses dirigeants et d’un manque d’instruction civique des citoyens. Cela va éveiller l’esprit civique des Anglais, en les amenant à penser que l'homme peut agir sur son destin et peut améliorer la société, ce qui annonce la FM à venir.

Au siècle suivant, Francis Bacon (1561-1626), Chancelier du roi Jacques 1er d’Angleterre (et lui-même rose+croix en secret), jette les bases de la logique expérimentale au service de la recherche de la vérité. Il lance aussi l’introspection par la connaissance et le perfectionnement de soi qu’il explicite dans son ouvrage « Novum Organum » publié en 1620. Il propose une « purge de l’intellect », en chassant les 4 sortes d’« idoles » qui conditionnent notre comportement : l’hérédité, la culture du milieu social, les vices de l’ego et les fréquentations. Par ce travail sur soi, chacun peut devenir un homme nouveau, libre, responsable et efficace au service du bien commun de la société. De la sorte, F. Bacon nous persuade de renoncer aux doctrines ésotériques pour découvrir la vérité scientifique pour sortir du monde enchanté de la Renaissance.

Puis, dans « Nova Atlantis », publiée en 1626, il soutient que le progrès est au service du bien commun, et qu’il faut le promouvoir par l’innovation de nos idées dans notre façon de repenser le monde et par les découvertes techniques qui accroissent l’efficacité productive, toutes ces notions de productivité, d’innovation et de progrès étant nouvelles pour cette époque. A cet effet, F. Bacon propose que l’Etat crée des « instituts de recherche » et favorise les échanges entre les savants du monde entier, pour balayer l’obscurantisme des « Mages » qui influençaient les monarques de la Renaissance.

En outre, il prône la tolérance religieuse comme facteur de progrès social, parce que générant la croissance des richesses par la diversité communautaire de la nation. Il plaide ainsi pour le retour de la communauté juive en Angleterre (dont elle avait été expulsée en 1290), mesure que Cromwell adoptera en 1656 par souci de rebâtir la Nation, ruinée par la guerre civile.

En somme, F. Bacon invente le V.I.T.R.I.O.L avec la mort de l’homme ancien en nous pour renaître en homme nouveau, la foi dans le Progrès et la Tolérance, ce qui constitua une révolution dans la pensée européenne du XVII° s, et ce qui favorisera l’éclosion de la FM spéculative en Angleterre dès les années 1640.

  • LA PLACE DE L’ « INVISIBLE COLLEGE » ET DE LA « ROYAL SOCIETY » DANS LA GENESE DE LA FM SPECULATIVE

Au sein des 21 « College » de l’Université d’Oxford, divers groupes de recherche traitaient de thèmes d’actualité. Ainsi, se constitua, en 1574, le groupe « The Antiquarians » traitant de l’archéologie naissante et de la recherche de la Vérité primordiale chez les Druides (au lieu de l’Antiquité égyptienne ou grecque pour les chercheurs du Continent). Mais ce groupe fut interdit par Jacques VI d’Ecosse dès son accession au trône d’Angleterre en 1603 sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre (succédant à sa cousine Elizabeth 1ère d’Angleterre) : c’est qu’à l’instar des anciens Druides, ce groupe rejetait la légitimité de droit divin du pouvoir royal. Alors, les membres de ce groupe rallièrent le groupe « Utopia », qui fusionnera en 1645 avec « Nova Atlantis » pour créer le groupe « Invisible College », consacré aux questions de société.

Et, parmi les membres de cet « Invisible College », se trouvaient de nombreux membres rose+croix (dont Elias Ashmole (1617/92), Thomas Vaughan (1602/66), Robert Moray (1609/73)…) ce qui explique le choix de sa dénomination. Ce groupe de chercheurs va prôner la tolérance en pleine guerre civile (1629-1659) ainsi que la purification intérieure pour pouvoir contribuer à réaliser le grand œuvre d’une société harmonieuse. Aussi, deux membres prestigieux de ce groupe, Elias Ashmole et Robert Moray, révéleront-ils dans leurs écrits avoir été initiés « accepted free mason », respectivement en 1646 et 1641, montrant à quel point Rose+Croix et FM, au milieu du 17°s, étaient associées dans leurs efforts communs pour le mieux-être social. Et c’est Robert Moray, très proche de Charles II durant son exil avant d’être restauré sur son trône en 1660, qui réussira à persuader le Roi à créer aussitôt la "Royal Society", réunissant les meilleurs savants, le plus souvent Frans maçons, pour le conseiller utilement dans sa gouvernance du royaume.

C’est ainsi que la « Royal Society » fera accepter par le Roi, en 1679, le « Habeas Corpus » Act qui protège la personne contre toute arrestation arbitraire sans jugement préalable. C’est là le fondement premier de toute démocratie. De plus, cette académie royale a réussi, à travers ses conseils de gouvernance, à débarrasser le Roi de l’influence néfaste des « Mages », comme le souhaitait Francis Bacon dans sa « Nova Atlantis », pour l’avènement d’un ordre nouveau sous l’égide de « la raison générale de l’humanité » bannissant l’obscurantisme. Et c’est ce permit à l’Angleterre de briller dans le monde durant les trois siècles suivants.

Il faut aussi savoir que, par souci de pratiquer la tolérance, la « Royal Society » exigeait, dans ses réunions, de ne pas être « athée stupide », du seul fait que, par sa science, l’ordonnancement de l'univers ne pouvait être que l’œuvre d'une puissance supérieure, le "Grand Architecte". Par contre, elle admettait une certaine forme d’athéisme, réfutant les abus du pouvoir religieux contre le bien commun. Les débats à caractère politique ou religieux y étaient interdits de sorte que tout désaccord puisse y être exprimé avec civilité et courtoisie, sans passions. Et c'est bien cette règle qui a été retenue dans les « Constitutions » par J.T. Desaguliers, membre de la Royal Society, pour régir nos travaux de loge.

  • ET LA GRANDE LOGE DE LONDRES REMPLAÇA LA ROYAL SOCIETY

Le nouveau Roi d’Angleterre, George de Hanovre, ne parlant pas l’anglais, ne réunit plus la « Royal Society » depuis son accession au trône en 1714 : il laissait son conseil des ministres gouverner le royaume en s’appuyant sur la majorité parlementaire. C’est ce qui inquiéta l’un des membres francs-maçons de cette « RS », John Theophile Desaguliers, qui se décida à créer la « Grande Loge » de Westminster en juin 1717, au solstice d’été, de façon à remplacer la « RS » dans sa fonction humaniste d’améliorer la gouvernance au service du bien commun. C’est pourquoi les Constitutions d’Anderson stipulent que la FM est le centre d’union des gens de bien et loyaux ayant pour souci d’œuvrer pour le bien commun de l’humanité.

  • ROLE DES « ANTIQUARIANS » DANS LA RUPTURE ENTRE LA FM ANGLAISE ET LA FM FRANÇAISE

Une opposition idéologique existait entre 2 sous-groupes de l’ « Invisible College » : les « Antients » et les « Moderns ». Cette divergence se prolongea au sein de la « Royal Society » :

- d’une part, ceux qui tenaient aux traditions druidiques et à leur Vérité Primordiale, surnommés les "Antients", qui étaient des croyants dogmatiques attachés aux Saintes Ecritures;

- et d’autre part, ceux qui croyaient au progrès des sciences, et surnommés les "Moderns", plutôt déistes, regroupés autour de Newton et Desaguliers.

Cette dualité se répercutera plus tard sur l’évolution de la Franc-maçonnerie anglaise. En effet, 6 mois après la création au solstice d’été de 1717 de la « Grande Loge » de Westminster par le groupe des « Moderns », dirigé par J.T. Desaguliers, un autre groupe d’ « Antients » créèrent, au solstice d’hiver de 1717, une autre « Grande Loge », concurrente, dite druidique.

Ces 2 obédiences londoniennes se feront concurrence jusqu’en 1738, où interviendra leur rapprochement avec la 1ère révision des "Constitutions" d’Anderson de 1723, portant sur une Foi en un « Dieu révélé à Noé » remplaçant la « Loi Morale » des « Moderns », établie par Anderson et Desaguliers dans la première édition de 1723.

Puis, en 1813, les 2 Grandes Loges (des « Moderns » et des « Antients ») fusionneront sous le titre de « Grande Loge Unie d’Angleterre » ou GLUA, qui sera dominée par les « Antients », imposant la foi dogmatique en Dieu révélé de la chrétienté. Cela débouchera sur des tensions idéologiques avec la Franc-maçonnerie française (GODF seul à l’époque) qui demeurait attachée à la laïcité et au déisme des « Moderns », avec la loi morale, jugée plus conforme à la philosophie des Lumières. La rupture définitive entre ces deux obédiences française et anglaise interviendra au Convent de Lausanne de 1875, lorsque le GODF adopta le principe créateur du « GADLU ». Aussi, par mesure de représailles, la GLUA affirmera désormais être la seule autorisée à donner sa patente à une seule obédience par pays, qu’elle qualifiera de « régulière ». C’est ce qui fera naître la GLNF en France en 1913.

  • LIENS ENTRE LOGES OPERATIVES ECOSSAISES ET LA FM SPECULATIVE

Rien ne prédispose normalement de passer des professions manuelles à une association de cherchants intellectuels. Il a fallu un concours de circonstances exceptionnel pour que des Universitaires anglais empruntent à des loges de maçons opératifs leurs mots de passe ainsi que leur rituel. Comment cela a-t-il pu se passer ?

Il s’est trouvé qu’en 1598/1599, Jacques VI d’Ecosse, un Roi de la Renaissance, ayant le souci de rattraper le retard de développement de son royaume par rapport aux autres royaumes d’Angleterre et de France, qui avaient déjà acquis leur propre style architectural, a décidé de confier à son intendant des édifices royaux, William Schaw, le soin de former des maçons/architectes, capables de créer un nouveau style d’architecture qui n’ait rien à envier aux autres royaumes.

Or, Jacques VI d’Ecosse était féru des doctrines ésotériques de l’Antiquité et notamment des doctrines ésotériques de l’hermétisme, et il estimait qu’en les faisant enseigner aux élèves maçons/architectes, cela les rendrait plus intelligents et plus créatifs, et donc capables de créer un nouvel ordre architectural à sa gloire. Et il fit mettre à leur programme d’enseignement, ces doctrines ésotériques ainsi que « l’Art de la mémoire » qui devait servir à les mémoriser pour mieux les assimiler, la mémoire étant alors confondue avec le pouvoir de l’intelligence.

Et pour enseigner ces matières, ignorées des loges opératives du Moyen-âge, il dût faire appel à des enseignants-chercheurs de l’Université d’Oxford, réputée en la matière, puisque, même le Père dominicain Giordano Bruno dut s’y rendre plusieurs fois, venant d’Italie, pour enrichir ses connaissances hermétistes et les enseigner en Italie avant d’être brûlé comme hérétique en 1600 du fait que ces sciences étaient condamnées par Rome.

Et, durant 26 ans, de 1599 au décès de Jacques VI d’Ecosse en 1625, des enseignants-chercheurs  anglais vont donc venir former les maçons-architectes écossais dans la trentaine de loges de Schaw, créées à travers l’Ecosse sous le règne de Jacques VI d’Ecosse.

Lorsque la guerre civile anglaise sévira entre 1629 et 1659, ces Intellectuels anglais, rentrés d’Ecosse (ayant reçu dans ces loges opératives dites de Schaw, le mot de passe ainsi que les signes de reconnaissance et la connaissance du rituel de ces loges en s’y faisant initier préalablement à l’autorisation d’y entrer comme « accepted free mason », càdire acceptés et libérés de leurs obligations opératives), seront choqués par l’intolérance pratiquée par les divers protagonistes de cette guerre civile : ils durent alors se rencontrer et se réunir en secret et en divers lieux fermés, en usant des signes de reconnaissance et du « mot de maçon » leur permettant de se faire mutuellement confiance. Et, étant acquis à la philosophie de Francis Bacon qui avait animé l’ « Invisible College », dont ils avaient été membres au cours de leurs études et recherches à Oxford,  ils durent y discuter des moyens de résoudre leur drame national de guerre civile, qui se déroulait sous leurs yeux. C’est à partir de là que l’esprit de tolérance naquit chez les « latitudinaires » dont l’esprit d’acceptation de l’Autre inonda la fin du XVII° siècle avant d’être adopté par les « Constitutions d’Anderson » en 1723.

Cet esprit latitudinaire avait déjà percé au sein de « l’Invisible College » à Oxford, dont les bonnes habitudes de travail en équipe furent acquises au cours des rencontres au sein des auberges (« Tavern » en anglais), à l’abri des regards du public, les travaux ayant pour but ultime  l’amélioration des conditions de vie de la société humaine.

Et, pour donner un caractère solennel à ces réunions au cours de la période de guerre civile, rien de plus facile que de s’inspirer des pratiques des loges opératives qu’ils avaient fréquentées en Ecosse en y enseignant. Par la suite, ils durent recruter d’autres Intellectuels, cherchant à contribuer au bien public, en les initiant aussi en tant que « accepted free mason », comme eux-mêmes l’avaient été dans les loges opératives d’Ecosse, dites « loges Schaw ».

Et c’est pourquoi nous retrouvons dans nos rituels du 1er et du 2nd degré (dans les loges Schaw il n’y avait que 2 grades, « apprenti entrant » et « apprenti accompli ») de fortes similitudes avec les 2 rituels des loges de Kilwinning, d’Edimbourg ou d’Aberdeen du début XVII° siècle, que William Schaw avait été pêché dans les « Old Charges » ou « Anciens devoirs », qu’il avait trouvé sur le Continent, notamment en Allemagne.

C’est ainsi que ces initiés reçurent le mot de maçon, à l’occasion de leur acceptation en loge, d’où le titre de « ACCEPTED FREE MASON », signifiant que le récipiendaire était accepté en loge en étant libéré de ses obligations opératives de maçon/architecte.                                     

J’ai Dit.        

N. M. Kalife <loeildecain@yahoo.fr>

 

P.S. ces 6 pages sont le condensé enrichi des pages 19 à 126 de mon livre intitulé « REFLEXIONS D’UN MAÇON SUR SON CHEMIN INITIATIQUE », Tome II, Editions DETRADE, 320 pages, dont les recherches furent effectuées de 2000 à 2005. Paris 25.11.2010,