CULTURE  

La calligraphie au service du perfectionnement moral et culturel

- M.M -

Je souhaite ce soir partager avec vous mes réflexions autour d’un sujet dont je ne suis pas du tout spécialiste ni actrice directe mais qui m’a inspirée au vu de notre cheminement maçonnique.

Ecrire m’interpelle car j’écris mal. J’écris mal dans le sens où ma pensée est très souvent bien plus rapide que mes doigts peuvent la suivre en écriture. Par conséquent, mon écriture est peu lisible par d’autres et bien peu esthétique.
Pourtant, j’ai appris à l’école de la république à écrire à la plume avec les pleins et les déliés.
 
La calligraphie est, étymologiquement, la belle écriture, l'art de bien former les caractères d'écriture manuscrite. Ce mot provient des radicaux grecs κάλλος (kállos, « beau ») et γραφεĩν (grapheîn, « écrire »).
Presque toutes les civilisations qui pratiquent l'écriture ont développé un art de la « calligraphie ». Toutefois, certaines d'entre elles l'ont élevé à un statut spécial en fonction des contextes historiques ou philosophiques particuliers.


Les différentes calligraphies: (de gauche à  droite) arabe - latine - chinoise
 
  • La calligraphie comme art :
 
Sans chercher à faire le tour du monde des civilisations et de leur calligraphie, quelques grands traits se dessinent :
 
La Calligraphie arabe :
 
L'utilisation de l'écriture comme un art est l'une des composantes les plus caractéristiques des arts de l'Islam. Si la langue est à la fois un outil liturgique, de communication et de transmission de savoir, l'écriture possède donc, parallèlement, une triple fonction : religieuse, utilitaire et ornementale. L'écriture varie selon la nature et la destination des écrits et des supports.
                
La calligraphie latine :
 
La pratique de la calligraphie latine est traditionnellement associée à la copie de manuscrits par les moines chrétiens. Pour eux, il s'agissait de beaucoup plus qu'un travail : c'était une forme de prière, qui était à la fois une louange et une ascèse.
De grands calligraphes contribuaient au prestige des souverains et de l’aristocratie. En cela, le travail des calligraphes était plus dans la recherche d’une exécution parfaite servant la gloire de leurs commanditaires, qu’une quête purement « esthétique ».
 
En extrême Orient :
 
En Chine, la calligraphie est considérée comme un véritable art, à l'égal de la peinture. Elle use d'ailleurs des mêmes outils - pierre à encre et pinceau - ainsi que des mêmes supports - papier de riz et soie. Cet art se développe à la fin de la dynastie des Han (fin du 2e siècle) et devint au fil des siècles une discipline à part entière, pratiquée par l'élite intellectuelle et ainsi donc porteuse d'un grand prestige dont l'impact sur les autres arts fut profond.
Le maniement du pinceau est primordial : celui-ci doit être tenu entre le pouce, le majeur et l'index, à la verticale, la pointe perpendiculaire au papier. Ainsi la touffe du pinceau finit toujours en pointe aiguisée qui ne s'étale jamais à plat mais se courbe.
 
Quelle que soit l'origine sur la planète, la calligraphie, à l'instar de la peinture et d'autres arts plastiques, demande l'utilisation de l'ensemble du corps pour s’exprimer pleinement.
Pour tracer une lettre, le calligraphe utilise différents traits aussi, plus que l’écriture, de nos jours, la calligraphie est l’art du tracé, l’art du trait.
 
Très rapidement, on peut faire le parallèle avec notre triptyque maçonnique d’ouverture des travaux au REAA :
 
« Que la sagesse préside à la construction de notre édifice, que la force le soutienne et que la beauté l’orne »
  • La calligraphie comme Voie initiatique :
La calligraphie nécessite — ne serait-ce que techniquement — une grande concentration, une sûreté des gestes acquise par une longue pratique, donc une hygiène de vie pouvant effectivement aller jusqu'à l'ascétisme, en dehors même de toute considération spirituelle.
 
Au-delà de l’ aspect technique et artistique, la calligraphie revêt une dimension davantage philosophique.
Par exemple, l'écriture chinoise étant une transcription directe de la pensée sans l'intermédiaire des sons, chaque signe représente une idée. Vers 210 av.J.-C., Li Tseu déclarait: "Dans l'écriture d'un caractère ce n'est pas seulement la composition qui importe, c'est aussi la force du coup de pinceau. Faites que votre trait danse comme le nuage dans le ciel, parfois lourd, parfois léger. C'est seulement alors que vous imprégnerez votre esprit de ce que vous faites et que vous arriverez à la vérité". La calligraphie c'est avant tout, "le contrôle de la respiration". En effet, l'utilisation de l'encre de Chine interdit toute retouche. De plus, du fait de la qualité absorbante du papier, toute pause dans le mouvement du pinceau, même brève, se traduira par une augmentation de la quantité d'encre absorbée par la surface. Le contrôle de ses gestes et donc de sa respiration s'avère primordial.
 
On peut donc dire que la beauté n’est pas l’objectif mais une résultante d’un long cheminement de travail sur soi pour le calligraphe.
 
Par exemple, la notion de « beau » n'apparaît pas dans le mot japonais qui est traduit en Occident par « calligraphie », le mot japonais 書道 (shodo) signifie « la voie de l'écrit » et ce concept de « voie » renvoie à un univers davantage bouddhique que purement esthétique.
Parler de « calligraphie » dans le cas des écrits des grands maîtres ou des moines bouddhistes est même un contresens, dans la mesure où cet acte représente pour eux un dépassement de la dualité du beau et du laid (concept de « voie »).
Par ailleurs, la place de cet art en Asie a été très différente de sa place en Occident, puisque l'apprentissage de l'art du trait était la base de la formation classique du peintre en Asie, dans des civilisations qui ne séparent pas la lettre et le dessin, le mot et l'image, le corps et l'esprit, le matériel et le spirituel.
Dans plusieurs civilisations orientales, la calligraphie fait partie des sciences occultes, hiérurgie (la pensée, le pinceau, le trait et l'idée philosophique sont indissociables).
 
Bien plus qu'une technique de peinture, c'est le perfectionnement moral et culturel que le calligraphe cherche à atteindre dans la pratique de cet art.
Et comme dans tous les arts, il y a une méthode, méthode qu’on retrouve en Franc-Maçonnerie.
  • Calligraphie et Franc-maçonnerie : 
On l’a bien compris, pour devenir un maître en calligraphie, comme en franc-maçonnerie, cela passe par le travail, le travail incessant sur soi.
 
Tel le rituel en loge nous y invite, le rituel est essentiel aussi pour le maître calligraphe. Il permet de cadrer son apprentissage, de cadrer la respiration, la concentration.
Dans notre rituel, assis en position d’équerre permet de capter la meilleure respiration possible.Cela permet d’être en état de pleine conscience car le souffle entre dans toutes nos cellules de façon relaxée et consciente. Nous sommes assis pour être en capacité de méditation en pleine conscience.
 
Comme l’apprenti, il faut de la patience à répéter le geste, de la planche à tracer à préparer et à respecter pour poser la réflexion et l’action afin de livrer la planche tracée, pièce d’architecture construisant l’édifice de l’humanité.
 
En maçonnerie, une grande partie de l’enseignement est visuel, comme la calligraphie l’est pour le lecteur bien sûr mais aussi pour l’architecte d’œuvre qu’est le calligraphe.
 
Les plus anciennes traditions chinoises prêtent à l'écriture un pouvoir magique : l'écriture est une prise de possession de l'univers dont elle sonde et perce les secrets. Comme le maître franc-maçon, le maître en calligraphie doit passer du savoir à la connaissance. Il permet par son travail, d’accéder à l’identification de l’homme qui est au principe.
Il sera en connexion avec le delta lumineux, ce 3ème œil, (œil du cœur  dans la tradition islamique, œil de la connexion cosmique dans la plupart des autres traditions)
 
On a parlé de voie pour le calligraphe au Japon. On peut faire le parallèle avec le pavé mosaïque. En calligraphie asiatique, le blanc, le vide confine la force au plein. Si trop plein de références et de représentations, on ne peut pas laisser parler sa créativité, son génie.
  • Conclusion :
Par la maîtrise de soi, la calligraphie est la résultante de la force qui nous soutient sur la voie de la sagesse.
 
Ainsi, l’homme devenu maître en calligraphie permet à la beauté de l’orner comme le sage rayonne car il est totalement aligné, dans son axe et peut laisser passer toute la lumière source.
 
En loge, le trio du Vénérable Maître qui s’efforce de rassembler tous les aspects de dualité en conciliant les oppositions fécondes, assisté du 1er surveillant qui  porte la force et l’amour et du  2nd surveillant qui porte la beauté et la joie, permettent de nous aider à évoluer avec toutes ces composantes vers l’éveil. Cet éveil devient visible comme le graphisme d’un mot calligraphié : création plastique exprimant la sensibilité individuelle du calligraphe que nous sommes au service de tous.
 
La beauté fait partie de la culture et envoie de la douceur dans ce monde humain si violent. Travailler à la beauté, travailler la beauté sous ses diverses possiblités d’expression contribue à l’élévation individuelle et collective.
Prendre le temps de créer quelque chose de beau, c’est aussi penser à l’autre, c’est permettre à l’autre d’y poser son attention, son émotion avec plaisir.
 
La calligraphie n’est pas qu’un art à faire du beau mais elle sublime la pensée en prenant le temps. Prendre le temps d’écrire en beauté permet à l’idée de rester dans le temps car elle sera transmise.
 
Si je reprends mon point d’introduction me concernant, j’ai appris à l’école à calligraphier. Nous utilisions la plume régulièrement pour apprendre, pour prendre le temps de bien écrire, d’écrire avec beauté. C’était souvent l’exercice du samedi matin.
 
Si dans mon quotidien au travail, j’écris si mal, c’est parce que ma pensée va bien plus vite que mon corps physique peut suivre. Si je ralentis ma pensée pour bien écrire, je perds l’idée, le raisonnement et la synthèse…donc peut être faudrait il travailler en deux temps. Poser la pensée, cette pensée du ressenti, du temps Kairos. Puis, la réécrire avec beauté si je veux que d’autres puissent me relire sans effort, dans le temps linéaire, le Chronos. Là, cela devient une question de gestion du temps…
Et pour finir, sans chercher à me déculpabiliser, plus personne ne lit un document manuscrit car tout est saisi sur l’ordinateur…
Disons : réservons la beauté du geste manuscrit pour le temps de loisirs, car la calligraphie relie les 3 temps : le chronos, le kairos et l’Aion (le temps cyclique)
 
J’ai dit VM.
 
  M.M
LVN 24.2.2018
 
 
 
Références :
 
- Alain.R.Truong Vietnam Art/Vietnamese Art Vietnam: L'art de la calligraphie
- Irène Mainguy
- http://www.3hcoaching.com
  • Chronos : le temps physique. C’est le temps que nous mesurons chronologiquement. Ce temps est quantitatif et linéaire.
  • Kairos : le temps métaphysique. C’est le point de basculement décisif, avec un « avant » et un « après ». Contrairement à Chronos, le temps Kairos n’est pas linéaire, il est qualitatif, c’est le temps « entre ». Il ne se mesure pas, il est immatériel et se ressent. C’est une autre dimension du temps qui crée de la profondeur dans l’instant.

En alignant ces 2 dimensions de temps, Chronos et Kairos, l’expérience montre que la personne ressent une sensation de paix intérieure.

  • Aiôn : le temps cyclique. C’est le temps des cycles, comme les saisons, la respiration, le sommeil, etc.

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