CULTURE  

Ma conception de la vie
-21/11/2014 - par Samejima Yuko-

Source http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/japon/2014-11-21-
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Eglises d'Asie, le 21 novembre 2014 - Où l'idée que je me fais de la vie trouve-t-elle sa source ? Quand je me suis posé la question, je me suis rappelé Tanegashima, où je suis née. Tanegashima est la septième par ordre de grandeur des îles du Japon, une île dont le territoire est occupé par des collines sans aucune montagne digne de ce nom. Du côté de l'océan Pacifique, la mer est traversée par les eaux bienfaisantes du Kuroshio.

Le Kuroshio, qu’on appelle aussi « la route de la mer », est un courant marin chaud parti des Philippines qui monte vers le nord en longeant l’archipel japonais. En cours de route, à proximité de Kagoshima, il se heurte à Tanegashima, où il se divise pour alimenter un courant secondaire qui s’oriente de façon à contourner Nagasaki et aller ensuite vers la mer du Japon.

L’île a été depuis très longtemps une étape où s’arrêtaient les vaisseaux étrangers. Avec la culture du riz, l’utilisation des caractères chinois pour l’écriture, une religion et des techniques inconnues, toute une nouvelle culture a été ainsi introduite dans l’île, qui arrivait par « la route de la mer ». Laquelle route de la mer étant aussi celle que suivent les typhons, beaucoup de bateaux à la dérive ont atterri dans l’île : le voilier américain Cachemire, le voilier anglais Dramentall et certains, comme les bateaux portugais, ont fait connaître les armes à feu dont l’usage devait grandement modifier le cours de l’Histoire. Aujourd’hui, Tanegashima, devenue le siège d’un centre spatial et d’une base de lancement de satellites, contribue pour sa part au travail de recherche à la fine pointe du progrès technique au Japon.

Moi-même je vis à Chi-ga-saki, près de Yokohama, où je fais mon travail de calligraphe, mais j’ai l’intention de retourner un jour à Tanegashima, mon lieu de naissance, pour m’y retirer. C’est là en effet que se trouve la tombe de mes ancêtres depuis plusieurs générations. C’est là que se trouve le point de départ de ma carrière, le lieu où je trouve la paix du cœur.

La famille Samejima est originaire du village du même nom, près de Tago-no-ura, d’où on peut voir le mont Fuji. À l’époque de Kamakura (XIIIe siècle), les Samejima étaient des militaires qui, à la suite d’une invasion mongole et d’une crise politique, sont allés habiter dans le Kyûshû, à Kagoshima.

Même après être arrivés à Tanegashima, mes ancêtres ont souvent pris part à de nombreux combats mais, depuis six cents ans, c’est là que reposent les défunts de la famille. Evidemment, ils étaient shintoïstes ou bouddhistes. Il y eut certainement aussi parmi eux des chrétiens. En effet, en 1549, le missionnaire François-Xavier a débarqué à Kagoshima et c’est là qu’il a commencé à prêcher le christianisme. D’ailleurs, à côté du cimetière, il y a un jardin d’enfants catholique, et dans la maison familiale nous gardons une très vieille bible.

Actuellement, c’est le shintoïsme qui est la religion de la famille. Et sur le petit autel installé à la maison, c’est Amaterasu qu’on vénère, la déesse qui dans la mythologie japonaise a donné le jour au Japon. Que des défunts ayant appartenu à des religions différentes puissent ainsi se retrouver dans le même cimetière, cela doit sans doute être bien étonnant aux yeux des étrangers, mais, pour les âmes des ancêtres, le cimetière est le lieu où tous se rejoignent quand bien même ils n’avaient pas tous les mêmes croyances.


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