Musique contemporaine : de Pythagore à Boulez   - Pan.T -


  Musique contemporaine : de Pythagore à Boulez


  • Introduction

Un des moments forts du passage du grade d'apprenti à celui de compagnon est l’accomplissement  des cinq voyages symboliques. Lors du deuxième voyage  l'aspirant compagnon découvre le cartouche de l' art en écoutant les paroles du VM : « Apprenti, la seconde étape de la construction dessine l’édifice. Avec art, utilise l’équerre et le compas pour concevoir la forme du Temple. Ouvre ton cœur aux émotions et aux sentiments nobles pour accéder au beau et au bien ».
J'ai choisi pour ma planche symbolique de compagnon de parler d'un de ces  arts ;la Musique.

Il est frappant de voir que la musique par l'équerre et le compas est associée à la Géométrie.  Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, elle fait parti des 4 arts dits des nombres (quatrivium) permettant d’accéder à l'harmonie cosmique. En effet Pythagore dont je parlerai plus loin, fut le premier théoricien de la musique à associer le nombre à la musique. Il affirma que les lois de l'harmonie se déduisent des lois mathématiques. La musique contemporaine est en cela la meilleur illustration avec des œuvres abstraites purement « mathématiques ». 

J'ai intitulé cette planche symbolique « Musique contemporaine : de Pythagore à Boulez ».  Pythagore, figure centrale du symbolisme et qui a inspiré une partie du rituel maçonnique. Boulez compositeur Français et grande figure de ce qu'on appelle « la musique savante du 20eme siècle ».
 
Je vais, à travers cette planche, essayer de chercher les éléments de symbolisme et principalement ceux du second degré dans la musique contemporaine. Il aurait été plus facile de parler de musique maçonnique, du FF Mozart et de sa cantate maçonnique ou du cantique des cantiques de la franc maçonnerie : la flute enchanté, ou même du FF Liszt ou du FF Sibelius. J'ai choisit de parler de la musique contemporaine puisque le symbolisme maçonnique est moins évident et à ma connaissance aucun compositeur contemporain ne s'est réclamé de la franc-Maçonnerie dans ses œuvres, ce qui rend la recherche d'autant plus passionnante.  Nous verrons qu'une des caractéristiques de cette musique est le symbolisme et le chemin initiatique que ça nécessite. « … à cause de l'abstraction même de la musique contemporaine qui en fait un domaine apte à symboliser tous les thèmes, servir toutes les allégories, servir l'ensemble des possibilités de l'esprit : métaphysiques, psychologiques, morales, politiques, sociologiques... » ( Daniel Parrochia dans son livre « philosophie et musique contemporaine »  )

Nous allons ainsi trouver le nombre d'or dans la musique de Bartok ainsi que dans le dodécaphonisme, ou les notions d'architecture dans l’œuvre de Xenakis, la géométrie dans les œuvres de Ligetti, Varese et Xenakis, le silence dans l'œuvre de John Cage, les voyages dans la notion de spatialisation et enfin l'importance des sens et de la perception intérieur dans la musique contemporaine.

Je vais d'abord donner une brève histoire de la musique commençant par Pythagore et l'école pythagoricienne et terminant par ce qu'on appelle la musique savante du 20eme siècle la musique contemporaine. Ensuite je vais essayer d'identifier à travers les œuvres, les symboles et la philosophie de cette musique qui souvent nous fait penser à l'art abstrait ou à la littérature surréaliste.

  •   Une brève Histoire

Étymologiquement musique vient du mot grec mousa (muse) et de la terminaison ike. Ce qui appartient aux muses et qui est donc harmonieux, agréable bien ordonné.

La musique est déjà connu des Égyptiens qui l'utilisent d'après Platon pour l'amélioration des mœurs. Elle est présente dans le théâtre grec pour accompagner le chœur. Aristote la lie aux sciences « acoustiques » et à l' éducation : « la musique n'est-elle pas aussi un des moyens d'arriver à la vertu ? »  et les Arabes ont poursuivie les travaux de Pythagore et Aristote et ils sont en cela les précurseurs de la musique atonal dont je donnerai la définition plus loin, qui révolutionna la musique du 20ème siècle.

Dans la bible (traduction de Sacy) Jubal fut l'inventeur de la musique instrumentale. Il a observé que lorsque son frère Tubalcain bien connu des apprentis Franc-maçons, frappait les métaux, ils résonnaient.  Ça lui a donné l’idée de créer un instrument à partir de quelques fils de métal fixés sur un bout de bois. « Jubal fut le père de ceux qui jouent de la harpe et de l'orgue » (genèse IV, 21) .

Dans son ouvrage paru en  1802  Christian Kalkbrenner nous dit : « … Salomon augmenta le nombre des musiciens du temple. La musique dans le temple de Salomon était composée de 4412 musiciens. C'est sans doute l'orchestre le plus nombreux qui ait jamais existé »

On voit déjà à cette époque le rôle que joue la musique dans les cérémonies religieuses.

Orphée se servait d'un instrument à 7 cordes par allusion aux sept planètes pour dévoiler à l'aide de ses mystères, les secrets de l'astronomie. Christian Kalkbrenner :  « Ces mystères étoient des cérémonies religieuses qui, sous une continuelle allégorie, offroient l'histoire de la nature, la mythologie, la physique et la morale ».

Pythagore fut le premier à théoriser la musique. Son école est une fraternité philosophique et pratiquait les mystères d'Orphée. Il relia la musique aux mathématiques en découvrant le rapport entre la longueur de la corde et la hauteur du son émis. Il découvre ainsi les lois de l'harmonie.  L'ordre initiatique Pythagoricien est cité souvent comme une des organisations qui a inspiré la Franc-Maçonnerie. Dans certains documents anciens « old charges » il est fait expressément mention de Pythagore comme inspirateur de la Franc-Maçonnerie en Europe.
 
L'enseignement de l'école Pythagoricienne place l'homme au centre de ses préoccupations. Il vise à élever l'homme. Un certain nombre de symboles maçonniques proviennent de l'héritage Pythagoricien : Le delta lumineux,  l'étoile flamboyante, la science des nombres, la règle du silence, l'usage d'agapes, le mot « vénérable ».

La musique occidentale commence par la musique religieuse. C'est en 260 que le chant fut introduit dans les églises orientales par l' évêque Nepos qui composa des mélodies sur les psaumes de David.

Les théoriciens médiévaux distinguent dans la musique 4 différents degrés : la musica coelestis -harmonie des chœurs angéliques- la musica mundana- musique des sphères des astres- la musica humana- accord de l'âme et du corps- et la musica instrumentalis- imitation de la nature par l'art.

Monteverdi au XVI siècle est le premier à écrire un opéra qui a connu son apogée au XVII siècle avec Mozart. Bach est la grande figure de la musique sacrée. Le XIX siècle est marqué par Beethoven, Chopin, Verdi, Liszt, Rossini,Schubert est beaucoup d'autres. La fin du XIX siècle est marquée par Wagner et Mahler précurseurs de la musique du XX siècle et de la musique contemporaine.

On peut considérer que la musique contemporaine est constituée par les différents courants musicaux qui ont jalonné le second après guerre, de 1945 à nos jours même si l'école de Vienne commence avec Arnold Schoenberg qui composa ses premières pièces atonales en 1908.

Cette école est représentée par Schoenberg, Webern et Berg. Leur musique est atonale, c'est à dire que toutes les notes de la portée ( blanche et noir du clavier) sont égales. On choisit une série de 12 notes et on doit jouer toutes les notes sans en répéter aucune. D'où le nom de musique sérielle ou dodécaphonique ou encore chromatique.

 En voici un exemple : Extrait de:Maria Baptist, Stella Doufexis - Pierrot lunaire op. 21 - Part I - Der kranke Mond
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Parmi les plus brillants élèves de l'école de Vienne nous trouvons  Messiaen (qui a généralisé la notion de suite non seulement aux notes mais au rythme, à l'intensité aux attaques) et Boulez.   Aujourd'hui on parle de post-modernité et de neo-classicisme on trouve des compositeurs aussi différents que l' américain John Cage adepte des happening et du piano préparé ou encore John Adams et ses opéras comme «  I look at the ceiling and I saw the sky » (J'ai regardé le plafond et j'ai vu la voute céleste ) mélange de neo-classicisme et de chromatisme, ou encore Arvo Pärt compositeur Estonien qui a a eu une première période de composition minimaliste et dodécaphonique pour passer ensuite au néoclassicisme religieux. Pierre Henry le pape de la musique électronique et précurseur de la techno, continue à créer des happenings en ouvrant sa maison à Paris pour des concerts-promenade. Difficile de citer tous les compositeurs contemporains tellement ils sont nombreux et contrairement à l'époque classique les styles et les règles de compositions explosent grâce aux techniques nouvelles, les mathématiques, les ordinateurs et l'électronique.

Le XXe siècle a été le théâtre des plus grands développements dans l'histoire de la musique. Plusieurs styles modernes de musique ont vu le jour : la musique atonale ou chromatique, dodécaphonique, sérielle, en quart-de-ton, concrète, électronique, électroacoustique, stochastique, aléatoire, répétitive, minimaliste, spectrale, automatique et bien d'autres formes d'écriture musicale ont utilisé, directement et indirectement, les mathématiques.

La musique classique  cherche à créer des émotions pures. La musique contemporaine parle au 5 sens et cherche à créer les émotions raisonnées complémentaires . Exemple dans Metastasis de Yiannis Xenakis et Articulation de Ligetti la vision de la partition est aussi importante que l'écoute.On peut dire que la musique contemporaine passe des sens au lobe frontal du cerveau pour le raisonnement, alors que l’écoute du 21 concerto de Mozart provoque directement une émotion intense et arrive directement au lobe limbique.

Schoenberg disait : la musique n'est pas un quelconque divertissement mais une expression de la pensée.

  • Le Symbolisme

Dans ce chapitre nous allons jouer aux détectives pour essayer de dénicher le symbolisme volontaire ou même quelques fois involontaire du compositeur et le mettre en parallèle avec le symbolisme maçonnique et plus particulièrement celui du compagnon. Les symboles les plus présents en musique contemporaine ( et aussi quelques fois en musique classique ) sont les suivants :

-    Le nombre d'Or et la suite de Fibonacci.
-    Le silence
-    Les modes d'architecture Dorien Ionien Phrygien
-    Les 5 sens
-    La pierre brute et la pierre taillée
-    le chiffre 3 le chiffre 5 et le chiffre 7
-    les arts libéraux (musique, rhétorique, arithmétique)
-    La géométrie

Nous allons regarder quelques uns de ces symboles et le rôle joué dans la musique contemporaine.
Mais commençons par ceci :
….......................................................................................................................................................
Je viens de vous jouer le premier mouvement 4'33'' de John Cage ou 4 minutes 33 secondes de silence. Il a été écrit en 1948 pour piano et se compose de 3 mouvements Tacet I, Tacet II, Tacet III ( en latin tacet veut dire « il se tait ».

Au delà du happening cette œuvre a un fort caractère symbolique. C'est une remise en cause de la notion traditionnelle de la musique. Mais c'est aussi un hommage aux silences qui jouent un rôle aussi important dans certaines partitions classiques que les notes elles mêmes. Cage considérait ces silences comme des vraies notes . Mai c'est aussi une prise de conscience de l'auditeur que le silence n'existe pas en réalité. Pendant que l’interprète joue on entend les bruits de fond de la salle, les respirations, les toux, les mouvements des spectateurs. C'est une invitation à écouter le silence. Dans le quatuor de L. Nono il y a beaucoup de silences et des sons inaudibles. Ça nous rappelle la première discipline initiatique de l'apprenti.

Le nombre d'or :  Il s'agit du nombre phi ( en référence au sculpteur Phidias ), dont la valeur numérique est 1,61803. Il correspond au rapport entre deux segments de droite a étant le plus grand et b le plus petit, le nombre d'or est égal au rapport a/b et aussi (a+b)/b = 1,61803. On le trouve présent en architecture (les proportions du Parthénon, certaines constructions de Le Corbusier, les pyramides...) en géométrie, en sculpture, en peinture et bien sûr en musique.
Un mathématicien du XIII siècle Leonardo Fibonacci, a découvert que dans certains phénomènes de prolifération naturelle comme par exemple l'enroulement de la carapace d'un escargot ou le cœur d'une marguerite la spirale générée correspond à une suite mathématique dont les nombres obéissent à la loi suivante : chaque terme est la somme de 2 termes précédents. C'est la suite de Fibonacci. 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21,34, 55, 89, 144 .. Au fur et à mesure que les termes croissent le rapport entre deux termes adjacents se rapproche du nombre d'or.
 
Le nombre d'or présente une forte valeur symbolique pour le compagnon. En effet il permet la construction de l'étoile à 5 branches à partir d'une spirale logarithmique répondant au nombre d'or.

Je cite ici I. Manguy : « Depuis l'origine, la nature profonde de la recherche de tout être est son intégration à l'univers par la connaissance . Aussi nombreux sont ceux qui pensent que le nombre d'or participe à la grande synthèse de l'univers du fait qu il est à la fois mathématique et symbolique ».

Le nombre d'or évoque pour un compagnon Franc-maçon, l'harmonie de l'univers, l'équilibre entre l'unité et le tout. C'est la synthèse de la proportion qui définit ainsi un développement harmonieux de la vie.C 'est le symbole de la beauté plastique d'une œuvre de sculpture ou peinture et donc par extension du « beau ».

Pour moi le nombre d'or représente l'universalité des valeurs de la Franc-Maçonnerie, la notion d'harmonie, du vivre ensemble, de l'humanisme. 

En musique contemporaine nous trouvons la suite de Fibonacci dans l’œuvre de Bartok : Musique pour cordes, percussions et célesta. C'est un des plus beaux exemples de construction formelle suivant ce procédé. Dans le premier mouvement, on remarque que les entrées de chaque groupe d'instruments (altos, violons, violoncelle etc), de la fugue correspondent aux numéros de la suite de Fibonacci. La musique de Bartok allie beauté et équilibre.

 Écoutons un extrait : Bartok  cordes percussion celesta) Herbert von Karajan-Berliner Philharmoniker - Music for Strings, Percussion and Celesta Sz106 (1988 Digital Remaster)- I.    Andante tranquillo
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D'après P. A Castanet musicologue : « un pan de la « musique contemporaine »  a su notamment élaborer un art sonore rendant hommage à Fibonacci (Iannis Xenakis, Karlheinz Stockhausen, György Ligeti...) »

Ligetti compose en 1959 Apparitions. Il allie au premier mouvement des longues notes basses et des aiguës rapides le tout fondé sur la suite de Fibonacci.
 
Dans son œuvre pour orchestre «  Metastasis » Yiannis Xenakis utilise entièrement des procédés mathématiques. Dès les premières mesures la musique se développe en glissandos des cordes dans un espace qui devient de plus en plus compact comme une métastase. Il construit cette partie avec des suites de 12 tons, les durées étant calculés conformément à la suite de Fibonacci.

En 1966 Karlheinz Stockhausen utilise la série de Fibonacci dans son œuvre 33 moments, pour calculer les durées. Dans Tierkreis parmi les 12 mélodies composées pour les signes du Zodiag, pour le signe de la vierge Stockhausen va construire toute la trame rythmique à partir de la suite de Fibonacci.

Les exemples d'utilisation de la « proportion divine » en musique contemporaine sont nombreux. Vouloir attribuer au nombre d'or si important en Maçonnerie une présence ou même une référence dans une œuvre musicale maçonnique n'est pas démontré. En effet, ce nombre fait partie du patrimoine général de la musique. Mais nous pouvons affirmer que tous recherchent à travers cette construction à approcher cette harmonie de l'Univers.

  • L'architecture

La musique contemporaine utilise souvent des « modes ». Un mode à l’intérieur d'une gamme est une suite de notes et intervalles ce qui permet au compositeur l'utilisation non seulement des modes majeur mineur mais de modes supplémentaires donc une plus grande richesse d'harmonies modales.

C'est ainsi que Messiaen utilise 7 modes dans ses compositions après 1940, il généralise les séries du dodécaphonisme en se servant non seulement des hauteurs des notes pour construire la série mais aussi le rythme , les nuances, les attaques ( attaquer une note de 12 façons différentes).

Mais quel rapport avec l'Architecture ? En musique il existe des modes dites naturels dont les noms sont : Mode Ionique (correspondant au mode majeur classique), le mode Dorien, le mode Phrygien, lydien etc.  Ça rappelle les ordres d'architecture des colonnes grecs.

Le 2nd voyage initiatique du REAA invite le compagnon en devenir, à cultiver les 5 ordres d'architecture que sont le dorique, l'ionique, le corinthien, le toscan et le composite. Ces 5 ordres qui représentent les 5 marches du temple de Salomon à gravir, déterminent les proportions, les formes et l'ornementation de toute partie construite en élévation . Le compagnon est comme une colonne vivante bien ancrée sur la terre comme la base des colonnes d'architecture, la tête tournée vers le ciel. Les ordres d'architecture représentent pour le compagnon les trois piliers du temple : la sagesse associée au grand maître représentée par l'ordre Ionique, la force associée au premier surveillant par l'ordre Dorique et la beauté associée au deuxième surveillant par l'ordre Corinthien.

Ces divers styles architecturaux se sont succédé dans le temps suivant l'évolution du goût des constructeurs, mais tous ont eu pour objet l'harmonie des édifices qu'ils devaient ériger. De la même façon en musique le mode donne une atmosphère particulière comme dans la musique indienne le raga ou arabe ). Les modes se sont succédés dans le temps depuis l'antiquité et le moyen age jusqu’aux compositeurs contemporains comme Messiaen pour donner à la musique une sonorité propre et une harmonie.

  •   Musique contemporaine  et considérations symboliques et esthétiques.

Autant la musique classique est principalement basée sur l'écoute, la musique contemporaine plus que tout autre art nécessite la participation des tous les sens. « Des oreilles nouvelles pour une musique nouvelle, des yeux nouveaux pour les choses les plus lointaines » disait Nietzsche dans l’antéchrist.

Schopenhauer associe les sons (la basse fondamentale) à la matière brute et les sons aigus qui ne sont que des harmoniques du fondamentale correspondent aux différents degrés d'évolution.
 
La musique dodécaphonique crée par Schoenberg se rapproche de la connaissance, la purification de la musique sérielle aboutit à la séparation du sens et de l'expression.

Dans Dr Faustus dont le héros est un musicien dodécaphoniste , Thomas Mann dit : La musique sérielle conserve un sens métaphysique.Un métaphysicien est un musicien sans don musical.

En effet la musique contemporaine ne s’écoute pas seulement, elle se voit comme par ex. les partitions graphiques de John Cage ou encore celles de Ligetti. J Cage remet en question l’idée que la musique puisse être un mode de communication.   La musique devient une possibilité de transformation et une méthode pour se rapprocher des processus fondamentaux qui caractérisent le monde où nous vivons. Dans la théorie de la musique C. Abromont cite H Dufourt : «  Il y a à la base de l'esprit du sérialisme la conviction profonde, d'inspiration Leibnitzienne que le développement des algorithmes de la langue des calculs est fidèlement expressif d'une réalité qu'on ne saisit jamais directement...Le langage symbolique crée des formes dont nous n'avons ni la notion ni l'usage et que n'en sont pas moins porteuses d'un sens potentiel ». 7

On passe d'un concept d'art comme simple exposant de la société à un concept de l'art comme un véritable ferment de sa transformation. Changer la société, voici l'ambition des musiciens contemporains qui comme nous les Franc-Maçons, sont libres des toute tutelle contrairement à leur collègues du 17ème et 18eme siècle  qui pour vivre et composer devaient être au service d'un prince. La musique contemporaine est caractérisée par une grande liberté de composition et une envie d'explorer toutes les possibilités sonores.

Par exemple l’écoute via des haut-parleurs est une écoute à l’aveugle. Pierre Schaeffer puis ses successeurs l’ont appelée « écoute acousmatique », en référence à Pythagore demandant à certains de ses disciples (les non initiés) de l’écouter cachés derrière un rideau afin d’obtenir de leur part une plus grande concentration sur sa pensée. L’écoute acousmatique est la situation d’écoute dans laquelle l’auditeur ne peut pas visualiser la cause du son : l’écoute n’est donc pas instrumentée par l’œil. Or, une telle attitude d’écoute favorise l’écoute de la dimension intime du son. D’où le paradoxe : le son enregistré produit sur nos sens une présence apparemment plus forte, plus sensible qu’un son instrumenté par l’œil.

Le compagnon apprend à mieux appréhender ses 5 sens. L’ouïe représente entendement. La voix est en rapport avec le verbe, la parole. L'oreille est le symbole de la communication il est le récepteur de la parole des sons et donc correspond au canal vers la vie spirituelle. Le compagnon doit donc ouvrir d'avantage ses oreilles pour accéder à la connaissance du monde. 

Le dodécaphonisme est basé sur 12 notes égales comme le dodécaèdre de Platon. Mais contrairement à Pythagore, Platon considérait qu'il ne suffit pas que l'harmonie soit mathématique. La musique étant une des sciences essentielles avec la Géométrie, l'Astronomie et la Dialectique, il convenait qu'elle soit transcendantale.

Boulez substitue à une pensée musicale ancienne une pensée nouvelle qui à la manière des mathématiques procède en terme des structures et de relations. Il applique la méthode axiomatique de la Géométrie.

La Géométrie est le symbole par excellence du grade du compagnon. Lors du tuilage à la question  « êtes vous compagnon ? » la réponse est : Je connais la lettre G. G comme Gravitation,  Géométrie, Génération, Génie, Gnose.
La géométrie est étymologiquement la science de la mesure de la terre, une science positive qui enseigne la construction universelle et qui permet au compagnon de se libérer des préjugés métaphysiques. C'est la science du concret qui a permis le calcul des distances des astres.  

Boulez comme Xenakis inventent des nouveaux concepts qui permettent d'atteindre la composante de l'affect (et non plus seulement des 5 sens) .Voici le  marteau sans maitre Boulez.

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Selon Xenakis, sa composition Herma prend son inspiration dans l'idée que la musique peut communiquer la logique symbolique à travers son architecture hors du temps.

Hegel pense la musique à partir d'une catégorie à la fois esthétique et sensible. «  L' ouïe considère le son comme son, à la fois pur être de temps immanent et pur être sensible ». Nous pouvons ainsi écouter du bruit comme un son musical (la musique concrète, les chants des oiseaux de Messiaen, , 4'33'' de Cage ou les parodiques bagatelles de Ligetti.) Pour le compagnon le sens de l’ouïe invite à ouvrir son esprit et ses oreilles, c'est le symbole de l'entendement.

Je finirai en citant Schopenhauer : La musique est le langage de l'absolu. Elle n'est pas l'absolu, elle n'est que le langage ».

La musique est pour nous Franc-Maçons, l'expression d'un symbolisme d'harmonie dont le symbole les plus important pour moi est le nombre d'or, contribuant à ordonner le chaos et qui au delà du sensible touche ce que l'homme a le plus profond.

Ecoutons un extrait de : Olivier Messiaen - Couleurs de la Cité Céleste.
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