CULTURE  

Le Jade : pierre philosophique, pierre maçonnique
- M.M -

Si, en Occident nous considérons le jade comme une pierre semi-précieuse sinon comme une pierre d’ornement et parfois même comme une simple pierre dure voire une pierre décorative, il n’en est pas de même en Chine, et par extension en Extrême-Orient, où le jade, ou du moins certains d’entre eux, est considéré comme la plus précieuse des pierres précieuses.

Pierre précieuse pour ce qu’elle apporte d’unité vibratoire et par ce qu’elle se façonne avec difficulté, art réservé aux meilleurs compagnons.

Dans la Chine d'il y a 9 000 ans, le jade était vu comme l'intégration des essences vivantes du Ciel et de la Terre; il était donc sacré.

Peu de pierres précieuses sont aussi riches en légendes, en traditions magiques et dégagent un tel sentiment de mystère éternel. Le jade évoque la finesse impénétrable.

Son origine étymologique est espagnole : les conquistadors du XVe siècle la baptisèrent piedra de ijada - textuellement pierre pour la fosse (iliaque) : selon la croyance indienne, elle passait pour guérir les maux de reins et les coliques néphrétiques mais aussi pour éloigner les mauvais esprits.[]

Le jade désigne en fait trois minéraux distincts pouvant avoir une apparence semblable : la jadéite, la néphrite et le kosmochlor.

Le jade est généralement d'un vert plus ou moins prononcé. Le jade blanc est le jade pur. Pour de nombreux peuples, le mot jade et le mot vert sont synonymes.

Pierre dure, le jade possède des propriétés très résistantes. Dans les temps préhistoriques, on l'utilisait déjà dans la confection des armes. Introduit plus tard dans le culte des dieux, le jade fut sculpté en figurines sacrées.

Pierre curative, le jade est réputé pour ses vertus, depuis la plus haute antiquité en Amérique du Sud et en Amérique Centrale chez les indiens précolombiens. Le contact du jade permet la détente et la relaxation. Le fait de le porter à même la peau permet de soulager les reins et de renforcer l'énergie du coeur. Mis sous un oreiller il procure un sommeil profond et agréable.

  • Symbolique du jade

Des milliers d'années durant, le jade fut un symbole d'amour, de vertu en même temps qu'il était un signe extérieur de statut social. De tout temps, il a été le symbole des dynasties impériales par excellence. Le jade est la pierre de prédilection des Chinois, ils en portent toujours une lorsqu'ils négocient, car elle favorise l'honnêteté et la justice. Aujourd'hui, seule la Chine travaille encore le jade avec le talent que l'on lui connait.

La pierre de jade a la faculté de pondérer les jugements sur autrui et élever le niveau de conscience. Elle est l'incarnation terrestre de principe cosmique mâle (yang). Elle augmente la durée de vie et favorise la résurrection.

 

  • Travail du jade :

Il y a huit mille ans les habitants de ce qui est devenu la Chine actuelle, poussés par des motivations puissantes et un esprit créatif certain, se sont mis à polir consciencieusement ces pierres fines très dures pour en faire des ornements qu'ils portaient à même leur corps. Mais cette action très complexe et certainement très lente, associée aux formes singulières qu'ils choisissaient n'étaient certainement pas des actes dénués d'importance, voire de signification.

Dans la symbolique chinoise, le jade était une pierre relative à l'empereur, symbole d'un pouvoir absolu. L'empereur se devait d'arborer un sceptre de jade (Ruyi) lors des grandes cérémonies. Les cinq rangs de princes recevaient chacun une tablette de jade d'un type particulier.

  • Le premier rang recevait une tablette oblongue avec deux colonnes gravées.
  • Le second rang recevait une tablette oblongue où figurait un homme debout, le corps droit.
  • Le troisième rang recevait une tablette oblongue où était représenté un homme courbé.
  • Le quatrième rang recevait une tablette annulaire sur laquelle figurait du millet.
  • Le cinquième rang recevait une tablette annulaire gravée de feuilles de jonc.

Chaque année, les princes se rendaient en audience devant l’empereur et rendaient leurs tablettes qui étaient alors comparées avec les formes-modèles conservées au palais. Si tout était conforme les tablettes leur étaient restituées. Le simple fait que l’empereur ne désire pas rendre une tablette signifiait la destitution du prince. Les envoyés de l’empereur et les ambassadeurs possédaient, quant à eux, des demi-tablettes coupées dans la longueur et qui se devaient de parfaitement correspondre à la partie complémentaire qui avait été confiée au correspondant. Posséder un jade, en Chine, est donc, en quelque sorte, pouvoir prétendre à une dignité impériale.

  • Le façonnage du jade :

A peine moins dur que le quartz, le jade ne se taille pas, il se façonne avec beaucoup de patience.

Sa dureté est telle qu’il raye facilement le verre et peut rayer le quartz. Cette excessive dureté impose à l’artisan qui le façonne des conditions très particulières de travail et une patience à toute épreuve. Jadis, il était dégrossi par éclats successifs avec des instruments de jade ou des ciseaux d’acier trempé puis longuement poli, par usure, avec une autre pierre de jade.

Certaines pierres étaient si compactes et si dures que l’artisan n’avait pas d’autre solution que de le chauffer puis de le plonger dans de l’eau glacée afin de le fissurer. Suivant la manière hasardeuse dont la pièce s’était fendue, il évaluait ensuite quelle forme donner à son oeuvre.
Avant de simplement le dégrossir, puis de le tailler, il convenait donc d’examiner la pièce massive avec la plus grande attention. Cette observation, proche de la méditation, pouvait durer des mois, sinon des années, avant de porter le coup décisif. En fonction du résultat obtenu, l’artiste jugeait, ensuite de la forme à donner, peu à peu, au bloc dégrossi.

Au fur et à mesure des opérations, ce qui était originellement prévu pouvait se modifier sans cesse en fonction des nouveaux éclats difficilement contrôlés. Ce qui, à l’origine, devait devenir un dragon se modifiait peu à peu en oiseau, puis en poisson et enfin en bateau. Il convenait également de savoir s’arrêter à temps au risque, lors d’une dernière taille imprévisible, fendant le tout en deux, de se retrouver avec deux petits éléphants.

Ce travail, sans cesse évolutif, nécessitait une grande créativité, de l’opportunisme et, surtout, un moral d’acier. Depuis peu on utilise des fraises à pointes de diamant en effectuant une série de trous juxtaposés, de profondeur variable, puis on fait sauter à la bouterolle d’acier trempé les parties demeurées pleines entre ces trous.
Le jade est, ensuite poli sur des meules utilisant de la poudre de diamant ou de corindon. Il existe donc moins, désormais, de risques de voir une belle pièce éclater... mis aussi beaucoup moins de créativité et de spontanéité. Cela contribue donc à la grande valeur des pièces anciennes où le travail est autant considéré que la qualité de la veine utilisée.

Le vrai jade est froid au toucher et jamais transparent. Sa surface ressemblant à de la cire lui donne des reflets mats et changeants. Il peut être poli jusqu’à ce que sa surface soit comme un miroir mais il conservera toujours un éclat profond et doux qualifié de graisseux.

Historiquement, il se façonnait à l’aide de sable quartzeux. Il semble toutefois que le sable rouge de grenat, plus abrasif, ait été employé depuis la plus haute antiquité, ce qui permit un travail plus rapide. Enfin, au XIIIe siècle, l’usage du sable noir d’émeri entraîna un nouveau gain de temps.
Actuellement, la poudre a remplacé les anciens abrasifs et permet un travail si rapide que la qualité s’en ressent (il n’est guère possible de rattraper une erreur de gravure lorsque l’usure est très rapide).

Les premières plaques de jade étaient sciées à l’aide de plaques de grès, puis les Chinois inventèrent, au Ier millénaire, le k’un wu, couteau merveilleux qui devait être une lame de corindon ; la scie apparut plus tard et elle devint rotative et en acier au IIIe siècle de notre ère.

Lorsqu'un jour un des disciples de Confucius lui demanda « Maître, puis-je prendre la liberté de vous demander pourquoi un homme de bien considère le jade comme la plus précieuse des pierres ? Est-ce parce que le jade est rare ?, » le philosophe répondit ainsi :

« Le jade est précieux non parce qu'il est plus rare, mais parce que la qualité du jade correspond à la vertu d'un homme. Elle correspond à des vertus telles que la bienveillance, la sagesse, la droiture, la bienséance, la loyauté et la fidélité.

Le jade est doux et agréable, exactement comme la bienveillance d'un homme de bien.

Le jade a une texture fine mais il est solide, tout comme la sagesse d'un homme et sa façon appliquée et approfondie de gérer les choses.

Bien que le jade ait des bords et des coins, il n'est pas tranchant et ne saurait blesser autrui. Il en est de même du sens de la justice et de la droiture d'un homme de bien.

Lorsque le jade est suspendu, il symbolise la retenue et la prudence polie d'un homme. Lorsqu'il est frappé, il libère un son clair et vif, semblable à la nature de la musique.

Bien que le jade soit gracieux, ses imperfections sont également évidentes mais ne seront occulter ses mérites, tout comme la loyauté d'un homme sans préjugé et sans besoin de dissimulation.

En outre, la couleur du jade peut être vue sous tous les angles. Tout comme la fiabilité d'un homme de bien, son comportement est cohérent avec ses mots. Même dans une pièce sombre, il est digne de confiance et ne saurait tromper les autres.

Le Jade […], dans l'eau, embelli la rivière. Lorsqu'il repose sur la montagne, l'herbe devient luxuriante. Où qu'il se trouve, le jade a un effet positif. De même, l'attitude noble d'un homme de bien peut harmoniser une myriade de choses et en faire jouir son entourage.

Partout, les gens affectionnent le jade et il en est ainsi car ils respectent et admirent la vertu d'un homme. »


M.M.



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