CULTURE  

Le Bouddhisme, un chemin vers l'harmonie

                               - A. B
*
*  *
                                                     
563  avant J-Christ, une nuit à jamais sacrée, un homme du nom de Siddartha Gautama plus connu sous le nom de BOUDDHA  abandonnait femme et enfant, le monde des plaisirs pour se consacrer à la quête de la seule vérité, libérer l’homme du monde.

Je ne souhaite pas vous parler de son enseignement en tant que religion mais du bouddhisme comme d’une spiritualité dont le but est de libérer l’homme de l’emprise  de son égo, de réaliser l’unité du corps et de l’esprit afin d’être sur le chemin destiné à trouver l’harmonie en soi.

 Au cours de sa vie, Bouddha a enseigné six voies de pratique pour aboutir à l’état d’harmonie.

  • -La première voie est celle de l’harmonie entre les êtres  ce qui signifie que dans la société ou à l’intérieur d’une famille, il faut vivre tous ensemble dans un climat de paix pour trouver cette harmonie qui mène à l’état de bonheur ce que nous recherchons tous Francs-Maçons en loge.
  • -La deuxième voie se trouve dans la parole car toutes les paroles prononcées doivent être dénuées de violence d’où la citation de tourner sept fois sa langue avant de parler pour amener l’harmonie de la parole, qui rappelle étrangement une des quêtes des Francs- maçons pour retrouver la parole perdue  et qu’ils s’efforcent toujours de retrouver.
  • -La troisième voie se trouve dans les idées, l’esprit est à la cause des actions liées au corps et à la parole. Une idée pleine de sagesse s’inscrit dans les relations dues au corps et à la parole.
  • L’acceptation d’autrui conduit à l’acceptation de soi. Amener l’harmonie dans la pratique de l’acceptation c’est éliminer les états de tristesse, de colère venant de l’autre.
  • -La quatrième voie est dans l’application des préceptes. L’harmonie dans une famille doit être basée sur des règles de respect et de reconnaissance ainsi que la vie en société et sur la discipline car à défaut le chaos y prendra place, fait identique aux règles maçonniques que l’on se doit de pratiquer.
  • -La cinquième voie instaure le partage de la connaissance et de la compréhension. Si nous détenons un savoir qui peut être bénéfique pour notre environnement, nous avons le devoir de le porter à la connaissance de tous et de partager le savoir avec autrui. Nous devons partager également l’amour culturel entre les peuples afin d’établir l’harmonie des hommes.
  • -La sixième voie consiste à partager avec autrui les richesses matérielles avec une grande sagesse. Cultiver l’état de générosité  constitue l’esprit d’harmonie dans le partage de toute chose ayant un bénéfice pour autrui. Ce partage constitue la solidarité, un des piliers de la Maçonnerie.

Parler du Bouddhisme est une chose presque impossible. Il faut le pratiquer pour en comprendre  la voie. Pour étudier la voie, il faut se détacher de son moi individuel, s’affranchir des pensées discriminantes, se détacher de son égo.

Apprendre le Bouddhisme c’est s’oublier soi-même et dépouiller son propre corps-esprit et celui des autres.
Le Bouddhisme nous enseigne que rien ne dure, ni joie ni peine, tout est impermanent.
Toutes les existences sont impermanentes, changeantes, seule existe la réalité du perpétuel changement.

Le temps s’écoule, les années passent, toute vie s’achève, nous suivons tous l’éternel changement de toute chose.
On naît, on souffre , on meurt.
Lorsque l’on met son corps en harmonie avec son esprit, la pratique de la voie nous enseigne le don, la patience, l’endurance, l’effort et la sérénité.

La sagesse peut être comprise et s’exercer.

Une des notions est que tous les êtres vivants, y compris les Dieux sont engagés dans un enchaînement sans commencement ni fin.

L’être vivant renaît dans une situation plus ou moins heureuse au cours de ses vies ultérieures  selon la pesée de son âme tenant compte de ses actions dans les vies précédentes.

Une autre notion est que toute bonne action sera récompensée dans cette vie ou dans la prochaine.

La voie nous enseigne que la vie et la mort ne s’opposent pas mais cohabitent ensemble.

Il faut toujours garder l’idée que la mort peut survenir à tout moment dans l’instant présent.

Aussi, nous pouvons sentir la fugacité du temps, et vivre chaque instant avec intensité, faire de l’instant présent un moment fort.
Nous n’avons pas à regretter la fuite du temps.

Toute la difficulté de la compréhension réside dans les dualités de notre existence.  
Si on parle du positif inévitablement le négatif apparaît.

Cette dualité nous la retrouvons dans le temple maçonnique, lorsque nos yeux parcourent le pavé mosaïque.
Le symbolisme du pavé mosaïque exprime l’opposition : blanc/noir, alternance et complémentarité, ténèbres et lumière qu’il faut sans cesse rechercher, le bien et le mal.
Si nous le pratiquons sans se poser la question du bien et du mal et si nous espérons de tout notre corps et notre esprit, c’est la voie que nous avons choisie pour nous uniquement.

Dans le bouddhisme, la voie vient en aide aux hommes.

Les grandes joies ainsi que les grandes souffrances altèrent la santé à celui qui n’est pas au milieu du chemin enseigné par le bouddhisme.
De nos jours, il est difficile d’être au milieu, certains sont spiritualistes, d’autres matérialistes et nous devons trouver la voie du milieu sans pencher ni d’un côté ni de l’autre.
Si l’esprit de pratique ne s’accorde pas avec la voie, le corps et l’esprit ne seront pas en quiétude et nous ne sommes pas dans la tranquillité et la joie.

Lorsque nous sommes en désaccord avec le monde, nous souffrons terriblement, de névrose, de troubles du caractère, de troubles du sommeil,  de violence verbale, nous sommes responsables de nos maux et nous les transférons vers les autres.

Aussi, il faut les résoudre pour ne pas devenir un poids pour notre famille, pour nos amis et pour la société.

Le bouddhisme nous enseigne le chemin du milieu et surtout de rester au milieu de chaque joie ou de chaque épreuve mais qui nous aide également à nous débarrasser des paires d’opposé : être ou non être, naissance ou mort, arrivée ou départ …
Si nous parvenons à déraciner nos passions et nos attachements, nous mettons fin à nos souffrances.

La méditation et la respiration peuvent être une solution pour rester au milieu du chemin pour trouver cette harmonie de vie et d’acceptation.

Accepter l’idée qu’il n’y a pas de vie facile pour personne.
Rien ne dure, ni la joie, ni la peine tout n’est qu’impermanence.
La méditation n’est pas un repli sur soi  mais une ouverture sur l’autre, sur le monde, réfléchir sur soi-même, creuser son esprit.
Une grande harmonie qui rappelle l’acclamation chère aux Francs-maçons « Liberté, Egalité, Fraternité ! »

Elle nous permet de réfléchir sur la bienveillance, sur l’humilité, sur la liberté sans nuire à autrui, apprécier la notion du bien et du mal.

Le méditant doit trouver sa nature,  nature qui est à la base de tout et qui se nomme « Nirvana » qui veut dire extinction, extinction de toute idée, de toute douleur, de tout désir.

Le Nirvana est le refuge suprême où les êtres se libèrent de leur monceau de souffrance.

Reste la question immuable  « comment vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres ? Une réelle similitude avec le travail intérieur des francs -maçons du « connais- toi, toi-même ! ».
Le chemin initiatique enseigne à se percevoir comme « en devenir » et non comme « étant ».

Tous les enseignements sont d’une certaine façon une invitation à une ouverture profonde de l’esprit par rapport au sens de soi étriqué, pour plus de paix, de liberté, de bien être pour être avec notre véritable nature.

La pratique du bouddhisme consiste constamment à recommencer à être dans le moment présent, à nous centrer dans la réalité du présent en tant tout simplement nous- même.

Quand nous méditons, nous sommes dans la douleur, dans le corps, dans les émotions, dans les souvenirs, dans les rêves, dans les peines que nous portons et nous devons être conscients de tous ces états que nous nous exerçons à balayer comme la mer se retire après chaque marée.

Quand nous sommes présents corps et esprit,  quand la paix s’installe nous pouvons être en contact avec le « nous » véritable, libéré de tous les maux.

 L’harmonie est une vertu confucéenne,  par excellence et évoque une atmosphère d’accord. Confucius de son vrai nom KONG QUI maître KONG mort 479 avant J-Christ fut le premier éducateur de la Chine. Son enseignement reconnu comme philosophie d’Etat porte le nom de  Confucianisme durant tout le règne de la dynastie HAN.

Dans le Confucianisme, la voie corrige les lettres.

ZISI, petit- fils de Confucius écrit que « satisfaction et frustration » ainsi que « lamentation et réjouissance » lorsqu’aucune n’est encore apparue c’est le point d’équilibre. Lorsqu’elles se manifestent et sont tenues bien réglées hors de tout excès, cela s’appelle Harmonie. Le point d’équilibre est la racine du monde  et l’harmonie est l’accomplissement de son cours.

Dans son ouvrage (Zhong Yong) équilibre parfait, il décrit après le Yin et le Yang, deux notions clés de la pensée chinoise « Zhong » pour point équilibre et « He » pour harmonie.
Elles sont évoquées dans un ouvrage économique Confucianisme par la manière de cheminer en être humain dans l’existence et ce chemin se découvre par la  méditation ainsi que la relation qui les unit.
Dans la médecine, la voie guérit les maladies, ZISI l’envisage comme le silence avant toute parole comme les Francs-Maçons le pratiquent au début de chaque tenue avec la minute de silence, ce silence prédisposant à la réflexion.

Toute médecine est aussi poison selon l’usage et la dose.
Ce que nous trouvons bon et bien peut devenir un mal et ce que nous trouvons mauvais et de mal peut générer du bon et du bien.

N’est-ce pas les sentiments éprouvés par le récipiendaire quand on l’invite au début de la cérémonie d’initiation à boire un breuvage amer qui se mue ensuite en un breuvage doux et sucré ?

OKAKURA KAKUZO un érudit japonais ayant contribué au développement des arts japonais,  inscrit la notion de Respect dans l’harmonie dans son célèbre livre «  la Voie du THE » dont voici un extrait : «  le principe d’harmonie implique un esprit de vénération et d’humilité.

Comment peut il y avoir une véritable reconnaissance de l’autre tant que l’on se trouve incapable de rejeter les attachements  égotistes qui dominent la vie en société ?

En vérité, l’échec à percevoir l’humanité profonde d’autrui constitue l’une des plus grandes causes de conflits de ce monde.
La véritable harmonie doit surgir libre de toute intention.
Elle ne jaillit que dans le respect mutuel et l’oubli de soi.
Harmonie et respect suggèrent des vertus d’interaction sociale.

L’un des traits les plus marquants de la chambre de THÉ hormis l’esprit du ZEN est l’égalité sociale dont l’accent est mis sur l’harmonie.
En pénétrant dans la chambre de THE, tous les seigneurs et les combattants adoptent une position égale, dépouillés de leur statut rigide. Ils entrent dans un domaine où tous les êtres étaient respectés avant tout pour leur humanité.

Cette démarche nous rappelle étrangement le rituel de l’entrée du temple où chaque maçon se dépouille de ses métaux.

Les métaux qui symbolisent les passions, les préjugés, les choses futiles qui renforcent l’égo, les idées préconçues. Richesse et pauvreté, pouvoir et humilité, intelligence et ignorance tous fusionnant pour rétablir le respect mutuel et l’harmonie dans la chambre de THE et aussi pour nous Francs -maçons  dans la loge.

 Le Taoïsme, Doctrine philosophique et religieuse, est l’un des deux grands systèmes de pensée qui se sont développés en Chine  dont le DAO  « la voie » se préoccupe de l’individu, de sa conscience et de sa vie spirituelle.

Anthony de MELLO maître spirituel indien cite « la spiritualité c’est de ne pas être à la merci des gens ou des évènements ! ».

Le DAO oriente vers la nature et l’univers pour trouver l’harmonie.
C’est la religion et la philosophie de la Chine profonde portées par les textes de l’enseignement du philosophe chinois Lao Tseu.

L’école Taoïste préconise le retour vers les montagnes et les forêts, vers la mère nature.
Montagne, rivière, terre, soleil, lune et étoiles sont esprits. Il y a cependant des rivières célestes et des rivières terrestres, la terre du sol et la terre de l’esprit.
Ce sont des moments de pensée du DAO.

La quête d’harmonie Taoïsme ne peut passer que par des enseignements de maîtres, des règles d’hygiène physique et mentale à mettre en pratique avec également la méditation enseignée par le Bouddhisme.
Il ne peut y avoir d’harmonie sans l’amour car au sein de l’humanité, l’amour est la force miraculeuse. Quand nous aimons, nous mettons en phase notre corps et notre esprit dans une harmonie parfaite. Sans amour, nous ne sommes rien. Seul peut aimer l’autre celui qui a appris à s’aimer lui-même.

En musique, l’harmonie renvoie plus précisément aux accords.
La colonne d’harmonie ne peut livrer sa musique qu’à celui ou celle qui se soumet au chant latent qu’elle délivre, aux oreilles qui écoutent la beauté des mélodies, aux beautés qui résident dans les regards des êtres.
 
Nous écoutons « l’indicible » et nous regardons « l’invisible » exactement comme au sein de la chaîne d’Union.
Au final, tous ces concepts se retrouvent dans l’idéal maçonnique.
Toute ma vie, j’ai couru, couru après le travail, couru après des rêves impossibles.

Aussi à l’heure de la retraite, il m’est apparu comme une réelle évidence, un profond désir de chercher à retrouver l’harmonie de mon corps et de mon esprit, de m’immerger dans cette harmonie de vie et d’acceptation prônées par la méditation en complément de mon idéal maçonnique.

Les grandes ruptures de rythme de vie altérant la santé, il est donc essentiel quand nous marquons un arrêt brutal dans notre vie de retrouver cette harmonie du corps et de l’esprit pour être en phase avec la vraie vie.

Mon futur et proche projet sera une retraite au fin fond de la campagne  afin de méditer sur le sens de ma deuxième vie mais surtout de retrouver l’harmonie de vie.

A.B.
 

Retour