LA FRANC-MAÇONNERIE AURAIT-ELLE
DES ORIGINES CHINOISES ?
- F.T3 -                   


Quand je parlerai du mot “origine”, essayez de le voir au sens large  ou l’on entrevoit  l’idée de “racine” et non celui de “source”. Comme dans beaucoup de propos dont les origines sont légendaires ou mythiques,  lorsque l’on parle des origines, il faudrait rester dans le domaine de la prospection, et dire , avec humilté, que certaines choses tiendraient de ...,  et écarter de notre pensée l’idée que ces choses là viendraient de ..., car nul ne peut être sur des ingrédients qui ont constitué, au fil du temps, à la formation de la pensée de l’être humain, à sa structure mentale, laquelle n’est que la  résultante éternelle de l’ expérience, du vécu , lui même évoluant dans  devenir permanent.

Alors, sous cet éclairage, on peut s’avancer vers la recherche des possibles origines chinoises de la F. M. Nous remonterons dans la nuit des temps, et nous changerons d’espace géographique, nous nous situerons dans un autre monde, un autre espace culturel, où l’être humain restera le seul dénominateur commun, 

Ce qui nous intéressera principalement,  ce ne sera plus tel ou tel texte ou constitution qui déterminera si la F M existe ou n’existe pas, mais c’est de savoir si telle ou telle démarche de l’esprit, du mental, a  existé ou non, qui ressemble au notre, dans sa partie structurelle et symbolique.

Bien que parfois, certains faits matériels semblent plaider pour une parenté proche, et par ce biais plaider pour l’universalité de notre démarche maçonnique.

L’ancienne Chine nous offre dans le récit de la génèse un mythe bien “maçonnique”, si j’ose m’exprimer ainsi, et elle est de taille!

Ce mythe est celui de la genèse du monde, elle attribue la création du monde à deux personnes, un homme nommé FU HI et une dame nommée NU OA.
Une chose est à remarquer et qui nous intéresse directement, l’homme,  FU HI tient dans sa main gauche une équerre et la dame, NU OA tient dans sa main droite un compas..
Avec ces outils qui ressemblent  aux nôtres, ils ordonnent à leur façon, le Ciel et la Terre dont ils sont les grands architectes.


Il faut avouer que c’est troublant !  de là, pouvons-nous  nous permettre de poser la question sur l’existence de la F M en Chine ?


Fu Hi et Nu Oa - Le Ciel est rond, La Terre est carrée

Mais avant toutes choses, nous  devons  nous poser une autre question , à nous même:
“Sommes nous prisonnier de notre concept « moderne », et peut être trop rationnel de la F.M., avec nos signes, nos mots de passe, nos rituels, nos constitutions, ....etc. ...?,  sommes nous définitivement aliénés à l’historicité, et par là rechercher une légitimité absolue, dans des véracités chronologiques, somme nous décider d’aller jusqu’au bout de la voie symbolique?. 
Pourquoi ne pas, pour un instant, se dire qu’en ne faisant que rechercher à se prouver par des documents qu’on existe, est-ce là, bien la preuve que l’on a peut être déjà cessé d’exister

Rien donc de semblable ne pourrait-il exister en dehors de la tradition FM tel que nous la connaissons en europe? mais alors ou est l’universalité?, la pensée unique serait  elle  une vérité absolue? Faut il rassembler ce qui est épars et voir ce qui sera? ou s’inventer d’avance l’imgage du puzzle”

Et il est clair que vu sous certains angles, je pense pouvoir affirmer, que la F.M. n’existe pas en tant que tel en Chine.

Bien que par ci , par là, l’étude de certaines sectes chinoises (la fraternité du Ciel et de la Terre, la fameuse Triade) laissent apparaître des ressemblances avec nos us et coutumes, ainsi qu’avec nos degrés symboliques.

Les similitudes existent, on les retrouve surtout dans la démarche vers le perfectionnement de l’être humain, vers une meilleure éthique, vers une fraternité (maçonnique) issue du coeur. Ces pensées sont souvent exprimées dans les écrits anciens, utilisant des allégories et des symboles que nous connaissons et qui se rapprochent  de notre vécu  loge.

Car depuis les temps immémoriaux, les lettrés chinois ont utilisé l’équerre ou le compas, ensemble ou séparément, pour symboliser les mêmes vertus morales que nous préconisons dans nos travaux.

Le plus ancien passage citant un outil  “maçonnique”, si j’ose dire ainsi, est dans le SU KY, le livre de l’Histoire couvrant une période de 24 s - 7 s av. JC, ou il est écrit que:
  le Prince YE applique le compas, et élève l’homme au degré supérieur”,
rappelons que ce passage est bien antérieur à la période historique du Roi Salomon.

Dans le livre des discours de Confucius (LUAN NGU), , on y trouve plusieurs allusions  « maçonniques »:

Par exemple:
“le Maître (Confucius) disait que c’est seulement après 70 ans , que l’homme pourrait se laisser guider par les élans de son âme sans craindre de transgresser les limites de l’équerre.”
Un disciple de Confucius, Mencius disait que:
 “Sans le compas et l’équerre, le meilleur des hommes ne pourra produire de parfait rectangle  et de cercle parfait, et qu’il doit utiliser ces outils pour perfectionner sa conduite morale, s’il veut rester sur le sentier de la sagesse...”

Dans un autre livre ancien, nous pouvons lire:
“le maître maçon instruit son apprenti, en se servant du compas et de l’équerre, et tout ceux qui se sont engagés dans la voie de la sagesse doivent aussi utiliser le compas et l’équerre...”

Ces curieux propos, extraits des textes anciens m’ont interpellé.

 Existe- t- il, oui ou non, une certaine forme de F. M. en dans la Chine ancienne, bien que les grands philosophes chinois  parlent d’outils ou symboles maçonniques, peut on supposer qu’ils sont des frères , même lointains ?

Car l’utilisation de ces symboles est assez fréquent:

Dans le Livre de la Grande Etude (DAI HOC), compilé vers 5 è et 3è siècle av. JC, au chapitre 10, il est écrit:
 “Ne fais pas aux autres ce dont tu ne veux pas qu’on te fasse”
jusque là rien d’extraordinaire puisque cette phrase sonne à nos oreilles un air de déjà vu, ce qui est extraordinaire c’est la suite :
“c’est agir ainsi selon le principe de l’équerre”

Tchouang Tsu, un philosophe Taoïste, disciple de Lao Tsu, fait lui aussi allusion à l’équerre et le compas:
“Détruire toute distinction entre le courbe (la ligne courbe) et le droit (la ligne droite), sublimer le besoin du compas et de l’équerre, ... l’homme démontre ainsi sa maîtrise ...”

Et même à la façade d’un temple, en Chine, où l’entrée est soutenue par deux colonnes, de part et d’autre de la porte, et pour orner ces colonnes , nous pouvons lire ces sentences parallèles,
 sur l’une est écrit: “la sainte Doctrine (Confucéenne) pour le perfectionnement de l’homme nécessite l’usage du compas et de l’équerre”,
sur l’autre est écrit : “le génie du Sage pour l’aménagement de sa vie prend la forme du cercle  et du rectangle ”

En Chine dans le parler usuel, celui qui n’a pas l’équerre et le compas, cad celui qui n’assimile pas la signification de l’équerre et du compas, n’est pas digne d’être un  humain.

La sapèque, dont on retrouve les plus anciennes vers 200 av JC, est une pièce de monnaie ronde  percée d’un trou carré.

  Quoi de plus anodin, sinon que c’est le carré dans le cercle

La sapèque est le plus parfait symbole de l’homme parfait

Ici , la symbolique chinoise de l’équerre et du compas prend une autre dimension.

Le compas, le cercle représentent le Ciel, l’irrationnel, le féminin, la mère.
L’équerre, le carré représentent la terre, le rationnel, le masculin, le père.

Les chinois vénèrent le Ciel et la Terre, qui sont avec l’homme les trois grandes forces de la nature. L’homme  est en fait la parfaite harmonie , l’union du Ciel et de la Terre, il en est à la fois le résultat et l’artisan de cet harmonie, d’où l’exigence d’une parfaite connaissance de l’équerre et du compas, comme moyen de perfectionnement moral.

L’homme est aussi l’éternel médiateur entre le passé et le présent, entre la lumière et l’obscurité.
ci dessous , le ciel, l’homme et la terre




ciel
homme
terre

 
L’itinéraire de son voyage suit  le pavé mosaïque en hexa décimale

La marche en direction du centre, là où la dualité n’est plus, doit franchir les 6 niveaux de monde binaire pour atteindre  le dernier cercle central du 7 ème niveau, celui de la vacuité ou le monde non duel de l’harmonie parfaite

Pour se préparer à devenir cet être parfait , le jeune chinois apprend  ses premiers caractères, dans un manuel qui s’intitule  : “le livre des trois caractères”, ( TAM TU KINH, appelé ainsi du fait de la méthode pédagogique qui veut que l’élève apprenne par groupe de trois caractères, pictogrammes ou idéogrammes)

Dans un des passages de ce livre, on peut y lire:
“il existe trois grandes lumières, le soleil , la lune et l’étoile”
ce qui nous laisse songeur, car dans nos instructions, au  1 er grade , il y a presque pareil.






soleil
lune
étoile


Et que demande le profane lorsqu’il est admis, et que lui donne le V.M.: la lumière n’est ce pas ?

Eh bien cette lumière , symbole de grande pureté,  qui nous éclaire intérieurement, est représentée par le caractère MINH,

et qui s’écrit en mettant ensemble les caractères soleil et lune, MINH signifie aussi resplendir, évident, manifester.

Confucius insiste sur la nécessité de faire resplendir cette lumière dans le livre  “Grande Etude”:
“la grande étude consiste à rendre plus évident encore cette lumière qu’est la vertu, elle consiste à comprendre et tolérer autrui, elle consiste à se perfectionner sans s’arrêter jusqu’à atteindre le Bien”

L'étoile s’écrit avec le caractère soleil (en haut) (NHUT) et un autre caractère (en bas) qui signifie le vie ou la vitalité (SINH ou SANH).
L’astre qui donne la vie ou la vitalité est donc une étoile, cela nous rappelle certain de nos mystères, ou la vie initiatique nous est redonnée ...par le V.M.., la mort du “vieil homme” redonne la vie à l’être.

Mais je voudrais que vous prêtez plus attention au caractère soleil, dans l’ancienne écriture  il n’est pas écrit  de cette  façon,  à la place du carré ce fut un cercle , avec un point au milieu,  suivez ma pensée,...vers certains grades... (si vos oreilles ne sont pas trop jeunes.)
Prêtez aussi attention à cet autre caractère très similaire au caractère soleil,

Il signifie dire , parler .dans l’ancienne écriture ce fut aussi un cercle et un point., ou le verbe, la parole « percue »?
Est ce que le caractère Etoile qui intègre les significations réunies du soleil, de la lumière, de la parole , lumière pure qui donne la vie ou la vitalité, est ce qu’il pourrait nous faire penser à  cette lumière acquise dans nos travaux et qui est en même temps la manifestation  de cette lumière, pour certains  “ le verbe”, pour d’autre la parole perdue, celle qui nous donne force et vigueur à nos travaux.

Dans notre langage, nous F.M., nous parlons souvent du chiffre trois, du triangle, des trois point reliés, relation équilibré entre la beauté, la force et la sagesse, notre cher delta lumineux, dont certains pensent que cela représenterai la transcendance de l’homme., le divin ou l’homme véritable.

Transposé dans l’écriture chinoise,  le chiffre trois est représenté par trois traits parallèles et horizontaux.
On peut, bien sur, y voir l’un des trigrammes du Y KING, mais là est un autre débat, ce qui est par contre très curieux  c’est la signification du chiffre Trois ainsi dessiné ou écrit:

le trait du dessus représente le ciel , le cercle, l’irrationnelle compas
le trait du milieu représente l’être humain,
le trait du bas représente la terre, le carre, le rationnel, l’équerre..
L’homme, avec le compas et l’équerre , ordonne le ciel et la terre, et la réunion de ces 03 traits horizontaux, par un trait central et vertical,  nous donne un autre caractère chinois qui signifie le PRINCE. ou l’être suprême, ou l’homme véritable., (le franc-maçon ?)


Dans leur cosmogonie, les chinois affectionnent le chiffre 03 en l’attribuant à l’avènement de l’homme, dans leur cycle hexadécimal, l’homme arrive en troisième position, après le ciel et le terre. Dans l’année , il réside au 3 è signe cad  le Tigre, signe du mois de janvier lunaire.

L’écriture chinoise nous réserve d’autres surprises:

le caractère DAU qui ressemble au Tau

le caractère HIEP qui ressemble fort au bijou de passé maître, il signifie “Union”, l’analyse nous conduit en fait à trois choses

Dans la partie haute représentation de l’équerre,au milieu le trait horizontal représentant l’homme, en bas le cercle, et nous retrouvons le compas

le caractère BAT qui signifie le chiffre 8
Il peut représenter une partie de notre signe pédestre ou nous devons positionner nos pied en équerre,
Ressemblance curieuse avec la position des pieds que doivent prendre les mandarins à la cour de l’empereur.


Je termine cette planche, encore par une similitude troublante:

les anciens empereurs portaient un tablier à certaines cérémonies, les décorations sur le tablier se composent sur 2 colonnes , de haut en bas:
-dessin de feuille, ? Est ce l’acacia ou le rameau d’or, rien n’est sur.
-dessin de 7 étoiles
-dessin d’une hache
-dessin du caractère A, qui se compose de plusieurs équerres






à noter que le caractère “hache”, s’écrit par le dessin d’une hache inclut dans un équerre,  un outil connu de nous, figuré quelques fois avec la pierre cubique à pointe.

 Dans l’ancien temps, les empereurs transmettent à leur successeur un bijou  de pierre précieuse en forme d’équerre, un coté plus long que l’autre, cela ressemble beaucoup à celui porté par le V.M., mais en fait ceci doit plutôt correspondre à une parure , certes impériale, qui en fait  un pierre musicale,

 En conclusion, tout ceci est bien troublant, sans aller jusqu’à forcer les ressemblances, on peut au moins dire qu’en divers points du globe, sans connexion aucune, des être humains ont eu parfois les mêmes démarches dans leur pensée, et sans avoir  les mêmes langages, ni les mêmes moyens d’expression,  ils ont peut être voulus, tout au moins tentés, dire des choses, exprimer les pensées en réponses aux grandes questions posées par la nature, la vie; concernant leur devenir . Il s’avère que ailleurs aussi d’autres  le font aussi... avec parfois les mêmes réponses.

Là les « beaux » petits ruisseaux se rejoignent, d’abord le «conflit tumultueux des  torrents « la force de chaque courrant », puis la rivière ou le fleuve, ou le mélange,l’échange s’opère, et enfin  l’océan pour atteindre l’harmonie et la « sagesse ».

Cette planche souhaite renforcer notre esprit de tolérance, élargir notre fraternité, pour l’harmonie, la paix entre les humains.

Septembre 1998