RESUME DE LA THEMATIQUE « CORRUPTION & EMPLOI » - N.M KALIFE-

Dans son discours de 2003 à Mexico, Kofi Annan dénonça la corruption  comme le fléau qui mine l’Afrique, affirmant qu’elle « sape la démocratie, entraîne la violation des Droits de l’Homme, fausse la concurrence et le jeu des marchés et crée un terrain propice à la criminalité organisée ; et que c’est dans les pays pauvres que ce fléau est le plus destructeur, car ce sont les pauvres qui en pâtissent le plus, du fait que la corruption ponctionne les ressources budgétaires que l’Etat pourrait consacrer à sa lutte contre la pauvreté ; et, pire encore, elle décourage les investisseurs privés dont les pays pauvres ont tant besoin pour créer des emplois ; et elle freine l’aide des donateurs et des bailleurs de fonds qui ne font pas confiance au pouvoir en place. Il conclut en ces termes : « la corruption est un obstacle majeur au recul de la pauvreté en pays pauvres ».

En juin 2008 s’est tenu à Lomé un Atelier sur la « Convention des Nations Unies contre la corruption » qui permit au PR de dénoncer la corruption comme cause majeure de « la détérioration du niveau de vie des Africains », de «la dissipation des deniers publics, de l’aggravation de la précarité, de la dégradation des mœurs, et comme «facteur dissuasif pour les investissements étrangers », et « obstacle à la démocratie et à la cohésion sociale ». Et le discours du PR fut conclu en ces termes très forts : « la corruption contient les germes d’autodestruction de notre société »

Ces 2 déclarations expliquent le bilan désastreux de la croissance économique de l’Afrique au cours de ses 50 ans d’Indépendance : l’Afrique est à présent largement dépassée par l’Asie, alors que nous étions tous autour de 60$ de R/tête en 1960.

Mon exposé traite des effets de la corruption sur l’emploi et sur le manque de recettes budgétaires, que l’O.T.R est chargé de combler. 

  • LES 3 FORMES DE CORRUPTION QUI HANDICAPENT NOS PAYS AFRICAINS

1-  La grande corruption concerne les grands prédateurs qui pillent directement le Trésor public ou les recettes des douanes et des impôts ; ce sont aussi des privilégiés abusant de leurs liens avec le pouvoir pour frauder en douane et à la TVA, ou pour surfacturer leurs prestations de biens et services à l’Etat. La Cour des comptes, l’ARMP et l’OTR sont chargés de débusquer  cette corruption.

2–  La petite corruption des agents publics qui abusent de leur fonction pour arnaquer les administrés qui demandent des pièces administratives. Et cela ruine les plus pauvres. C’est aux directeurs des services d’y mettre fin.

3-  Le favoritisme est une forme voilée de corruption, qui viole l’égalité des citoyens en favorisant le clan au pouvoir. Elle se manifeste dans les recrutements de la fonction publique, des magistrats, des forces de sécurité, des postes de direction de l’Administration, des régies financières et des entreprises publiques lucratives, de même que dans l’attribution des marchés publics. C’est au pouvoir exécutif et judiciaire d’y mettre fin grâce par une volonté politique inflexible.

  • DES EFFETS DESTRUCTEURS DE LA CORRUPTION SUR L’ECONOMIE

Concernant les 200 milliards FCFA de recettes douanières et fiscales manquantes, dont fait état la motivation de création de l’OTR en vue de les recouvrer, il faut savoir que ces recettes manquantes privent notre jeunesse diplômée de 25.000 emplois que la fonction publique pourrait créer en consacrant 35% de ces 200 milliards (soit 70 milliards) aux dépenses de personnel de l’Etat selon le critère de l’UEMOA.

             Quant aux 130 milliards restants sur ces 200 milliards FCFA de fraude, leur manque prive aussi notre jeunesse d’une formation technique et compétente qui soit adaptée aux besoins du pays, de même qu’ils privent l’éducation nationale et la santé publique des infrastructures indispensables à la lutte contre la pauvreté. En outre, la dépense de ces 130 milliards créerait des dizaines de milliers d’emplois chaque année.

En dehors de ces effets néfastes des fraudes fiscales et douanières, il y a le fonctionnement inique de la justice qui ne rassure pas les opérateurs économiques pour venir exercer leurs activités et leurs investissements au Togo. 

En effet, il faut savoir que tout investisseur exige de se sentir égal devant l’impôt, la douane et la justice. Sinon, il refuse de risquer ses capitaux et sa sécurité judiciaire. A défaut de ce climat de confiance, nous serons toujours privés de milliers d’opérateurs économiques capables de venir créer des dizaines de milliers d’emplois directs, dont les effets multiplicateurs pourraient porter à plus de 10% le taux de croissance du PIB, et, ainsi, faire du Togo un pays émergent en 2030 tout en ayant atteint les objectifs OMD.

Enfin, il faut savoir que le fléau du favoritisme envenime aussi fortement l’environnement des affaires, car il fausse la concurrence en défaveur des opérateurs économiques rigoureux qui se retrouvent éliminés des appels d’offre et des commandes des entreprises publiques et des marchés de l’Etat.

Pire encore, au niveau de la paix civile, le favoritisme sème les graines de la division au sein de la société, alors même que cette forme de corruption amenuise les rentrées fiscales du fait que ses bénéficiaires ont tendance à payer très peu d’impôts.

              Quant aux entreprises publiques, elles pourraient créer plus d’emplois si elles étaient plus performantes et transparentes dans leur gestion. Or, pour la 1ère fois de notre histoire, la Cour des Comptes vient de révéler qu’en 2011 elles n’ont pas respecté les règles de bonne gestion. Cependant, aucune sanction exemplaire n’a été prise à l’encontre des responsables indélicats. Cela laisse supposer l’impunité aux yeux du monde des affaires, ce qui les décourage encore plus car l’impunité est l’alliée objective et le bouclier de la grande corruption qui mine l’économie.

L’ensemble de ce climat malsain explique pourquoi le secteur privé ne compte que 75.000 emplois, ce qui est trop faible en comparaison des 50.000 emplois de la fonction publique. Or, la fonction publique est très limitée dans ses recrutements du fait des règles de convergence de l’UEMOA qui n’autorisent l’Etat à créer des emplois qu’à hauteur de 35% des recettes budgétaires internes.

Aussi, cette contrainte devrait-elle imposer au gouvernement une ardente obligation de regagner la confiance des investisseurs privés parce qu’ils sont les seuls capables de créer des emplois pour notre jeunesse, qui risque d’exploser s’ils sont sans emploi.

       L’ensemble de ces disfonctionnements sont dénoncés par des observateurs internationaux qui font état de notre environnement malsain des affaires qui prospère à l’abri d’une gouvernance politique ignorant le principe républicain de séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif.

Que faire donc, face à cette corruption qui est l’obstacle majeur à la création d’emploi en décourageant l’entrepreneuriat et l’afflux d’investisseurs privés, et donc qui freine la croissance et la lutte contre la pauvreté ?  

  • QUELLE SOLUTION AU FLEAU DE LA CORRUPTION EN AFRIQUE ?
Pour freiner l’hémorragie des finances publiques et la gestion opaque des entreprises publiques et pouvoir ainsi regagner la confiance des investisseurs privés qui pourraient venir créer suffisamment d’emplois productifs pour répondre aux aspirations de notre jeunesse, et, en plus des grands espoirs attendus de l’OTR pour juguler les fraudes en douane et aux impôts en augmentant de 200 milliards FCFA les recettes budgétaires internes, il faudrait que les bailleurs de fonds usent de leurs moyens de pression pour imposer des conditionnalités aux déblocages de leurs dons, aides et prêts. 

Et, parallèlement à ces conditionnalités éthiques, les bailleurs de fonds et donateurs devraient créer un guichet unique pour canaliser et coordonner leurs actions d’aide dans l’intérêt bien compris du peuple aidé.

Toute cette reconversion éthique de l’aide internationale devrait, aussi, être accompagnée de mesures concrètes et directes dans le pays, au service de la moralisation de la vie publique et de la lutte contre la corruption à travers des ONG, comme cela est fait pour la lutte contre le SIDA, car, sachons-le, la corruption est bien le SIDA socioéconomique des pays pauvres.

De la sorte, Il s’agit bien là d’un devoir d’ingérence éthique qui doit veiller à ne plus tolérer les dettes dites « odieuses », celles-là même qui ont déjà fait beaucoup souffrir le peuple togolais durant 30 ans, de 1981 à 2010, et dont le Togo n’a pu être allégé que grâce à l’Initiative PPTE qui a effacé 900 milliards FCFA de dette extérieure. Encore faut-il ne pas retomber dans ce gouffre de la dette...

A défaut de cette réorientation éthique de l’aide extérieure, nos bailleurs de fonds continueraient objectivement à alimenter la corruption, sans espoir d’une « Renaissance Togolaise » ni africaine. 

N.M. KALIFE, économiste,
 1er Doyen de l’ESTEG, devenue FASEG

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