CULTURE  

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas…( Lao Tseu )
- M.M -

J’aime beaucoup la Sagesse de Lao Tseu. Depuis que je suis adolescente, l’analyse de certains de ses préceptes m’ont permise de beaucoup avancer sur mon chemin initiatique.
Au même titre que j’ai pu avancer grâce à notre vie en Loge avec la symbolique maçonnique mais aussi avec tout ce rituel qui nous permet de réfléchir en le vivant, en le vivant aussi physiquement, donc pas seulement de façon cérébrale.

Somme toute, quels que soient la culture, l’époque et le lieu sur la terre, globalement, même si la symbolique est différente, l’essentiel du message du chemin initiatique est le même.

Alors, quand on est franc-maçon comme moi depuis 15 ans, avec un vrai sujet sur les pas du rituel qui sont différents à chaque grade donc fortement symboliques et qu’en plus, je le vis dans ma loge mère qui se nomme Voyage et dans ma loge de cœur La Lumière du Vietnamn, je ne pouvais que réfléchir sur ce précepte de LaoTseu :

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas…


  • Le voyage :

De quel voyage parlons-nous ? Personnellement, j’aime le voyage. Comme je le dis lors de la chaine de lumière qui est un rituel spécial de ma loge mère lors de l’initiation : « la vie est un voyage, il n’y a pas plus beau voyage que celui de la vie ».

Mais à l’intérieur de cette vie, vers quoi voyager, surtout à mille lieues ?

Le voyage sur la terre vers un but précis, pour découvrir d’autres terres, d’autres ambiances, d’autres populations, pour aller travailler, pour s’installer ailleurs….par choix ou par désespoir, on pourrait citer des dizaines de possibilités ou de raisons.
Il y a aussi le voyage en lui-même. Quel que soit le but, c’est le voyage en lui-même qui est intéressant. On peut le dire du voyage de la vie. On peut le dire du voyage pour partir ailleurs quelle qu’en soit la raison. Prendre le temps de goûter au « ici et maintenant du voyage ». Ce voyage qui sera le chemin en lui-même.

Et puis, il y a le voyage intérieur. Celui qui nous permet de nous connaître, de nous reconnaître, de nous faire progresser, de nous calmer, de nous inquiéter, et pourquoi pas de nous bloquer, ou nous faire régresser.

Et il y a le voyage vers l’autre. Celui-ci, il est lourd de conséquences, de peurs, de joies, d’amour mais aussi de déceptions, de peines.

Il y a quelques mois, j’ai entendu une magnifique Planche sur l’altérité par une SS du DH. J’avais mon sujet de planche de ce soir en tête et cela résonnait.

L’altérité est un état naturel. L’altérité, c’est la distinction, le caractère ce qui est autre, le fait d’être différent, distinct. Chacun est différent, c’est ce qui nous rend unique.
L’altérité est une posture humaniste, l’acte m’interpelle, me remet en cause et me fait sortir de moi et de mon égoïsme.

Pour bloquer toute possibilité d’évolution par l’acceptation de l’altérité, le totalitarisme par exemple, prône l’abnégation, l’absence de considération de l’autre.

Ce voyage vers l’autre, c’est apprendre à apprécier sa différence, à apprécier que la valeur ajoutée par un avis différent ou un comportement autre peut être d’une grande richesse.

Ce voyage vers l’autre c’est aussi celui du miroir où finalement, même si notre premier ennemi, c’est nous-mêmes, c’est bien par le regard des autres qu’on existe et qu’on peut mesurer ses progrès. Combien de personnes disent en prônant des actes ou des valeurs « moi, je veux pouvoir me regarder le matin dans un miroir ».

Mais les pires des pires se regardent sans souci dans un miroir le matin ! Car chacun pense faire selon sa conscience, selon ses convictions et donc, pense avoir raison.
C’est bien par le regard des autres, par la confrontation qu’on peut voir autrement.

Mais l’enfer c’est aussi les autres. Il ne faut pas se laisser enfermer par l’image que les autres ont de soi. Comme chercher à trop appartenir à la norme (stéréotypes, préjugés, discriminations).

En effet, évoluer grâce au regard des autres ne veut pas dire qu’on évolue si on cherche à avoir le bon regard de l’autre, ou en faisant les choses pour le bon regard de l’autre. Cette attitude est souvent à la recherche d’une reconnaissance qui manque ou qui a manqué à la personne. Là, cette recherche de reconnaissance dans le regard de l’autre montre qu’on n’est pas en contact, que l’on n’est pas aligné avec soi, avec sa conscience, avec son intuition propre. Cela peut donc générer beaucoup de souffrance intérieure.
Notre rituel au  1er degré, pose clairement le point car certes, il y a le miroir mais y il a aussi, le fil à plomb ou le vitriol.

Progresser c’est aussi trouver l’autre qui est en soi. Cet autre est « le soi » et non l’égo.
C’est notre « je » qui affirme sa différence. Il se dégage des divers conditionnements, il s’élève au-dessus de la conscience commune  (Jacqueline Keleen).
C’est notre individualité (ce qui est différent de l’individualisme), notre individualité pleine et entière. D’ailleurs dans le mot individu, il y a UN, l’unité dont nous faisons partie dans l’univers et unité du quotidien sur terre dont nous avons tant besoin pour avancer sur la voie de la sagesse. Lorsque l’on est en contact avec cela, on peut dire que notre individualité est à l’unisson.

On voit que le voyage peut être physique ou mental, voire spirituel.

Mais un voyage de mille lieues démarre toujours par un premier pas…

Alors, voyons la notion de pas, de mise en marche.

  • Le pas :

Le pas permet de nous mettre en marche sur le chemin.
Tao est un terme de philosophie chinoise (en caractère chinois  , dào signifiant « voie, chemin » ;

Le tao peut être considéré comme la matrice préalable au sein de l'univers au passage du CHI ou souffle originel, précédant la parité binaire du yin-yang. C’est déjà le pas de la construction. Quand on regarde la construction de l’idéogramme, pour moi, je vois un homme en marche.

Comme le guimel , lettre hébraïque :
3ème lettre de l’alphabet hébraïque, le Guimel est un homme debout. Le guimel, c’est l’homme en marche porté vers son prochain démuni.
Il réunit la  thèse et l’antithèse pour en faire la synthèse. Le 3 introduit le concept esprit, âme, corps associé et représenté physiquement par la tête, le tronc et l'abdomen.

Guimel, qui veut aussi dire le Chameau qui symbolise le voyage, le déplacement, le mouvement. Il est signe de la richesse intérieure. Guimel est aussi l’exotérisme nécessaire à la diffusion de la spiritualité. Avec la racine GML il est aussi le sevrage nécessaire pour se réaliser. Ce sevrage ne nous rappelle-t-il pas la libération de nos métaux par exemple ?
Le Guimel permet le voyage, la séparation géographique, la rupture psychologique. On en revient avec la notion d’individualité. La rupture avec ses parents pour devenir adulte par exemple.

Alors, pour entreprendre ce 1er pas…quels sont les facteurs clés de succès ?

Entreprendre : qu’est-ce qui pousse certains plus de d’autres ? La prise de risques, la recherche de la liberté ?
Qu’est-ce qui nous anime ?
La volonté, l’audace, le désir, la manière dont l’autre nous regarde, la confiance qui nous est portée permet de lever toutes les barrières.

Il y a aussi le pas d’apprentissage, sans expérience, par lequel je m’expose aux différences de l’autre, je m’expose au jugement de l’autre. Je peux avoir peur. La peur est constitutive du rapport qui se crée entre soi et les autres. La peur peut faire détaler et donc avoir ce premier pas, mais la peur peut aussi paralyser. Le Courage, c’est assumer ses peurs et cela permet de faire le premier pas. C’est aussi lâcher prise, être capable de, anticiper.

Même sur notre long chemin d’initiation, dans certaines situations, nous sommes encore des apprentis car il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier. Je dis bien dans certaines situations, nous sommes un apprenti pour lequel il faut faire le premier pas. Dans d’autres cas, heureusement, notre chemin de progression doit avoir fait ses preuves et nous ne sommes plus des apprentis au global.
Mais pour en revenir à la notion d’apprenti, il faut aussi parfois se donner la liberté d’être un apprenti, et d’être en contact avec son enfant intérieur. Cet enfant intérieur que l’on oublie parfois. Souvent, le maître, l’expert bloque la nouveauté ou la remise en question, ceci inconsciemment. L’apprenti, peut improviser et par là même créer.

J’ai trouvé un dicton vietnamien en lien avec mes propos : « A chaque pas que l’on fait, on revient avec un panier de commissions »

Cela amène à une autre notion, celle de la puissance que Vincent Cespédès, philosophe contemporain, exprime en : « Etre fort de ses propres faiblesses », n’est-ce pas ce que nous recherchons dans notre progression initiatique ?

Mais attention à ne pas prendre le pas sur l’autre…

Qu’est-ce qui nous pousse alors ?

Il faut 2 pieds pour avancer, pour faire un pas. C’est l’Unité du ying et du yang. Le principe féminin est dans le concept et la transmission, le principe masculin est dans la transformation de la matière. Sans celle-ci, le monde terrestre ne peut pas avancer.

Quant au premier pas physique : oui mais partir de quel pied ?
On part du pied droit – le côté de la « raison ou de la rigueur » – ou du pied gauche – le coté du coeur » !...

J’avais entendu qu’à l’armée, on faisait partir les troupes du pied gauche pour déstabiliser. Je ne sais pas si cela a du sens et si un FF ou une SS sur les colonnes peut m’éclairer, je suis preneuse.

L’homme en marche : Goethe disait : « quand je ne sais pas où aller, je commence à marcher »

  • Conclusion :

Nous avons parlé du voyage et qu’il soit intérieur ou extérieur, sur une route physique ou bien avec son esprit, je citerais Proust qui a écrit :
« Le seul, le vrai, l’unique voyage, c’est de changer de regard ».

Nous avons parlé du pas, du premier pas et comme nous sommes en Loge, nous sommes sur le chemin initiatique dont les mille lieues peuvent représenter au moins  toute notre vie.  
Cette grande différence peut être résumée par : « L’Homme marche, le sage est en démarche…et peut être que sa démarche passera par 3 passages (3 Pas ‘sages’… en langue des oiseaux» J (Patrick Burensteinas)

M.M.

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