HISTOIRE - CULTURE   
Y a-t-il une réelle volonté allemande

de continuer à entretenir une certaine écriture de l’histoire ?

La falsification allemande autour du massacre d’Oradour-sur-Glane (*)

 

Le SESMA (Service d’Entretien des Sépultures Militaires Allemandes) m’a fait tout récemment savoir par l’intermédiaire de son représentant en France, qu’il se déclarait, à la suite de la WAST, également « juridiquement incompétent » pour procéder à l’exhumation du soldat inconnu de Berneuil (Charente-Maritime) dont la dalle a été gravée, par erreur ou par excès de zèle, au nom de Kämpfe !

J’ai produit un important travail de recherches historiques, en Limousin, mené sur la période juin-août 1944. Cette recherche m’a conduit, notamment, à m’intéresser de très près au « mystère » de l’affaire Kämpfe, une affaire, depuis l’arrestation par la Résistance, de cet officier supérieur SS, de la division Das Reich, le 9 juin 1944, jusqu’à son exécution et son inhumation, qui a généré une multitude d’interprétations selon les sources d’informations françaises ou allemandes, le plus souvent déformées pour les besoins des causes respectives et, en particulier, utilisées par les thèses négationnistes à propos du massacre d’Oradour-sur-Glane, qui eut lieu le lendemain de sa capture, le 10 juin 1944.

 Ainsi, les sources d’information d’origine allemande, fournies par la WAST (Service Deutsche Dienststelle, bureau des états de service des militaires allemands) situent très précisément l’exécution (Todesort) de Kämpfe, à Cheissoux (Haute-Vienne) et son inhumation (Erstbetattungsort), à Breuilaufa (Haute-Vienne), soit à plus de 50 kilomètres du lieu de l’exécution. Les recherches ont permis d’aboutir à la mise en lumière de la falsification allemande dénoncée dans l’ouvrage actuellement en cours d’édition (*).

S’il y eut bien cinq soldats allemands enterrés dans le cimetière de Breuilaufa, dont un adjudant, ceux-ci avaient été tués dans une embuscade tendue par le Maquis, le 8 juin 1944. L’inhumation officielle de ces cinq soldats allemands a donné lieu, pour chacun d’eux, à un procès-verbal établi le 29 mai 1946 par la brigade de gendarmerie de Nantiat (Haute-Vienne) « en exécution des prescriptions sur le regroupement des tombes de militaires allemands tués en France ». Cinq procès-verbaux furent ainsi rédigés, pour ces cinq soldats officiellement déclarés « inconnus », enterrés très sommairement par le Maquis en juin 1944.

 Les copies de ces procès-verbaux m’ont été communiquées par lettre du Service Historique de la Défense, en date du 8 novembre 2011, avec l’agrément de Monsieur le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants. Ces documents historiques confirment que les cinq soldats ne portaient aucune plaque d’identification, ni de signes particuliers permettant au Service d’Entretien des Sépultures Militaires Allemandes en France (SESMA), de les identifier. Il n’y a donc aucune raison de penser que le corps de Kämpfe ait été transporté à Breuilaufa pour y être inhumé, après son exécution par le Maquis. Par ailleurs, la collecte de la mémoire locale permet de conclure à l’inhumation sommaire de Kämpfe, en forêt limousine, avec un autre soldat allemand prisonnier. Les restes des corps n’ont pas été inhumés, par la suite, dans le cimetière local et ont été, très certainement, dispersés par suite des travaux forestiers et des fortes tempêtes enregistrées, depuis lors, dans cette région.


Pourtant, à la suite de l’intervention du Service Deutsche Dienststelle, dans les années 1960, une dalle a été posée, le 13.03.1963, dans le cimetière allemand de Berneuil, en Charente-Maritime avec l’inscription « HELMUT KÄMPFE STUBAF. 31.7.09  + 10.6.44 » : les restes de Kämpfe, selon la WAST, seraient donc sous cette pierre tombale. Une telle erreur historique, « dans l’intérêt des familles » selon une expression utilisée par ailleurs par la WAST,  a deux conséquences majeures :
 
1.   Elle se prête à une tradition commémorative dont personne semble-t-il ne peut en identifier, le ou les auteurs : une rose blanche est déposée chaque année sur la dalle…
 
2.    Elle offre une tribune de choix pour tous ceux qui développent les thèses négationnistes, à propos du massacre d’Oradour-sur-Glane.
 
J’ai sollicité le chef du Service Deutsche Dienststelle par lettre, en date du 21 septembre 2011, en vue de rétablir la vérité sur les faits historiques à propos de l’inhumation de Kämpfe. Sa réponse, en date du 22 mars 2012, est formelle : seul « le VDK est compétent pour les exhumations et transferts à l’étranger ». J’ai donc, alors, également sollicité, par lettre en date du 21 mai 2012, le VDK dont le siège se trouve à Kassel, en Allemagne, pour demander d’intervenir auprès du conservateur du cimetière allemand de Berneuil, en Charente-Maritime (France), afin que soit effacé le nom de Kämpfe, sur la dalle sous laquelle repose un soldat allemand inconnu à l’origine de la falsification allemande. Cette lettre est toujours en attente de réponse écrite à ce jour.

Doit-on en conclure qu’il y a une réelle volonté allemande de continuer à entretenir une certaine écriture de l’histoire d’Oradour ?

Voilà bien une question à poser au Président de la République allemande en visite à Oradour-sur-Glane aux côtés du Président de la République française, le 4 septembre prochain…
 
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(*) Ouvrage en cours d’édition aux Editions Ouest-France : « Oradour… ou Oradour-sur-Glane : mystères et falsification allemande autour d’un crime de guerre » de Michel Baury, écrivain-essayiste-collecteur de mémoire, auteur, notamment, d’un ouvrage de collecte de mémoire : « 1939-1945 Augustine-Liberté : cœur de femme au quotidien, journal de guerre en Limousin », Editions Thélès, Paris, 2008.
 
Contacts: Michel Baury 06 83 17 99 89


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Article extrait du " Le nouvelliste 30.08.2013  "





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