Le Sangha bouddhiste et la société vietnamienne d’aujourd’hui
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- Nguyễn Thế Anh -
  Ecole Pratique des Hautes Etudes - Sorbonne
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Selon l’Annuaire du bouddhisme de l’an 2000 [1] , on compte actuellement au Vietnam 31 845 religieux et religieuses bouddhistes répartis dans 14 043 temples et pagodes. La plupart d’entre eux se réclament du bouddhisme mahāyāna, mais 7 793 pratiquent le bouddhisme theravāda (plus spécialement dans le delta du Mékong, lieu où résident de nombreux Vietnamiens d’origine khmère) [2]  ; d’autre part, 2 045 religieux appartiennent à la tradition mendiante [3] . Il s’agit là d’un Sangha assez peu développé somme toute par rapport au chiffre estimé de 7 378 417 bouddhistes pour tout le pays [4] . Ce chiffre, qui est très loin de correspondre aux 80 % de la population revendiqués traditionnellement par le bouddhisme, semble destiné à prouver que la population vietnamienne, de 76 324 753 habitants d’après le recensement d'avril 1999, ne compterait que 15 millions de croyants toutes religions confondues, à savoir 20 % de son ensemble, et serait donc en grande majorité composée de non-croyants.

La constitution de 1992 ne garantit pas « la liberté de religion » dans le plein sens du terme, mais plutôt « la liberté de croire ou non en une foi religieuse », comme le proclame son article 70. Dans le discours officiel, on ne parle d’ailleurs pas de fidèles mais de pratiquants, la politique religieuse du Parti se donnant pour objectif de faire vivre en ce monde-ci, où doivent être réalisés les grands idéaux nationaux, ceux qui croient dans le monde de l'au-delà avec ceux qui n'y croient pas. Ce même article 70 avertit que « personne ne peut violer la liberté de croyance ni l’exploiter de façon non conforme à la loi et la politique de l’Etat ». D’autre part, l’article 5 du décret n° 26/1999/ND-CP du 19 avril 1999 sur les activités religieuses [5] interdit explicitement « tous les actes faisant un mauvais usage de la croyance et de la religion pour s’opposer à l’Etat de la République socialiste du Vietnam, empêcher les croyants de remplir leurs devoirs de citoyens, saboter la cause de l’unité du peuple, et nuire à la saine culture de la nation », de même que « toutes les pratiques superstitieuses [qui] seront punies selon la loi ». La liberté de croyance est affirmée (art. 6), mais le gouvernement se réserve un contrôle quasi total sur l’exercice de la religion : seulement les activités qui sont « enregistrées chaque année et conduites à l’intérieur des lieux de culte » ne requièrent pas la permission gouvernementale (art. 8), qui est exigée pour pratiquement n’importe quoi d’autre, y compris les séminaires de formation, les sessions de méditation, les assemblées générales, les réunions, les réparations ou constructions de lieux de culte, les œuvres de charité, le fonctionnement des écoles religieuses et des monastères, les ordinations, les déplacements des membres du clergé, et toute activité internationale (articles 8 à 14 et 16 à 25). Le respect de la liberté religieuse ne s’applique donc qu’aux groupes religieux reconnus officiellement par l’Etat et dont les activités « ne sont pas contraires à la loi et ne comportent pas de superstitions », tandis que ceux qui « exploitent la religion et commettent les violations de la loi avec une intention perverse » doivent être « sévèrement jugés conformément à la loi » [6] .

Le Parti communiste vietnamien contrôle ainsi, par l’entremise de son Bureau des Affaires religieuses, la direction de tous les groupes organisés et utilise ce contrôle pour modeler leurs politiques et leurs activités. D’autre part, ces groupes doivent opérer sous les auspices du Front de la Patrie, organe intermédiaire entre le Parti et les divers milieux de la société civile vietnamienne pouvant se réclamer par leur nature d’une certaine autonomie. Cette institution, qui est en fait le bras séculier du Parti au sein de la population, désigné comme « l’organe politique du pouvoir populaire destiné à renforcer l’unanimité politique » [7] , est l’instrument utilisé par l’Etat pour incorporer des éléments de la population aussi divers que les partis politiques (fictifs), les intellectuels, les ethnies, les religions, etc. Rattachées toutes au Front de la Patrie, dont font partie leurs comités de gestion, les religions reconnues [8] sont pour ainsi dire embrigadées. Mais une partie des fidèles et du clergé de ces religions rechignent à l'encadrement requis pour obtenir la reconnaissance de l’Etat.

La revendication d’indépendance de la religion face aux prétentions marxistes-léninistes de l’Etat est surtout le fait de membres de la Congrégation du bouddhisme unifié de Ấn Quang dans l’ancien Sud Viêt-Nam, qui est une organisation religieuse mais aussi une organisation populaire de caractère social et politique à couleur nationale, comptant de nombreux religieux de talent. La grande influence dont continue à jouir cette communauté ne peut se concevoir sans un rappel historique des faits survenus depuis un demi-siècle.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un mouvement de rénovation avait commencé à toucher le bouddhisme au Vietnam, lorsque, encouragés par le mouvement de réforme religieuse qui avait pris nais­sance en Chine après la révolution de 1911, des intellectuels vietnamiens s’étaient lancés à leur tour dans une grande oeuvre de pu­rification doctri­nale afin d'actualiser le bouddhisme et de l'adapter aux besoins con­temporains de la société [9] . A partir des années 1920, les dirigeants du mouvement de rénovation, préoccupés de la dégrada­tion du niveau théorique et des mœurs dans les milieux boud­dhiques traditionnels, appelèrent à l'épura­tion des sphères monastiques, au rétablis­sement de la discipline, et au développement d'écoles moder­nes pour la formation d'une nouvelle génération de moines dévots et instruits, ca­pables de tenir leur rôle spirituel dans une société en pleine mutation. Ils s'assignèrent d'autre part pour but de traduire et d'expli­quer la doctrine et les écrits du bouddhisme en quốc ngữ, car jusque là seule une petite minorité de bonzes pouvait accéder aux textes transcrits entièrement en idéogrammes chinois, ce qui ne permettait guère une large vul­garisation. Ils souhaitaient en­fin donner au bouddhisme une organisation plus co­hérente, le mettant à même de tenir tête à son rival, le christianisme, considéré comme instrument du pouvoir colo­nial. Grâce aux ef­forts déployés pour la réorganisation in­terne, pour la restauration des pagodes, pour le dévelop­pement des écoles de formation, pour l'édition, le bouddhisme vietnamien se réveillait pro­gressi­vement de sa léthargie, tout en affirmant de plus en plus une attitude positive vis à vis des ques­tions sé­culières. Des débats autour de la morale, des concepts épistémo­logiques de la philoso­phie bouddhique, du rôle de la religion dans le monde moderne, de sa ca­pacité trans­formatrice dans la lutte pour la survie individuelle et collective, mirent en évi­dence une génération de théoriciens de valeur, soucieux de ri­gueur et de clarté.

L'effort de réorga­nisation et de regroupement aboutit, en 1951, au premier congrès d’unification du bouddhisme à la pagode Từ Ðàm à Huế. Six composantes bouddhistes comprenant des religieux et des fidèles du Nord, du Centre et du Sud se rassemblèrent pour former l'Association générale du bouddhisme vietnamien (Tổng Hội Phật Giáo Việt-Nam). Adhérant sur-le-champ à la Fédération mondiale du bouddhisme, la nouvelle association se donna les moyens modernes pour la diffusion de la doctrine. Alors que les communautés religieuses (sangha) se consacraient aux affaires spirituelles et à la tâche d’interpréter et d’expliquer les sūtra, les communautés laïques de l’association prenaient en charge les questions d’organisation matérielle. Les bouleversements de la guerre d'Indochine allaient ache­ver d'amener ce bouddhisme rénové à surmonter sa propension au non‑agir, donnée essentielle de la religion, pour s'engager da­vantage dans la politique et dans le siècle. Après la partition du pays en 1954, les bouddhistes résidant au Sud Việt‑Nam, ayant élaboré leurs propres structures et élargi leur audien­ce, firent montre d'un grand dynamisme sur les plans reli­gieux et so­cial. De 1954 à 1962, selon des chiffres donnés par l'Association générale du bouddhisme à l'époque, plus de 12 000 pagodes furent construites. Les instituts d'études pour religieux se multiplièrent. Le mouvement des Jeunesses bouddhistes (Gia Đình Phật Tử) fut mis sur pied pour servir d’instrument à la cause bouddhiste ; il se développa pour rassembler en 1963 quelque 50 000 jeunes militants, dont la plupart avaient reçu leur éducation dans les écoles dirigées par l’Association. Celle-ci s’était en effet préoccupée également des problèmes d’enseignement et d’assistance sociale, en fondant des établissements d’enseignement primaire et secondaire et des œuvres de charité tels que des dispensaires et des orphelinats [10] . Le mouvement bouddhiste élabora ainsi ses structures tout en élargissant son audience, avec des succès inégaux toutefois selon les régions. Il s’implantait plus solidement dans les provinces du Centre que dans le Sud, dont la population était plus disposée à se tourner vers le syncrétisme des sectes, Cao Ðài ou Hòa Hảo.

Cependant, tout en ayant l'intime conviction de représenter la tradition authentique de la nation, les bouddhistes répu­gnaient en­core à revendiquer une influence politique afin de peser sur les événe­ments. Mais la réaction contre le favoritisme accordé à la minorité catholique par le ré­gime de Ngô Ðình Diệm, le président de la République du Việt‑Nam, et les attitudes triompha­listes de celle-ci, allaient provoquer leur polarisation politique. Les clivages sociaux, dans la mesure où ils existaient, fu­rent encore accentués par la volonté de Ngô Ðình Diệm de faire de la communauté catholique, grossie de milliers de paysans du delta du Nord qui avaient abandonné leurs villages pour « rejoindre le Christ » dans le Sud, l'assise essentielle de son régime. L'idéologie officielle, le « personnalisme » (Cần Lao Nhân Vị), devait par la suite dériver vers un intégrisme chrétien anti‑communiste et anti‑libéral des plus réactionnaires, à mesure que le Nord Viêt‑Nam accentuait sa pression par l'intermédiaire du Front national de libération du Sud Việt‑Nam. Lorsque les bouddhistes élevèrent ouvertement leurs protestations, ils purent de la sorte cristalliser tout un courant gé­néral de mécontentement, et rassembler sous leur bannière les di­vers opposants au régime, y compris ceux qui, en dehors de toute préoccu­pation religieuse, étaient en quête d'une expression non communiste pour leur hostilité contre le gouverne­ment. L'ac­tion politique qu'ils développèrent en 1963 fut à l'origine de la chute du régime de Ngô Ðình Diệm, à la suite de laquelle ils se croyaient qualifiés pour prendre position, au nom de la population, sur les problèmes fondamen­taux du pays. Le succès de cette action mar­quait à la fois la capacité mobilisatrice auprès des masses du Sangha bouddhiste, et en même temps l’ambiguï­té de la position théori­que et politique de celui-ci [11] , notamment en ce qui concerne l'engagement du pays dans une guerre con­dam­née parce qu'elle permettait l'irruption d'une influence étrangère en contradiction avec les valeurs tradi­tionnelles et les prin­cipes de justice et de charité du boud­dhisme.

Peu de temps après le renversement de Ngô Ðình Diệm, du 21 décembre 1963 au 3 janvier 1964, se réunit le Congrès qui se proposait de rassembler en une même association tous les courants du bouddhisme vietnamien. C'est à ce Congrès que les bouddhistes adoptèrent le nom de Giáo Hội Phật Giáo Thống Nhất Việt Nam (Congrégation du bouddhisme unifié du Vietnam). Le terme unifié contenu dans cette appellation était destiné à rappeler la vocation que s'était alors donné le bouddhisme. Pour la première fois en effet au sein du monde bouddhiste, le Sangha vietnamien entreprenait de réunir Petit et Grand Véhicule dans une même association. Subsidiairement, le terme désignait aussi le rejet de toutes les discriminations erronées, de la séparation entre religieux et laïcs, ainsi que de l'écart existant entre le sacré et le profane. Une nouvelle organisation, au sommet de laquelle fut placé le Patriarche suprême, le vénérable Thích Tịnh Khiết, fut mise en place, avec une direction bicéphale constituée par l'Institut supérieur du Sangha (Viện Tăng Thống), composé de religieux ayant tous au moins trente ans de vie religieuse et détenant l’autorité spirituelle, et l'Institut pour la Propagation du Dharma (Viện Hóa Ðạo), assemblée représentative de toutes les branches et courants du bouddhisme en même temps que leur conseil exécutif, qui comportait un certain nombre de commissions chargées de l'administration de divers secteurs de la vie religieuse, et dont le secrétaire général était le vénérable Thích Quảng Ðộ [12] . 

Conscients de la puissance que leur apportaient leurs millions de partisans, les dirigeants bouddhistes allaient se poser en censeurs sévères et sourcilleux des détenteurs du pouvoir et persister, jusqu'à la fin de la guerre du Vietnam, dans une attitude in­transigeante de refus à l'égard du pouvoir militaire de Saigon. L’opposition politique, sociologique, morale et culturelle du bouddhisme se cristallisait et s’articulait surtout autour de la pagode Ấn Quang située entre Saigon et Cholon, où se logeaient les principaux dignitaires et organes de direction et d’action. L'accent était mis sur les thèmes de la non‑violence et du pacifisme de la doctrine bouddhiste pour faire allusion à une recherche de la paix comme solution au conflit. Mais l’appel à « la réconcili­ation et la concorde », afin de ré­aliser la réunification du pays par étapes et par la négociation, participait d'une vision irréaliste, détachée de toute contingence. Au lendemain de la prise de Saigon à la fin d'avril 1975 par les communistes, les dignitaires bouddhistes de Ấn Quang semblaient encore se bercer d’illusions en espérant, selon leurs propres termes, de trouver un terrain d'entente entre les valeurs socialistes du marxisme et la compassion universelle du bouddhisme militant. En fait, les rap­ports entre le nou­veau pouvoir et la Congrégation bouddhique se dégradèrent presque instantanément. Les interdictions et restrictions imposées, les fermetures des orpheli­nats et des écoles, la suppression des processions, la dispersion et le retour forcé à la vie civile de nom­breux moines, furent les diverses mesures prises en vue de circon­scrire et restreindre l'influence du bouddhisme.

 
C’est que dès mai 1975, les nouveaux dirigeants du pays étaient déterminés à construire rapidement le socia­lisme sur tout le Vietnam réuni­fié. Ils étaient convaincus que l'analyse marxiste-léniniste, qui avait permis de vaincre les Améri­cains, devait permettre de l'emporter sur les défis de l'avenir et d'effectuer trois révolutions, la révo­lution des moyens et des rapports de production, la révolu­tion scientifique et technologique, la révolution idéologique et culturelle. De la réalisation de ce triple objectif, devait naître l'homme nouveau socialiste. Par conséquent, la problématique de l'homme prolétarien allait désormais sous‑tendre les débats sur le rapport entre l'humanisme et le marxisme et le statut de l'indi­vidu dans le processus de la transformation socia­liste. Mais, sous les fréquentes références à la morale, à la dignité, à la concorde et au bonheur par la vertu et par la fusion des condui­tes et des pensées dans une grande et générale har­monie de la so­ciété, concepts empruntés d'ailleurs largement à la morale confu­céenne, perçait l'ambition de l'Etat de régir tous les secteurs de la société civile ainsi que le destin des individus qui la compo­sent. Or, dans les perspec­tives ouvertes par l'après-guerre en vue de « liquider définitivement les séquelles idéologiques et culturelles rétrogrades laissées par l'ancienne société », le phé­nomène religieux apparaissait comme la négation même du projet révo­lutionnaire que poursuivait l'idéologie au pouvoir : « Le but, le contenu théologique, la conception du monde, la solution des problèmes sociaux proposés par la religion sont entièrement opposés à la théorie scientifique révolutionnaire du marxisme-léninisme. » [13]

Dans ces conditions, le pouvoir entendait vider de leur sub­stance les différentes églises qui avaient représenté jusqu'en 1975 l'essentiel des forces socio-politiques de l'ancienne République du Việt‑Nam. De la position centrale qu'elles occu­paient, celles-ci se trouvaient rejetées dans la subordination la plus étroite au pouvoir politique, qui ne pouvait certainement pas se permettre de tolérer pareilles struc­tures, qu'il estimait urgent de restreindre, sup­primer, limiter. Les forces religieuses devinrent ainsi l'un des grands objectifs de la rééducation, instrument de la « normalisation », de l'entrée de force du Sud Việt‑Nam dans les normes totalitaires du Nord. Sans suspendre expressément la liberté de culte, le régime s’employait par diverses mesures à démanteler les différentes églises et à les soumettre à un contrôle qui, en certains secteurs et à certaines époques, prit la forme d’une véritable répression. Mais dès novembre 1975, cette répression gouvernementale se heurta à la volonté d'autonomie morale et spirituelle du bouddhisme, lorsque douze religieux et religieuses de la pagode Dược Sư, dans la province de Cần Thơ, s'immolèrent par le feu pour protester contre l’interdiction faite au supérieur de la pagode d'arborer le drapeau bouddhique, d'organiser des retraites ou des sessions de méditation, et d'accueillir de nouveaux membres dans la communauté. En 1977, aux protestations et manifestations déclenchées par le conseil exécutif de la Congrégation du bouddhisme unifié pour revendiquer une plus grande liberté religieuse et la restitution des propriétés qui avaient été confisquées, le gouvernement répliqua par l’arrestation et l’envoi en exil intérieur de six de ses membres, parmi lesquels Thích Huyền Quang et Thích Quảng Ðộ, les deux religieux à la tête de l’Institut pour la Propagation du Dharma, les accusant d’avoir « utilisé abusivement la religion pour saboter l’union nationale, troubler l’ordre et la sécurité publics », « fait abus de l'Institut pour la Propagation du Dharma de la secte Ấn Quang pour inciter les bouddhistes à s’opposer à l’administration et déformer la politique de liberté de croyance du pouvoir révolutionnaire ». Ces mesures devaient amener la défection de religieux jusque-là favorables aux autorités, parmi lesquels le supérieur de la pagode Thiên Mụ à Huế, Thích Ðôn Hậu [14] , qui démissionna de ses positions officielles à l’Assemblée nationale et au Front de la Patrie, pour entrer franchement en dissidence (il devait devenir plus tard le patriarche de la Congrégation du bouddhisme unifié).

En novembre 1981, 165 délégués représentant neuf organisations et branches bouddhiques différentes se réunirent en congrès à Hanoi pour créer l’Eglise bouddhique du Vietnam définie dans la charte fondatrice comme la seule organisation du bouddhisme représentant tous les religieux et laïcs bouddhistes au Vietnam. Ce congrès adopta aussi un programme d’action pour le Sangha bouddhiste vietnamien visant à agir pour la solidarité nationale et l’harmonie parmi les sectes et les disciples religieux et laïcs, propager le Dharma et diffuser les caractéristiques positives du bouddhisme, établir un système d’éducation pour les moines et moniales et une manière de vivre convenable pour les laïcs, promouvoir la tradition patriotique du bouddhisme vietnamien, les rapports étroits entre la religion et la population, et sa contribution positive à la construction et la protection du pays, stabiliser l’économie monastique afin d’améliorer les conditions de vie des moines et moniales et contribuer à la prospérité du pays, favoriser les relations amicales avec les bouddhistes et organisations bouddhistes dans le monde, en contribution à la tâche d’édifier la paix et le bonheur pour l’humanité [15] . Furent aussi élus le conseil suprême du Sangha de 28 membres, dirigé par un religieux nord-vietnamien, Thích Ðức Nhuận, et un conseil exécutif de 50 membres, présidé par le vénérable Thích Trí Thủ.

Bien que la Congrégation du bouddhisme unifié ne fût pas officiellement dissoute, il était clair que ses plus hauts dirigeants ne seraient plus reconnus par le gouvernement s'ils ne s'alignaient pas sur cette Eglise bouddhique du Vietnam patronnée par l'Etat. Dès lors, on peut dire qu'il existe deux églises bouddhiques au Vietnam : l'une est autorisée, parrainée et contrôlée par le gouvernement, et représente le bouddhisme dans les assemblées officielles ; l'autre, la Congrégation du bouddhisme unifié, est devenue plus difficile à définir depuis qu'elle n'a plus de siège officiel et que ses dirigeants ne sont plus reconnus comme légitimes par les autorités. En tout cas, les services de sécurité de l’Etat firent fermer la pagode Ấn Quang en juillet 1982, et en 1984 eut lieu la campagne de répression la plus rigoureuse de toutes, à l’issue de laquelle une vingtaine de religieux furent condamnés à des peines les plus sévères pour leurs « activités visant à renverser le gouvernement du peuple ». Cependant, la Congrégation du bouddhisme unifié réussit encore à animer un certain nombre d'activités, comme par exemple la distribution de vivres et de médicaments aux populations de régions éloignées, ou encore la rédaction de communiqués ou d'écrits qui ensuite sont diffusés à l'étranger, où se sont réfugiés nombre de ses fidèles.

La libéralisation économique, opérée sous la pression de la dégradation de la situation socioéconomique, avec le lancement de la campagne pour la rénovation et pour l’ouverture après décembre 1986, si elle n’apporte pas de changement radical dans l’attitude théorique de l’Etat vis-à-vis de la question religieuse, s’est néanmoins accompagnée d’une renaissance prudente des religions qui acceptent mieux les règles du jeu. Mais, au contraire de la hiérarchie épiscopale de l’Eglise catholique qui s’est adaptée à une sorte de coexistence nerveuse avec le communisme, un mouvement de dissidence bouddhiste s’est développé à partir d’avril 1992, après que les religieux de la Congrégation du bouddhisme unifié eurent refusé les funérailles nationales que voulait organiser l'Etat au vénérable Thích Ðôn Hậu, mort le 23 avril à Huế [16] . La légitimité de l'Eglise bouddhique d’Etat fut alors mise en cause par une série d'incidents, de coups d'éclat et de lettres ouvertes émanant principalement du vénérable Thích Huyền Quang, en résidence surveillée à Quảng-Ngãi depuis 1982 pour avoir protesté contre l’abolition de la Congrégation du bouddhisme unifié, et désigné par Thích Ðôn Hậu dans son testament comme son successeur [17] .

A cette opposition, le gouvernement répliqua en mai-juillet 1993 par l’arrestation des meneurs et leur condamnation à des peines de prison pour « atteinte grave à l’ordre public » [18] . Des manifestations locales s’ensuivirent, comme un timide rappel des événements des années soixante, lorsque le bouddhisme s’est affirmé en un mouvement populaire par la contestation du régime du catholique Ngô Dình Diệm. Thích Huyền Quang se mit alors à dénoncer le « totalitarisme politique du parti unique », ainsi qu’une « politique de répression ayant pour conséquence de saper les fondements moraux, les conceptions de la vérité, de la solidarité tels qu’ils s’expriment dans la civilisation vietnamienne ». Il fut immédiatement accusé de « déformer la vérité sur la politique religieuse du parti et de l’Etat »; le quotidien de l’armée, Quân Ðội Nhân Dân, déclarait que les moines dissidents « ne sont inspirés ni par des motifs religieux, ni par les intérêts des croyants, mais seulement par leurs ambitions personnelles et leurs sombres desseins politiques ».

Mais à chaque congrès annuel de l’Eglise bouddhique d’Etat, de nouvelles affaires éclatèrent. Ainsi, deux cent dirigeants de l'Association Gia Ðình Phật Tử (famille bouddhiste), mouvement de jeunesse d'inspiration bouddhiste se réclamant du bouddhisme unifié menacèrent de s'immoler par le feu si le gouvernement ne revenait pas sur la mesure prise à l'encontre de leur association, mettant fin à ses activités et essayant de récupérer ses membres à l'intérieur des jeunesses communistes : cette association avait été en effet dissoute, le 13 janvier 1997, au cours du cinquième congrès de l'Eglise bouddhique du Vietnam [19] . Cette mesure qui suscita de très violentes réactions à l'intérieur du bouddhisme unifié était dirigée contre une association en pleine progression. A l'heure où l'on chercha à le faire disparaître, le mouvement comptait dans ses rangs environ 300 000 membres de 6 à 18 ans. Les statistiques du gouvernement précisaient même que 60 % d'entre eux avaient de 15 à 16 ans. Le mouvement avait été en butte à l'ostracisme des autorités gouvernementales dès le changement de régime au Sud Vietnam. Il avait été mis à l'écart par l'Eglise officielle, dès la création de celle-ci en 1981, mais avait quand même réussi à reprendre une nouvelle vigueur ; ce renouveau était loin d'être ignoré des autorités qui l'avaient observé avec beaucoup d’attention. Depuis sa fondation, le mouvement obéissait à des objectifs purement religieux et se rattachait à la Commission de la jeunesse dans l'organigramme de la Congrégation du bouddhisme unifié du Vietnam. Cependant, les membres du mouvement menaient leurs activités dans une autonomie totale. La renaissance du mouvement apparaissait à beaucoup comme un remède à la dégradation croissante du système éducatif public dans le pays. Il illustrait aussi les nouveaux intérêts d'une jeunesse de plus en plus détachée des idéaux officiels. C’est pourquoi dès 1995 un projet d'élimination du mouvement s’était mis en place : le 3 mars de cette année-là, un décret du Bureau des Affaires religieuses (N° 1-TT-TGCP) confiait à l'Eglise d'Etat la responsabilité du mouvement qui devait changer de nom pour s'appeler « Jeunes hommes et femmes bouddhistes » (Nam Nữ Phật Tử). L'année suivante, un document émanant du comité central des Jeunesses communistes demandait à leurs dirigeants d'entamer une campagne de propagande à tous les niveaux du mouvement bouddhiste pour amener ses membres aux idéaux du Parti et faire de l'Association des jeunes bouddhistes un mouvement satellite des Jeunesses communistes.

A l'occasion du congrès de l'Eglise bouddhique d'Etat de novembre 1997, les autorités renforcèrent leur pression sur le bouddhisme unifié. De fait, lors de ce congrès, le directeur du Bureau des Affaires religieuses, Lê Quang Vinh, déclarait : « Il n'y a qu'une organisation légale reconnue par l'Etat, l'Eglise bouddhique vietnamienne. Tous les individus, les organisations de nom bouddhiste menant leurs activités en dehors de l'Eglise bouddhique du Vietnam ou contrairement à la constitution et au règlement de cette Eglise sont dans l'illégalité et doivent être résolument éliminés » [20] . Un rapport envoyé en France par l'Association monastique pour la protection du Dharma [21] à l'occasion de cette réunion procédait alors à une critique en profondeur du fonctionnement de l'Eglise d'Etat. Il rendait aussi compte d'une campagne d'intimidation menée par la police vietnamienne pendant les quelques mois qui avaient précédé le congrès auprès des pagodes, des religieux et des membres des « Gia Ðình Phật Tử » [22] refusant de se soumettre au Bureau des Affaires religieuses et d'adhérer à l'Eglise officielle. Le rapport des dissidents bouddhistes reprochait au bouddhisme d'Etat d'avoir gravement et intentionnellement déséquilibré la structure traditionnelle de la communauté bouddhique [23] . Il soulignait que, selon une tradition ancienne, l'ensemble de la communauté bouddhique était composé des diverses sectes bouddhiques du Vietnam ainsi que de quatre ordres ou communautés, qui étaient les religieux, les religieuses et les cư sĩ (personnes menant une vie religieuse chez eux), hommes et femmes. Or, depuis 16 ans, la nouvelle Eglise fonctionnait comme si n'existaient que les deux premiers ordres, les religieux et religieuses. Les cư sĩ, hommes et femmes, ne se voyaient confier aucune des responsabilités prévues pour eux par la constitution et n'avaient aucune part dans les activités de l'Eglise. Cet abandon des deux ordres masculin et féminin des    équivaudrait en fait à transformer le bouddhisme en une organisation vide, ne comportant que des religieux et des religieuses, mais sans laïcs. Le rapport mentionnait aussi des centaines d'affaires concernant surtout des pagodes de la Congrégation du bouddhisme unifié situées sur tout le territoire, mais surtout dans les provinces du Centre Vietnam et des Hauts Plateaux.

Ces dernières années, il y a eu toutefois une renaissance sensible de l’esprit religieux au Vietnam et les autorités de l’Etat ont dû montrer plus de circonspection dans leurs actions de répression. Le gouvernement donne des signes de vouloir faire baisser la tension existant entre les milieux du bouddhisme unifié et les autorités civiles qui patronnent officiellement l’Eglise bouddhique du Vietnam, un patronage mis en cause et refusé par les responsables du bouddhisme unifié. Un certain nombre d'événements est quand même venu renforcer l’irritation des autorités à l'égard des milieux de la Congrégation du bouddhisme unifié, qui refusent obstinément de se rallier à l'Eglise bouddhique vietnamienne, membre du Front de la Patrie et patronnée par l'Etat. Parmi ces événements, il faut citer l'organisation du huitième congrès de la Congrégation du bouddhisme unifié en Californie au mois de mai 1999 qui a procédé à un certain nombre de nominations et d'ajustements dans l'administration de la Congrégation, l'envoi par celle-ci de délégations porteuses d'aides dans les régions sinistrées lors des dernières inondations et certaines interventions publiques de religieux comme, par exemple, la lettre envoyée au gouvernement à l'occasion du 30 avril 2000 par le patriarche Thích Huyền Quang, toujours en résidence surveillée à Quảng Ngãi, proposant – entre autres choses – de faire du jour anniversaire de la libération de Saigon une journée de pénitence et de deuil. Par conséquent, la pression exercée par le Bureau des Affaires religieuses pour entraîner religieux et fidèles à rejoindre les rangs de l'Eglise officielle s'intensifie. C'est ainsi que plusieurs personnalités religieuses de la Congrégation du bouddhisme unifié ont reçu des visites de la police qui les ont interrogées sur divers sujets brûlants. Le 1er juin 2001, une décision plaça le vénérable Thích Quảng Ðộ, le supérieur de l’Institut pour la Propagation du Dharma et deuxième dirigeant du bouddhisme unifié, en résidence surveillée pour une période de deux ans, une peine qui venait s’ajouter aux 18 années déjà passées en prison par le religieux âgé aujourd’hui de 73 ans. Cela, parce que Quảng Ðộ a lancé le 21 février un large appel pour la démocratie au Vietnam.

Mais à la vérité, le régime contrôle trop bien la société pour redouter sérieusement toute cette agitation. Déterminé à ne permettre aucune brèche dans son monopole du pouvoir, le Parti communiste vietnamien ne cesse du reste de réaffirmer sa volonté de prendre entièrement en charge les destinées de la nation et de maîtriser cette partie si importante de la société civile que sont les communautés religieuses. Cependant, l’économie de marché dans la voie de laquelle le Parti s’est engagé rend l’idéologie communiste sinon vide de sens, du moins inopérante. La dilution de l’idéologie communiste entraîne en tout cas une crise de légitimité, qui oblige l’Etat et le Parti à dépendre de plus en plus des formes de légitimation religieuse pour le régime politique, alors que la population, y compris les jeunes générations, se tourne de plus en plus vers la religion pour redécouvrir les racines spirituelles et remplir le vide moral et intellectuel. Le contrôle de l’Etat sur les ordres religieux devient donc plus impératif qu’auparavant, car l’Etat souhaite légitimer son autorité avec les organisations religieuses qui sont politiquement loyales, plutôt que de prendre le risque d’affronter la dissidence politique de communautés religieuses indépendantes. L’organisation bouddhiste dispose toutefois d’une marge de manœuvre plus grande, tandis que sa base populaire et son aptitude à manier la religion comme un moyen de contestation donnent au Sangha une puissance potentielle. Le mouvement de protestation bouddhiste de la dernière décennie n’a certainement pas été une affaire purement religieuse ; il a aussi constitué un point de ralliement pour les revendications politiques et sociales. Qu’un sentiment de désenchantement et de mécontentement plus généralisé se traduise en un soutien croissant pour la dissidente Congrégation du bouddhisme unifié, cela n’irait pas sans ébranler sérieusement la solidité du régime. Car, si les laissés pour compte de la politique du đổi mới, les habitants des villes sans emplois et sans domiciles, les paysans dépossédés, les minorités ethniques lésées se mettaient à se placer temporairement avec les intellectuels dissidents sous la direction du Sangha de cette congrégation, le régime communiste aurait à faire face à une contestation autrement plus grave. Etant donné la tendance des moines insoumis à se faire de plus en plus les porte-parole des récriminations de ces groupes sociaux, il est tout à fait vraisemblable qu’un tel scénario puisse se produire.


Nguyễn Thế Anh



[1] Hanoi, Maison des Editions religieuses, 2001, 673 p. L’ouvrage décrit l’organigramme de la hiérarchie bouddhique avec le Sangha central et son conseil exécutif composé de neuf bureaux (Propagation du Dharma, Education, Culture, Activités sociales, Affaires monastiques, Economie monastique, Direction des laïcs, Affaires bouddhistes internationales, et Etudes bouddhiques) ; les chapitres provinciaux (14 Sanghas provinciaux et municipaux) ; les associations et leurs activités ; les divers services de l’Eglise bouddhique : écoles (trois instituts bouddhiques et 25 écoles de base qui dispensent leur enseignement à près de 3 000 candidats à l'engagement religieux dans les pagodes), établissements caritatifs, etc. ; les pagodes et les temples avec leur adresse et téléphone.

[2] La Congrégation du Sangha du Bouddhisme theravāda  du Vietnam (Giáo Hội Tăng Già Nguyên Thủy Việt Nam) fut formellement établie en 1957, avec pour supérieur (Sangharaja) le Vénérable Hộ Tông (voir Thích Ðồng Bổn, Tiểu sử danh tăng Việt Nam thế kỷ XX. Thành Hội Phật Giáo TP Hồ Chí Minh, 1996, pp. 629-634). En 1997, on  compte au Vietnam 64 temples theravādin, dont 19 dans les environs de Saigon.

[3] Il s’agit de l’ordre Tăng Già Khất Sĩ fondé en 1944 par le Maître Minh Ðăng Quang au Sud Vietnam, et qui représente un amalgame unique de bouddhisme mahāyāna et de bouddhisme theravāda (cf. Thích Ðồng Bổn, op. cit., pp. 263-269).

[4] Tạp Chí Cộng Sản, n° 6, 2000, pp. 11-13. Sont considérés comme bouddhistes aussi tous ceux qui vont occasionnellement à la pagode et les fidèles du bouddhisme Hòa Hảo, qui selon le propre comptage de la secte seraient au nombre de 2 millions.

[5] Ce décret réaffirme en fait les dispositions du décret n° 69/HÐBT du 21 mars 1991 du Conseil des Ministres.

[6] Comme le précisent les directives N° 379/TTg du chef du gouvernement, publiées le 23 juillet 1993 et destinées à remédier à un certain nombre d'insuffisances constatées dans l'application du précédent décret en matière religieuse, le décret n° 69/HDBT du 21mars 1991.

[7] L’article 9 réservé au Front de la Patrie dans la Constitution de 1992 vient d’être amendé (résolution adoptée par l’Assemblée nationale le 13 décembre 2001) pour le présenter sous un jour plus démocratique, comme une organisation d’alliance politique, une union volontaire « des organisations sociopolitiques, des diverses couches sociales, des ethnies, des religions et des Vietnamiens à l’étranger ».

[8] Les autorités civiles ne se sont préoccupées de donner un statut légal au caodaïsme qu’en 1995 et de reconnaître légalement la communauté Hoà Hảo qu’en 1999. Pourtant, le caodaïsme et le bouddhisme Hòa Hảo sont comptés avec le bouddhisme et le catholicisme parmi les quatre principales religions du Vietnam.

[9] Voir, entre autres, Nguyễn Thế Anh, « L’engagement politique du bouddhisme au Sud-Vietnam dans les années 1960 » in: Alain Forest, Eiichi Kato, Léon Vandermeersch, Bouddhismes et sociétés asiatiques. Clergés, sociétés et pouvoirs. Paris, L’Harmattan, 1990, pp. 111-124.  

[10] Avant 1975 au Sud-Vietnam, le bouddhisme gérait l'université Vạn Hạnh de Saïgon, fréquentée par 5 000 étudiants y poursuivant des études religieuses et profanes, 25 instituts d'études bouddhiques, 200 écoles secondaires et primaires (Bồ Ðề), avec 100 000 élèves et 2 000 enseignants.

[11] Ambiguïté personnifiée en particulier par l’une des figures de proue de ce bouddhisme, Thích Trí Quang, qui prétendait agir au nom de la non-violence, mais dont le pouvoir reposait sur la menace implicite de la violence.

[12] Né Ðặng Phúc Tuệ le 27 novembre 1928 dans la province de Thái Bình, ce religieux était venu dans le Sud lors de la vague des départs de 1954.

[13] Jean Maïs, « 1975‑1985: Dix ans de relation entre l'Eglise et l'Etat au Vietnam », Ðường Mới La voie nouvelle, (Paris), n° 6, 1987, pp. 191‑243.

[14] Il rejoignit le Front de libération lors de l’offensive des troupes du Nord Viêt-Nam au nouvel an de 1968 et participa à l'Alliance des forces nationales pour la démocratie et la paix en qualité de vice-président, le président étant l'avocat Trịnh Ðình Thảo.

[15] La nouvelle Eglise se donna un organe de presse officiel avec la revue Giác Ngộ (l’Eveil).

[16] Avant sa mort, Thích Ðôn Hậu avait, en sa qualité de patriarche de la Congrégation du bouddhisme unifié, lancé en octobre 1991 un appel aux bouddhistes d’outre-mer de se réunifier sous la bannière de la Congrégation.

[17] Pour leur part, les dirigeants de l'Eglise d'Etat réunis en congrès à Hanoi les 3, 4 et 5 novembre 1992 ont multiplié les signes d'allégeance et ont souligné l'harmonie existant entre les idéaux du bouddhisme et ceux du socialisme. A l'issue du congrès, le vénérable Kim Cương Tự, vice-président de l'Eglise bouddhique, a insisté sur la légitimité de son Eglise fondée en 1981, déclarant que cette dernière était résolue à concentrer sous son autorité centrale la totalité du réseau des établissements d'éducation bouddhique de niveau secondaire ou supérieur. Selon lui, au cours de ce troisième congrès placé sous le signe du Dharma, de la nation et du socialisme, les délégués ont appelé les croyants « à consolider et à renforcer leur confiance dans le Parti et l'Etat socialiste qui poursuivent une politique correcte à l'égard de toutes les religions »..

[18] L’organe de l’Eglise officielle, Giác Ngộ, a même intitulé le compte rendu de ce procès « le procès des saboteurs de la politique d'union » et a repris sans commentaire la liste des crimes soi-disant perpétrés telle qu'elle avait été exposée par l'accusation.

[19] Eglises d’Asie, n° 240, 01/04/1997.

[20] Eglises d’Asie, n° 260, 01/03/1998.

[21] Organisation qui s'est donné pour objectif la défense de la Congrégation du bouddhisme unifié.

[22] En septembre 2001encore, Hồ Tấn Anh, dirigeant du Mouvement de la Jeunesse bouddhiste du Vietnam du Centre, devait s’immoler par le feu pour protester contre les restrictions imposées sur son groupe.

[23] Eglises d’Asie, n° 254, 1/12/1997.