CULTURE  

LE SEXE PREMIER
-  Docteur  François DUMEIGE -  

                                          

     Une des caractéristiques de notre espèce pensante est de se doter de dogmes ; un dogme est une « vérité » révélée et imposée qui, de plus, se passe de démonstration scientifique ; c’est aussi une idée « prête à porter », voire une « ornière » de la pensée.

C’est le cas du dogme de la secondarité féminine voire de son infériorité ; en occident, ce dogme est combattu depuis longtemps : ainsi en France, la « grande prêtresse » du féminisme, Simone de Beauvoir, fit paraître en 1949 un livre intitulé « Le deuxième sexe ». Le contenu est très intéressant mais c’est le titre qui est faux ; en 1949, les connaissances en génétique, en embryologie, en hormonologie étaient « balbutiantes » et ce dont parlait cette auteure, la femme, aurait dû être appelé « le premier sexe ». Le « deuxième » de S. de Beauvoir avait une connotation sociétale et hiérarchique ; mon « premier » est biologique et chronologique ; « premier » ne veut pas dire « qui domine » mais « qui précède ».

Nous pouvons maintenant démontrer que le féminin précède le masculin ou que le masculin est un dérivé du féminin. En voici six preuves :

1.     L’examen des chromosomes X et Y : autrefois, on pensait que le chromosome Y était un X qui avait perdu une « jambe » ; grâce au microscope électronique, on sait maintenant que le Y est tout petit par rapport au X ; il ne représente plus que 10% de la masse génique du chromosome X ! Mais son rôle est décisif : sur le petit Y, il existe un gène, appelé SRY ( Sexdetermining Region of Y), qui déclenche à la 5ème semaine de la vie embryonnaire la sécrétion d’hormones androgènes qui vont transformer l’embryon dit « indifférencié », en fait « pré féminin », en embryon mâle.

2.     « Mammifères et mamelles » : Nous appartenons à la classe des mammifères, c’est-à-dire que nous portons des mamelles. Autant ces mamelles sont utiles chez la femme pour nourrir notre  progéniture, autant elles sont totalement inutiles chez l’homme (de plus, le sein masculin peut faire un cancer !). Chez l’homme il y a bien un mamelon et derrière une glande mammaire : Le programme génétique vieux de 200 millions d’années n’a pas été effacé à l’apparition des primates il y a 65 millions d’années, ni à l’apparition d’homo il ya 2,8 millions d’années, ni chez  l’embryon XY.

3.     La combinaison de deux gamètes X est viable : si deux femmes veulent un enfant entre elles, c’est possible : il suffit de prendre un ovule de l’une et de le féconder, in vitro, par le noyau de l’ovule de l’autre ; le résultat sera un XX, une fille ; a contrario, si deux hommes veulent un enfant entre eux, c’est impossible car la formule YY n’est pas viable ; c’est une question de cytoplasme : le cytoplasme de l’ovule contient beaucoup d’éléments nutritifs qui permettent à l’œuf de se développer avant sa nidation dans la muqueuse utérine ; alors que le cytoplasme du spermatozoïde est très petit, en tout cas insuffisant pour nourrir l’œuf avant sa nidation. Ainsi, si deux hommes veulent un enfant, ils devront nécessairement recourir à deux femmes : une pour fournir un ovule (pas d’ovule, pas d’œuf) et une pour héberger l’œuf dans son utérus.

4.     Le syndrome de Morris ou syndrome du testicule féminisant : Il s’agit d’un embryon XY : à la naissance, on devrait voir un garçon ; mais on voit naître une petite fille ! Ses organes génitaux externes sont de type féminins ; ce bébé, bien que XY, reçoit un prénom de fille, est élevé comme une fille, conditionné comme une fille ; à l’âge de la puberté, la maman s’inquiète car la jeune fille n’a pas de règles ; elle l’amène chez un gynéco qui constate que le vagin est « borgne », il n’y a pas d’utérus à son sommet. Que s’est-il passé ? A la 5ème semaine de cet embryon XY, le gène SRY commande la sécrétion d’hormones androgènes mais en raison d’une erreur métabolique, les testicules ne produisent pas ces androgènes : l’embryon qui était « indifférencié », en fait « pré féminin » ne va pas évoluer vers le masculin.

5.     L’hypospadias est une pathologie du garçon. Alors que, normalement, le méat urinaire est situé chez le mâle près du gland, dans l’hypospadias il se situe à la face inférieure du pénis voire à sa base ; au cours du développement embryonnaire, l’évolution de l’urètre terminal n’a pas pu suivre celle du pénis ; or, où est situé le méat urinaire chez la fille ? Précisément sous la base du clitoris ! Ceci démontre que l’anatomie de « base » est bien féminine et que l’anatomie génitale du garçon est une évolution, une transformation, de l’anatomie féminine (sous l’action des hormones androgènes).

6.     Les tessitures de voix : dans les chorales d’enfants, les filles sont altos ou sopranos, les garçons sont altos ou sopranos ; à la puberté, les jeunes femmes restent altos ou sopranos avec un larynx de fille, les jeunes hommes deviennent ténors, barytons ou basses ; ce phénomène était bien connu à la renaissance et à Rome où on éradiquait chez des garçons avant leur puberté la source des hormones mâles que sont les testicules et on obtenait des voix de « castrats », c’est à dire des hommes ayant gardé un larynx féminin.

En résumé, l’embryologie et la physiologie de la formation du fœtus indiquent qu’à la 5ème semaine, l’embryon  XY se transforme sous l’action des androgènes et passe d’une structure « pré féminine » à une structure masculine ; le masculin est donc bien un « dérivé » du féminin.

Bien évidemment, ceci était parfaitement inconnu de nos ancêtres ce qui explique les « mythes » machistes qui sont présents dans nos civilisations depuis environ 6 000 ans ; il convient de les critiquer.

1.     Le premier est le mythe du contrôle de la sexualité des femmes par les hommes ; ceux-ci veulent bien transmettre leurs gènes, mais rien que les leurs ! D’où des codes punitifs comme la loi mosaïque qui prescrit la lapidation des femmes adultères. Ceci a disparu en occident mais existe encore dans certaines cultures, notamment arabo-musulmane.

2.     Le deuxième mythe sexiste est celui de la virginité des filles (pas des garçons évidemment) ; ce mythe peut être facilement démonté par, encore une fois, l’embryologie : chez l’embryon « pré féminin », le sinus uro-génital est fermé par la membrane uro-génitale ; lorsque l’embryon XY évolue, cette membrane disparait complétement ; chez l’embryon XX, cette membrane va disparaitre plus ou moins : le plus souvent, il n’en reste qu’un reliquat qui sera l’hymen féminin ; mais dans 30% des cas il disparait complétement et donc 30% des fillettes n’ont pas d’hymen ! Ceci peut être un avantage au moment du premier rapport sexuel mais dans beaucoup de civilisations, elles vont être objet  d’opprobre et même déshonorées ; ceci a disparu en occident mais persiste dans certaines civilisations notamment islamiques.

3.     Il faut donc modifier le mythe contenu dans la Genèse où il est dit qu’Eve fut faite à partir d’un fragment d’Adam : c’est le contraire, c’est Adam qui dérive d’Eve. De plus, pour « fabriquer » Eve, « Hawwah » en hébreux, il eut fallu faire une manipulation génétique reconstituant les 90% manquants du chromosome Y : Yahvé, censé être omniscient, ne connaissait apparemment pas la génétique et l’embryologie…

Et, malgré les progrès immenses de la biogénétique, cette manipulation ne serait même pas possible aujourd’hui.

Enfin, il convient de soumettre à la critique des idées qui ont la peau dure :

1.     Le fantasme de l‘ « égalité des sexes » : en effet, on ne peut pas déclarer « égaux » deux genres qui ont autant de différences ; celles-ci sont génétiques, germinales*, embryologiques, anatomiques, physiologiques, hormonales et, enfin, comportementales. L’ « égalité des sexes » est  donc infondée mais elle peut avantageusement être remplacée par la notion d’équité ; celle-ci comporte l’idée  de justice qui implique l’égalité des droits, l’égalité de traitement et l’égalité des chances.

*germinales : j’ai expliqué plus haut les différences ente ovule et spermatozoïde ; il y a plus : en période d’activité génitale un femme produit 1 ovule par mois ; un homme produit dans chaque éjaculat 400 millions de spermatozoïdes ; sur un mois il va donc produire 400X30= 12 milliards ; ce rapport de 1/12 milliards est donc une très grande inégalité ; mais cela veut dire que l’ovule est précieux

2.      La « parité » est une autre lubie voire une source d’injustice : par exemple, en Médecine, actuellement, lors de l’inscription au Conseil de l’Ordre des médecins, on compte 60% de femmes et 40% d’hommes ; et la situation va s’accentuer car, actuellement, dans les facs de médecine de France, il y a 70% de filles et 30% de garçons ; si l’on voulait établir la parité à 50/50, il faudrait donc « sabrer » 20 filles sur 70 pour faire plus de places aux garçons : chacun comprend bien que ce serait une énorme injustice !

En conclusion, les hommes doivent solliciter l’indulgence des femmes en arguant que, certes, le machisme a environ 6 000 ans- et c’est pas bien !- mais que ces 6 000 ans sont finalement peu par rapport aux plus de 60 000 ans de l’existence de notre espèce (Homo sapiens sapiens) pendant lesquels les femmes étaient matriarches* et souvent « déesses-mères »**.

Et les femmes accorderont probablement cette indulgence aux hommes en se souvenant que, dans un très lointain passé, elles les ont inventés

*matriarches : des traces de matriarcat peuvent être encore retrouvées, par exemple dans le Hoggar où les enfants recevaient le nom de la mère ou en Polynésie où, malgré le christianisme apporté par James Cook, la femme est encore maitresse de son « faré » et de sa « marmaille ».

** déesses mères : il suffit de regarder la statuaire de plus de 6 000 ans ; les représentations célèbrent la femme ; par exemple la « Vénus » de Willendorf (24 000 ans), la « Vénus de Lespugue (23 000 ans), la « Vénus » de Munhata, Jourdain (7 500 ans), la « déesse mère » de Catal Hoyük (7 000 ans) ; il ne s’agit que de quelques exemples parmi des milliers retrouvés en Europe (de l’Atlantique à l’Oural) et au Proche Orient.

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Planche 1 : Au début, l’embryon paraît « indifférencié » mais le sexe de « base » est féminin.


Fig.1- Chromosomes X et Y


Fig. 2- Aspect des organes génito-urinaires  chez un foetus femelle de 9 semaines



Fig. 3 - Un foetus mâle à la même époque de 10 semaines

In Embryologie, par Tuchmann-Duplessis et Haegel, Masson, Paris, 1979.


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Planche 2 : Ils paraissent très différents. Et pourtant, chaque organe ou structure de l’un a une correspondance  chez l’autre : Utérus et prostate, ovaire et testicule, clitoris et pénis, trompe et canal déférent, glande de Bartholin et glande de Cowper, lèvres et scrotum.

Plus difficile à voir : le sinus uro-génital (vagin) a disparu chez l’homme ; il ne reste plus qu’une « aponévrose » fine entre le plan uro-génital et le rectum.



Fig.1 - Anatomie d'une femme adulte



Fig.2 - Anatomie d'un homme adulte


In ATLAS d'anatomie humaine, Sobotta, Lavoisier, Paris, 1994.

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Planche 3 . Les représentations les plus anciennes célèbrent la femme






La "DÉESSE - MÈRE" de çATAL HÖYÜK , Turquie, 7000 ans av. J.C




Pour en savoir plus

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  1. Attali, Jacques : Amours. Histoire des relations entre les hommes et les femmes. Fayard, 2007
  1. Badinter, Elisabeth : L'un est l'autre Ed. Odile Jacob 1986
XY. De l'identité masculine Ed. Odile Jacob 1992
Le conflit ; la femme et la mère Flammarion 2010
  1. Beauvoir de, Simone : Le deuxième sexe : I. Les faits et les mythes. II. L'expérience vécue. Gallimard 1949
   4. Biglino, Mauro : La bible n‘est pas un livre sacré. Macro Editions 2016
  1. La Bible. Traduite et commentée par André Chouraqui Entête (Genèse), Noms (Exode), Il crie… (Lévitique),Au désert (Nombres) Paroles (Deutéronome), Louanges (Les Psaumes), Jean-Claude Lattès 1992
  1. Buisset, Ariane : Les religions face aux femmes L’Originel 2008
  2. Cattan, Olivia et Lévy, Isabelle : La femme, la République et le bon Dieu. Presses de la Renaissance 2008
  1. Cohen, Claudine : La femme des origines. Images de la femme dans la préhistoire occidentale. Herscher 2003
  1. Coppens, Yves : Le singe, l'Afrique et l'homme. Arthème Fayard 1983 Le genou de Lucy. Ed. Odile Jacob 1999 L'Histoire de l'Homme. Ed. Odile Jacob 2008
  2. Darwin, Charles: On the Origin of Species by Means of Natural Selection,or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life. Londres 1859 / De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la lutte pour l'existence dans la nature. Paris 1862 /The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex. Londres 1871
L'ascendance de l'homme et la sélection sexuelle Paris 1872
The Structure and Distribution of Coral Reefs. Londres 1842
Les récifs de corail, leur structure et leur distribution Paris 1878
Posthume : Autobiography Londres 1887
Autobiography : Edition complète établie par Nora Barlow, petite fille de Darwin Londres 1958
  1. Dawkins, Richard : Le gène égoïste. Armand Colin 1990
  12. Flahault, François : Adam et Ève. La condition humaine Arthème Fayard 2007
  1.  Gandini, Jean-Jacques : Les droits de l'homme. Anthologie Librio 1998
  2. Giroud, A. et Lelièvre, A. : Eléments d'embryologie Le François 1957
  15. Metge, François-Marie : Le sexe premier Atlantica 2009

  16. Paturet, G. : Traité d'anatomie humaine Masson 1958
  1. Postel-Vinay, Olivier : La revanche du chromosome X. Enquête sur les origines et le devenir féminin. C Lattès 2007
  18. Sobotta J. : Atlas d’Anatomie Humaine Lavoisier Paris 1994 
  1. Sykes, Bryan : Les sept filles d'Eve. Génétique et histoire de nos origines - Albin Michel 2001
  1. Testut, L. et Jacob O.: Traité d'anatomie topographique avec applications médico- chirurgicales. Doin 1929
  1. Tuchmann-Duplessis, H. et Haegel, P. : Embryologie. 2 Organogenèse Masson 1979
  2. Vallet, Odon : Déesses ou servantes de Dieu ? Femmes et religions. Gallimard 1994

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