Société

  5 minutes de Laïcité!


- C.Wat. -

Cette année 2014  nous avons beaucoup commémoré ! Assassinat de Jaurès, début de la guerre de 14, 40° anniversaire de la loi Veil et l’anniversaire le plus cher à mon cœur, celui du 09 novembre 1989 de la chute du mur de Berlin.

 Ce soir j’ai voulu sans que cela est de rapport  nous ramener quelques jours avant la chute du mur pour célébrer le 25° anniversaire d’une déclaration, d’un rappel à l’ordre, peut-on dire, parue dans la presse de l’époque et signées par : ELISABETH BADINTER, RÉGIS DEBRAY, ALAIN FINKIELKRAUT, ELISABETH DE FONTENAY et CATHERINE KINTZLER.

Avant quelques mots sur le contexte et la situation d’aujourd’hui. Suite à de nombreux problème liées à l’accompagnement de mères d’élève voilées lors de  sorties scolaires, en 2012 le ministre de l'éducation de l'époque, Luc Chatel, rédige une circulaire qui se veut claire : les parents qui portent des signes religieux ostensibles ne peuvent accompagner les enfants lors des sorties scolaires.

Depuis la polémique n'a cessé de revenir sur le devant de la scène au gré de l'actualité et le 21 octobre dernier, Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre de l'Education nationale auditionnée par l’Observatoire de la laïcité, ouvre en grand la porte aux mères voilées qui accompagnent leurs enfants lors des sorties scolaires : ”le principe dit-elle, c’est que, dès lors que les mamans ne sont pas soumises à la neutralité religieuse, l’acceptation de leur présence aux sorties scolaires doit être la règle et le refus l’exception”. Néanmoins la Ministre n’abroge pas la circulaire Chatel!

Dans un numéro d’équilibrisme elle dit que les mères voilées pourront accompagner leurs enfants tant qu’elles ne font pas de prosélytisme, mais qu’un chef d’établissement ou un enseignant pourra toujours se référer à la circulaire Chatel pour refuser une maman voilée s’ils considèrent que ça peut gêner la sortie scolaire. Laissant ainsi la décision au personnel enseignant. Nous voici donc revenu 25 ans en arrière le 6 octobre 1989 lorsque le principal d'un collège de Creil refuse l'accès de l'établissement à trois élèves musulmanes portant le voile islamique et que le ministre de l'éducation nationale de l’époque, Lionel Jospin, déclarait que les chefs d’établissement devaient « établir un dialogue avec les parents et les enfants concernés pour les convaincre de renoncer à ces manifestations ».

Une nouvelle fois, face à la difficulté nos politiques se défilent oubliant qu’historiquement l’école publique s'est imposée  en France avec l'esprit de libre examen, contre la mainmise de l'Eglise sur l'éducation et l'esprit des enfants. Si d'autres formes d'obscurantisme se lèvent, l'esprit de libre examen reste aussi nécessaire aujourd'hui qu'hier à la République. Que disait il y a 25 ans ce texte intitulé : « Profs, ne capitulons pas ! »

"Monsieur le Ministre, l’avenir dira si l’année du Bicentenaire aura vu le Munich de l’école républicaine. Il est bon, dites-vous, d’apaiser les esprits sans faire le jeu des fanatiques. Vous auriez sauvé la paix scolaire et la paix sociale, moyennant quelques concessions de détail. Et vous seriez, bien entendu, intraitable sur l’essentiel…Vous dites qu’il est exclu d’exclure. Bien que touchés par votre gentillesse nous vous répondons, qu’il est permis d’interdire. Une exclusion n’est discriminatoire que lorsqu’elle vise celui ou celle qui a respecté les règles en vigueur dans un établissement. La confusion actuelle entre discipline et discrimination ruine la discipline. Négocier, comme vous le faites, en annonçant que l’on va céder, cela porte un nom : capituler. Une telle « diplomatie » ne fait qu’enhardir ceux-là mêmes qu’elle se propose d’amadouer.

N’avez-vous pas désavoué l’autorité des professeurs et des chefs d’établissement en donnant l’impression que vous identifiez automatiquement l’exclusion au racisme ?

Il faut que les élèves aient le plaisir d’oublier leur communauté d’origine et de penser à autre chose que ce qu’ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes. Si l’on veut que les professeurs puissent les y aider, et l’école rester ce qu’elle est –un lieu d’émancipation -, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l’école.

En dérogeant à ce principe fondateur, vous ne revalorisez pas la condition enseignante : vous rendez la vie déjà difficile des enseignants plus impossible encore, et vous trahissez la mission de l’école. Le droit à la différence qui vous est si cher n’est une liberté que si elle est assortie du droit d’être différent de sa différence. Dans le cas contraire, c’est un piège, voire un esclavage.

Ce n’est pas, Monsieur le Ministre, en réunissant dans le même lieu un petit catholique, un petit musulman, un petit juif que se construit l’école laïque. L’école n’admet aucun signe distinctif marquant délibérément et a priori l’appartenance de ceux qu’elle accueille. « Accueillir tous les enfants », dites-vous. Oui. Mais cela n’a jamais signifié faire entrer à l’école, avec eux, la religion de leurs parents, telle quelle. Tolérer le foulard islamique, ce n’est pas accueillir un être libre, c’est ouvrir la porte à ceux qui ont décidé, une fois pour toutes et sans discussion, de lui faire plier l’échine. En autorisant de facto le foulard islamique, symbole de la soumission féminine, vous donnez un blanc-seing aux pères et aux frères, c’est-à-dire au patriarcat le plus dur de la planète. En dernier ressort, ce n’est plus le respect de l’égalité des sexes et du libre arbitre qui fait loi en France.

D’une seule phrase, vous avez désarmé ces milliers de jeunes musulmanes qui se battent ici et là pour leur dignité et leur liberté. Leur plus sûr allié contre l’autoritarisme des pères était l’école laïque et républicaine. Aujourd’hui, elles l’ont perdu. Vous avez fait un marché de dupes, Monsieur le Ministre, en échangeant la libération et l’intégration, certaines et constatables, des jeunes filles musulmanes contre l’espoir hypothétique d’un retour à la tolérance des intégristes, par définition ennemis de la tolérance.

Les partisans de la « nouvelle laïcité », au rang desquels vous vous placez, veulent une école ouverte aux pressions communautaires, religieuses, économiques, une école où chaque professeur est tenu de se plier à l’environnement social, une école où chaque élève est constamment rendu à ses parents, rappelé à sa condition, rivé à ses « racines » : c’est une école de la prédestination sociale. D’un même mouvement, elle s’offre au monde de l’entreprise et aux dignitaires religieux : c’est une école à vendre, une école asservie à la loi du milieu et aux particularismes extérieurs. Dans notre société, l’école est la seule institution qui soit dévolue à l’universel. C’est pourquoi les femmes et les hommes libres ne sont pas prêts à transiger sur son indépendance de principe, perpétuellement menacée par les pouvoirs de fait, économiques, idéologiques ou religieux.

La laïcité a toujours été un rapport de forces. Est-ce au moment où les religions sont de nouveau en appétit de combat qu’il faut abandonner ce que vous appelez la « laïcité de combat » au profit des bons sentiments ? La laïcité est et demeure par principe une bataille, comme le sont l’école publique, la République et la liberté elle-même. Leur survie nous impose à tous une discipline, des sacrifices et un peu de courage. Personne, nulle part, ne défend la citoyenneté en baissant les bras avec bienveillance."

Ce texte à 25 ans, peut-on le croire tant il reste d’actualité. Il y a 25 ans le voile était dans le Mantois un épiphénomène, aujourd’hui il est présent au quotidien, preuve s’il en est qu’il reste l’arme la plus efficace des fondamentalistes religieux pour imposer leur loi.

Pour conclure mon propos je veux vous citer un extrait du discours de Catherine KINTZLER lors de la remise du prix de la laïcité le 27 octobre 2014:

"Oui, nous avons des problèmes de laïcité en France. Mais nous avons aussi un problème avec la laïcité. Ce problème ce sont nos états d’âme, qui nous rendent perméables aux arguments compassionnels, ce sont nos états d’âme qui nous rendent sensibles aux sirènes de l’« adaptation » : en ajoutant quelque adjectif bien pensant au substantif « laïcité » ces sirènes appellent à en abolir la substance, comme si le concept de laïcité était épuisé et avait épuisé sa puissance libératrice.
Le problème est que nous n’osons pas toujours penser à fond parce que nous croyons à tort qu’une théorie et des concepts « c’est abstrait » et que sur le terrain « ça ne sert à rien ». Ce qui ne sert à rien et qui est même souvent nuisible, c’est au contraire de dire que l’idée de laïcité est abstraite. L’efficacité concrète de la laïcité s’apprécie aux libertés qu’elle rend possibles."

C.Wat.
05/12/2014

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